Hasta Luego volcanos, Hola quebradas ! D’Atacama au Chili à Cafayate en Argentine

Tout d’abord, une petite révolution ! Nous changeons l’organisation des articles. Désormais, on mettra le résumé détaillé et chiffré des étapes en même temps que les articles, pour ceux que ça intéresserait, et surtout pour ceux qui, comme nous, s’inspirent des itinéraires des autres pour construire le leur et cherchent des infos.Ce sera plus lisible, et si un jour on ne sait vraiment pas quoi faire, on mettra à jour toutes les pages précédentes en ce sens.

Nous vous avions quitté au chant des petits oiseaux, à l’ombre des grands arbres, en plein bonheur dans notre camping de luxe de San Pedro de Atacama. Les plus chanceux d’entre-vous, c’est à dire les facebook connectés, ont pu constater qu’entre-temps, nos relations avec le camping s’étaient grandement et rapidement dégradées, s’achevant par la descente des carabibieros chiliens. Mais comment en est-on arrivé là ? Un petit retour en arrière s’impose…

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Par le biais de David, nous avons rencontré à SPA (San Pedro de Atacama pour les touristes les plus In, comme nous quoi!) cinq autres voyageurs avec qui nous avons sympathisé lors d’une soirée Happy Hour et musique en live qui t’oblige à hurler pour te faire comprendre et t’allonger sur les genoux de ton voisin pour pouvoir l’entendre. Afin de poursuivre cette soirée sympathique de manière plus calme et de pouvoir s’entendre parler, nous décidons le lendemain de mettre en commun nos envies respectives de barbecue, et nous choisissons de le faire dans le camping de luxe, bien équipé et tranquille. A partir de 19h, Antoine, Marie, David puis Walt, arrivent au compte-goutte dans le camping avec leurs victuailles. Nous nous installons et nous sentons espionnés par une vieille dame, qui passe et repasse toujours en faisant mine de faire quelque chose : elle taille des fleurs, regarde l’état du grillage, allume et éteint les lumières… Je commence à me dire, « mince, et si on avait pas le droit… », mais comme elle part sans rien nous dire, on en déduit que c’est ok, et on lance le feu et le découpage des légumes. Arrive alors l’employée de l’accueil, (qui a ouvert à tout le monde, soi dit en passant…) qui fait mine de s’interroger sur les numéros de chambre de nos invités. Evidemment, ils n’en ont pas, elle le sait très bien, et elle nous dit que la vieille dame fouineuse est la propriétaire, et qu’elle n’est pas d’accord qu’il y ait des étrangers dans son hôtel/camping. On lui fait remarquer, posément, qu’elle aurait pu profiter de nous tourner autour pour nous en informer, la vieille en question, et que maintenant on a tout préparé… On lui jure que ça ne va pas durer longtemps, de toute façon, Marie et Antoine ont rdv A 22h30 pour aller voir les étoiles. Elle nous dit qu’elle va en informer la patronne et voir si elle est d’accord. Puis plus de nouvelles. On en déduit que c’est ok, on fait la braise, tout est enfin prêt, quand la vieille débarque cachée derrière son employée et lui souffle ce qu’elle doit nous dire : nos amis n’ont pas le droit d’être ici, ils doivent payer pour rester manger ! Cette situation me met hors de moi, et je monte sur mes grands chevaux en haussant le ton, comme je sais si bien le faire, dans un espagnol catastrophique dû à la colère. La vieille est tellement surprise qu’elle prend peur et rebrousse chemin en se cassant à moitié la figure, et en nous disant qu’elle va appeler la Police, ce qui me fait bien rire. Mais oui, la Police n’a que ça à faire, intervenir sur les litiges de barbecues collectif !!! Bref, on remballe rapidement et n’importe comment les affaires en décidant d’aller faire ce barbecue dans le camping d’Antoine et Marie, moins classe, mais certainement plus ouvert (en fait, pas trop…). Nos 4 convives prennent donc la porte de la sortie avec en mains salades, viandes, ustensiles, qu’ils trainent penauds dans la rue… De nôtre côté, on retourne à la tente chercher des affaires chaudes, et la fille de l’accueil vient me demander de payer en avance la nuitée à venir. Encore bien énervée, je suis abasourdie, elle nous prend en plus pour des voleurs !!! Et je ne manque pas de lui dire, toujours aussi énervée et mal-aimable. En me dirigeant vers l’accueil pour payer, je la recroise, accompagnée d’un agent de police armé. Glourps, je fais semblant de ne pas me sentir concernée et trace ma route, mais il m’interpelle. Et là, il commence à me relater les faits, tels qu’ils ont dû lui être racontés par la vieille. Je commence à m’insurger, je ne suis pas d’accord avec sa version, et du coup, il me calme direct, en me disant de l’écouter. J’écoute son blabla sur « le règlement intérieur qui ne permet pas de recevoir des gens de l’extérieur sans en informer la propriétaire », et quand c’est enfin à mon tour, je lui réponds que certes, j’aurai du informer le camping, mais que je n’ai jamais eu connaissance du règlement intérieur qui ne m’a pas été remis à l’entrée et n’est affiché nul part. La fille de l’accueil est obligée de confirmer mes dires, et du coup, je dis au Policier que tout ce que je veux maintenant, c’est payer ma nuit et partir le plus tôt possible le lendemain. Il commence alors à sentir qu’on l’a fait déplacer pour rien : les clients veulent payer leur nuit, ils n’ont pas respecté un point du règlement dont ils n’avaient pas connaissance, et la situation qui posaIt problème n’existe plus puisque les intrus sont partis… Il m’accompagne à l’accueil, et Benoit nous rejoint sous les braillements de la vieille à qui le flic demande de se taire ! Il m’aide à épeler nom et adresse à la fille de l’accueil, puis nous sort une large poignée de main pour nous souhaiter une bonne suite de voyage, ce qui provoque un nouveau tressaillement chez la vieille, à qui il redit que l’affaire est close, et qu’elle doit se calmer. Quand nous quittons enfin le camping, je me retourne et les deux flics sont morts de rire. Nous un peu moins, on est contents de ne pas être fichés au Chili pour une histoire aussi débile, mais d’avoir été traités comme des gens à qui ont ne fait pas confiance dans un endroit qu’on paye aussi cher sans que cela se justifie vraiment nous a bien mis les nerfs…

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On verra nos dernières vigognes tout au long de la route, et même des Guanacos !

Donc au petit matin, on est ok pour rejoindre David à 7h sur la route vers le Paso de Jama, et quitter ce camping d’où de toute façon on se serait fait jeter. Au fait, cet hôtel/camping/prison de luxe s’appelle Takha Takha au bout de la rue Caracoles… A bon entendeur…

C’est déjà mal parti, alors que nous rangeons avec détermination depuis déjà une heure tout notre bivouac, on se rend compte qu’on a laissé le réveil à l’heure bolivienne et qu’on a déjà une heure de retard… On arrivera décidément jamais à partir tôt ! Mais on est cools, aujourd’hui, on a décidé de faire du stop pour les 42 premiers kilomètres. Pourquoi ? Parce que la route que nous devons emprunter c’est celle que nous avons descendue deux jours auparavant, et que pendant toute la descente, on a bien eu le temps d’observer les dénivelés, qui varient de 3% à plus de 10%, la longueur, et le paysage. Ce serait sadique de se lancer à rebrousse-chemin. Et puis, Ophélie et Fred, les dingues, on déjà montré il y a deux ans que ça passait en vélo-couché, il n’y a donc plus rien à prouver, on reste donc en mode « princesses au petits pois» et on passera de 2400m à 4650m en véhicule, c’est décidé ! Quand on arrive au croisement, David y est encore, et malheur, il est accompagné de deux auto-stoppeurs. Ça va pas être simple, 5 auto-stoppeurs et 3 vélos !!! Comme ils étaient les premiers, on laisse les deux auto-stoppeurs s’installer 50 mètres avant nous et on décide d’attendre qu’ils trouvent une voiture avant d’en arrêter à notre tour. C’est l’inverse de Pekin Express, on est en mode bisounours « a votre tour » « non, je n’en ferai rien, allez-y… ». Sauf que les deux ne se donnent pas vraiment à fond pour arrêter une voiture et ne font pas vraiment envie, ce qui finit par nous agacer, on s’imagine coincés là toute la journée. Heureusement, à 9h, un camion s’arrête pour les prendre mais ils refusent car celui-ci bifurque vers la Bolivie après nos fameux 42 km. Pour nous par contre, c’est nickel, et il charge à l’arrière nos 3 vélos et nous fait entrer dans la cabine. En 30 minutes, nous revoici au croisement où nous étions 2 jours plus tôt !

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C’est reparti ! Avec David !

Il faut maintenant pédaler, en montée, pour se hisser progressivement à 4850 mètres d’altitude. Pour Benoit et moi, cette route est l’occasion d’apprécier des paysages qui rappelant le Sud Lipez (que la route longe) tout en roulant sur de l’asphalte, avec presque pas de trafic.

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De la route, on retrouve au loin la Laguna Blanca, visitée trois jours plus tôt !

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On laisse petit à petit derrière nous le Sud Lipez

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Fred et Ophélie, on a retrouvé votre panneau préféré, le deuxième avec la flèche, bien entendu !

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Toute la journée sera ponctuée de petites lagunes, peuplées de Flamants roses et vigognes

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Le vent est fort et glacé, mais plutôt de dos. Ce sont de bonnes conditions et on avance assez bien. Un peu plus lentement pour passer le 2e col à 4830m, mais comme d’habitude, on y va tout doucement, et ça passe.

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En fin de journée, dans une descente génialissime qui nous mène droit vers le Salar de Tara et sa lagune, je perds de vue Benoit qui était derrière moi. Je m’arrête pour l’attendre, mais il n’apparait pas. Je ne le vois pas au dessus. Je commence à paniquer, à rebrousser chemin pour avoir un meilleur point de vue, mais rien. Comme à cette heure de la journée il y a pas mal de camions qui se pressent pour rentrer chez eux, je tente d’en arrêter un pour lui demander si il a vu un ou deux cyclistes plus en aval, et si non, s’il peut me remonter jusqu’à Benoit. Le seul qui accepte de s’arrêter m’assure qu’il y a bien deux cyclistes en contre-bas, dont un avec un vélo couché. Je suis rassurée et en même temps inquiète pour ma santé mentale, comment a-t-il fait pour me doubler sans que je m’en rende compte en si peu de temps ? Je reprends la descente et en arrivant 6 km plus bas aux pieds de la lagune, où David est en train de poser sa tente, je constate que Benoit n’y est pas. Re-panique, je laisse mon vélo, prends un sac et la fameuse balise de détresse GPS qu’on promène depuis 6 mois, persuadée qu’il lui est arrivé quelque chose. Je commence à avancer à pieds, et arrive à arrêter le seul camion qui passera dans la demi-heure. Au fur et à mesure que l’on remonte, je ne vois toujours pas Benoit, j’imagine un scénario de plus en plus grave. Et puis, tout d’un coup, magie, il apparaît tel un petit point grossissant, et je devine au fur et à mesure sa tête des mauvais jours ! Je demande aux camionneurs de me laisser là, je pense qu’ils n’ont pas tout compris à notre manège mais je les remercie bien. En fait, Benoit avait crevé, mais avec le vent, on ne l’a pas entendu nous appeler. Plus de peur que de mal. Mais du coup, je me retrouve à 7 km du campement sans mon vélo, et je commence à redescendre à pieds. Au loin, une voiture arrive en sens inverse. Comme il n’y a presque personne sur cette route, je tente le tout pour le tout et fait du stop avec une moue de désespoir. Bingo, le couple de Brésiliens qui au début m’avait fait signe qu’ils allaient dans l’autre sens fait demi-tour, et vient me prendre pour me ramener à la lagune. Adorables ! Ils nous proposent en plus de l’eau et des victuailles, mais je ne veux pas abuser. Quoi qu’on en dise, le monde est peuplé de gens biens ! Après cette anédocte, j’entends d’ici la petite voix de mon papa qui dit « tu vois, un Talkie Walkie c’est pas une mauvaise idée… ». Non, c’est non.

La nuit aura été affreuse. Le vent n’a pas arrêté de tourner, la tente brassée dans tous les sens alors que nous nous étions abrité derrière un mur. On redémarre donc avec les petits yeux, mais le paysage est magnifique.

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On arrive à la frontière Argentine vers midi. On est excités de partir à la découverte de ce pays qui évoque tant de choses dans nos esprits : la chaleur, le tango, les montagnes, les western, les chevaux, la viande de bœuf, le vin… Nous savons aussi que comme au Chili, on ne peut pas faire entrer de végétaux en Argentine, donc on se goinfre de tout devant le poste frontière. Précaution bien inutile, car en tant que cyclistes, les douaniers s’intéressent plus à notre périple et à nos montures qu’à nos sacoches, et nous laissent passer sans fouiller ! C’est la troisième entrée illégale de notre gousse d’ail dans un pays. Ce qui fait sans doute d’elle la plus grande délinquante de l’histoire de son espèce.

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Nous prenons notre temps pour charger de l’eau et faire quelques courses à la ville frontière, et reprenons la route vers 15h30. Le vent souffle à fond, latéralement puis de face. C’est dur d’avancer. Après 35 km, nous nous arrêtons pour bivouaquer dans un fossé dégotté par David, arrivé avant nous. Pas le spot de rêve, mais pratique pour se protéger un minimum du vent. On décide de partir le lendemain matin à 7h, ce qui pour nous, se traduit concrètement par un réveil à 5h…

Je me réveille naturellement à 4h59. Obligée de sortir de la tente, je me prends en pleine face un froid glacial et la nuit noire. Hors de question qu’on remballe dans ces conditions, j’invite donc Benoit à reculer le réveil, ce qu’il accepte bien évidemment sans aucune résistance. Problème : on recule du double notre sommeil et on ne sortira finalement de la tente qu’à 6h, au grand damn de David 🙂 Nous sommes à l’ombre dans notre fossé, et il fait terriblement froid. Les gourdes, qu’on avait gardé bien au chaud avec nous pour la nuit gèleront le temps de replier la tente ! La poche à eau est gelée et le miroir de mon rétroviseur fissuré par le froid. Incroyable. On reprend la route habillés comme des esquimaux, les doigts de pieds reprenant vie petit à petit…

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Susques

Aujourd’hui, nous visons la ville de Susques pour s’y poser pour l’après-midi. La route devient très jolie, 30 kilomètres avant l’arrivée : on passe un massif de montagnes arides, ocres et orangées et on redescend dans une vallée verdoyante où paissent lamas et mules, dont c’est le grand retour ! On n’en avait plus vu depuis le Pérou !

Les hôtels touristiques de Susques sont au dessus de notre budget, donc après avoir quémandé un toit gratuit partout dans la ville, on attend l’ouverture de l’hospedaje, à 17h. Enfin, on peut se poser, et dans un lit ! En milieu d’après-midi, Paolo, un Brésilien en voyage pour quelques semaines Argentine arrive lui aussi. Il nous dit qu’il roule depuis plusieurs jours avec deux cyclos suisses qui ne doivent pas être loins. Nous sommes donc finalement 6 cyclos distants de moins d’une journée sur cette route semi-désertique. Quel hasard !

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Aller, avouez que rien que la porte d’entrée fait rêver !

Dormir dans un lit, même dans une chambre pas franchement jolie, c’est quand même le bonheur, encore plus après une douche bien chaude. A chaque fois, j’ai l’impression de dormir deux fois plus longtemps ! Et surtout, pas de corvée de pliage de matelas, tente et duvets au matin, et ça, comme dirait la pub, ça n’a pas de prix ! Je me réveille donc en super forme pour reprendre la route. Et il vaut mieux, car ça grimpe fort dès la sortie du village et sur plusieurs dizaines de kilomètres !

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Les côtes c’est dur, mais le plat, c’est chiant !!!

J’ai toujours un peu de mal à gérer mon souffle et l’effort quand la montée est trop matinale, mais finalement, en n’essayant pas de rattraper les autres et en gardant mon rythme de croisière, la partie grimpante est assez vite avalée. Et les points de vue sur les collines désertiques au levé du jour sont magnifiques, ce qui ne gâche rien ! La descente est exquise, elle serpente dans un canyon bordé de cactus. Avec Ben, on ne peut pas s’empêcher de s’arrêter pour prendre des photos et filmer, même si c’est toujours douloureux de faire une pause en descente !

Nous arrivons à la Salinas Grandes, un autre Salar, aux alentours de 13h. Il y a du tourisme dans le coin, l’Argentine essaye de faire de ce salar exploité un Salar d’Uyuni bis. Grands blasés des Salars que nous sommes, nous n’y prêtons que peu d’attention, même s’il faut avouer qu’avec les montagnes colorées qui se dessinent en contrefond, la plaine jaune et verte qui contraste avec le blanc, c’est très joli et encore différent de ce qu’on avait vu auparavant.

On se pose dans le seul coin d’ombre du coin pour déjeuner, 50 cm² d’ombre pour 4 personnes et leur nourriture, sous un stand de vente d’artisanat fermé… le pied ! On observe en mangeant le bal des voitures, les gens viennent se prendre en photo avec une statue de sel en forme de lama. C’est diverstissant. On repart une fois la châleur un peu retombée. David et Paolo veulent atteindre le col aujourd’hui, pour nous, il est au menu de la journée de demain. On a déjà roulé plus de 70 km, il faut préserver les genoux. Et heureusement qu’on a pris cette décision, car on se traine sur la route qui monte doucement malgré un vent favorable. Du coup, à 17h, on s’arrête dans le petit village de Saladillo, à l’entrée de la zone montagneuse, en demandant l’hospitalité. Un monsieur rondouillet en chapeau de cowbow, portable dans la poche de chemise avec la musique à fond, visiblement éméché, nous accueille et nous dit qu’il n’y aura pas de problème, il va chercher le coordinateur de la paroisse pour qu’il nous trouve un coin. On avait repéré une belle salle totalement vide, même pas besoin de demander, Esteban, le coordinateur, nous la propose directement et nous montre où on peut prendre de l’eau. C’est parfait, le vent est très fort dehors, et nous on dort au chaud. Le monde est décidément remplit de gens biens ! On comprendra aussi mieux pourquoi tout le monde à l’air un peu éméché aujourd’hui au village, c’était la fête la veille au soir, dans la salle où nous dormons ! Sur les 42 familles que compte administrativement le village, seules 5 vivent en permanence ici. Les autres sont obligés d’aller en ville, du côté de Jujuy, car il n’y a ici pas de travail et pas d’école secondaire.

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Benoit et Esteban, machant de la Coca, devant le petit village de Saladillo

Nous partons vers 8h pour nous lancer à l’assaut du col. J’ai toujours une appréhension avant les cols, toujours peur de ne pas y arriver ou de mettre trop de temps. Pourtant, on en a franchit des cols ! Du coup, on grimpe avec la musique dans les oreilles pour se donner du courage et voir le temps passer plus vite.

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En montée, je ne vais pas vite, ce qui me laisse le temps de regarder, mais peu parfois être à la limite du désespérant. La musique motive bien dans ces moments là ! Longues lignes droites, pentes légères, puis lacets et pentes qui s’accentuent, on arrive en fin de matinée au Col, à 4170 mètres, sans doute notre dernier point à cette hauteur en Amérique du Sud cette année. On est donc un peu émus !

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Au milieu des lacets, on a été doublés par deux Cyclistes Suisses à Grande Vitesse, Reto et Daniel. On prend quelques minutes pour discuter mais on est tous pressés d’en finir. Sauf que quand ils redémarrent, ils volent, on a l’impression que c’est facile, alors que nous, on a l’impression d’avoir les roues engluées dans le bitume… On sait maintenant qu’ils ont des roues de 28 pouces et surtout, qu’ils font beaucoup de vélo de montagne dans leur pays. Ceci explique cela… Mais ils sont surtout très forts !

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Au sommet, nous rencontrons deux voyageurs chiliens dans un vieux combi Wolkswagen vert fluo. Ils rentrent pour les fêtes et pensent repartir sur les routes ensuite, si leur budget le leur permet. Ils voyagent depuis un an mais c’est la première fois qu’ils emmènent leur combi à cette altitude, et le pauvre engin a bien du mal à avancer. Ils vont moins vite qu’un vélo !

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Le vieux combo, ça nous rappelle l’époque Ducato…

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Séance photo : les Chiliens en combi sont fiers eux aussi d’être arrivés jusqu’ici !

La descente est un grand moment de bonheur ! On arrive petit à petit dans la Quebrada de Pumamarca, une vallée encaissée, bordée de montagnes arides et rocheuses aux couleurs variées : jaunes, rouges, oranges, vertes, bleues… C’est aussi le retour des arbres, on ne pensait pas que le « vert » nous avait manqué autant !

On se pose dans la descente pour profiter d’un beau point de vue pour pique-niquer, il est 12h30, plus que 20 km en descente, on s’imagine arriver pour 14h, le temps de manger. Oui, mais c’est sans compter sur les multiples crevaisons de Benoit dans la descente ! Une première juste après le pique nique, réparée en bord de route en sortie de virage.

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Immédiatement suivie d’une deuxième, moins d’un kilomètre après. Puis une troisième, à moins de 12 km de Puramarca. Il devra s’y prendre à 3 reprises pour réparer cette 3e crevaison, car à chaque fois les réparations ne tiendront pas. C’est un jeu de nerfs, à chaque fois qu’il pense avoir terminé sa réparation, il rentre la chambre à air dans le pneu, regonfle, et constate que le pneu est de nouveau à plat. Et évidemment, cette crevaison infinie a lieu dans le seul endroit moche du coin, sans points de vue. Bref, pendant que Ben s’énerve sur son pneu, j’essaye de survivre à la chaleur étouffante en ménageant mes efforts, c’est à dire en ne lui étant d’aucune utilité mais en ne faisant, non plus, aucune remarque (ceux qui me connaissent savent qu’il s’agit d’un effort). Je me crée une zone d’ombre sous mon vélo, je reste donc accroupie dessous, on dirait vraiment deux perdus. Mais ça n’émeut pas les voitures, bus et camions qui passent sans chercher à savoir si nous avons besoin d’un coup de main. Ils sont beaucoup moins timides pourtant quand il s’agit de sortir le smartphone par la fenêtre pour nous prendre en photo, en nous demandant même parfois de lever le bras comme des singes savants !

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Leçon d’indifférence !

Cette phase de réparation a permis au vent de face de se lever, et on arrive finalement vent de face et assez fatigués à Pumamarca à 17h. On attendait avec impatience Pumamarca car on a décidé depuis quelques jours d’y prendre une journée de VRAI repos, sans lessive, pour visiter le coin. On retrouve David et Paolo, avec qui on partage un bon repas de… pâtes ! Quelle originalité !

Au matin, on prend un bus pour Humahuaca, avec David et son vélo, pour aller visiter cette ville qui s’annonce fantastique. David lui va redescendre toute la Quebrada Humahuaca avec son vélo. Dans le bus, il y a aussi Daniel et Reto qui font comme nous un jour de repos touristique. Il faut dire que tous les 5, on a été bien alléchés à la frontière Argentine par des grandes affiches ventant les mérites de la Province de Jujuy et en particulier de la Quebrada Humahuaca. On y voit, vu du ciel, le village d’Humahuaca surplombé d’une chaine de montagne impressionnante, aux 14 couleurs ! On a pas envie de louper ça. La route offre des points de vue splendides, David va se régaler en vélo ! Arriver à Humahuaca, c’est la douche froide ! Point de montagne aux 14 couleurs en bordure de ville, elle est à 26 km de là, et il faut prendre un transport privé ! On est tous les 5 pris de court ! Et le bus retour pour puramarca n’est qu’à 19h30, il faut bien s’occuper… Du coup, David renonce à la montagne, et se lance vent de face dans la quebrada, et nous et les deux suisses réservons un pick-up collectif pour 15h30.

A l’heure dite, on est 7 à embarquer dans le pick-up. Trois autres touristes américains ont réservé. Ils sont trop contents de monter dans la benne arrière, à l’air libre, ils se mettent même sur les rebords, en mode « west coast represent ». Avec Ben, en vrais connaisseurs de pick-up que nous sommes maintenant, nous sommes les seuls à embarquer à l’intérieur. On n’est pas tentés par la poussière et le vent à 4300 mètres bizarrement… Au bout de 30 minutes, à 4000 mètres d’altitude, on se retourne et on constate que les Américains sont à demi-morts, recroquevillés dans le fond pour se tenir chaud. C’est moins classe tout de suite. Dans la voiture, Jorge, qui est notre « guide » du jour, nous apprend qu’on dit en Argentine que ceux qui sont nés en Aout ont le pouvoir du vent. Ils peuvent déplacer les nuages en usant de leur pouvoir. Lui, il est d’aout, il va donc déplacer les nuages qui voilent jusqu’à présent la montagne aux 14 couleurs. Comme nous aussi on est d’aout, le succès est garantit ! Et en effet, au sommet du mirador, on regarde la montagne se découvrir sous différents contrastes au fur et à mesure. On dirait un mille feuille de couleurs, c’est incroyable ce que la nature peut produire. Au moment du retour, un américain s’est enfermé avant tout le monde dans la cabine du Pick-up pour être sur d’avoir une place au chaud…

Au petit matin, alors que nous étions près à partir, des Argentins logeant dans le même hôtel que nous nous arrosent très sympathiquement de questions et nous donnent l’adresse de leur hôtel pas cher en plein coeur de Salta, que nous pensons rejoindre dans deux jours.

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Nous prenons la route sous un ciel encore couvert, mais qui nous protège de la chaleur. Parfait, les rois du vent on vous dit !

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La route est superbe, toujours la quebrada Humahuaca, ces formations rocheuses incroyables qui nous entourent de part et d’autre. Au fur et à mesure, le paysage change et nous arrivons au milieu d’une végétation luxuriante et de collines boisées. Quelle merveille après des semaines en haute altitude ! On se sent comme au printemps, et pour ne rien gâcher, la route descend !

C’est aussi l’occasion d’observer aux jumelles, enfin, nos premiers Condors ! Jusqu’ici, on en avait vu qu’à Lima en arrivant en bateau et sinon, l’oiseau royal s’était fait très discret ou alors on l’avait à chaque fois loupé de quelques secondes. Ce matin, condors et aigles nous ont concocté un bal qu’on reste observer en bord de route pendant presque une heure, le temps d’être rejoint par Reto et Daniel.

Lors d’une pause biscuits, on retrouve David pour les derniers km avant Jujuy. Lui s’y arrêtera, et cette fois, c’est nous qui continuons. Jujuy est une grosse ville, avec du trafic, désagréable à contourner comme toutes les grandes villes. Ajoutez à ça une chaleur de plomb, on est vite redescendu de notre petit nuage. Du coup, on est pressés de sortir de la zone urbaine et on avale assez rapidement les 27 km vallonnés qui nous séparent de notre destination, El Carmen, où nous prévoyons de camper. On est épuisés par la chaleur et l’effort en arrivant vers 14h30 (100km aujourd’hui), mais on s’est motivés en se promettant un barbecue et du bon vin ! On partage le barbecue avec Daniel et Reto qui nous ont rejoint au camping, et à la tombée de la nuit, je me rappelle par la force des choses que le retour au vert n’a pas que des avantages : crapauds, araignées petites et géantes, fourmis, criquets et blattes font leur retour… Heureusement, au petit matin, la tente est entourée de plus grosses bébêttes, mais du genre que j’adore : des chevaux qui broutent tranquillement sur le terrain de camping. De quoi me mettre de bonne humeur !

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Lui c’est un mille pattes, les autres, je n’ai pas eu le courage de les prendre en photo !

La route que nous suivons aujourd’hui s’appelle la Cornisa. Elle permet de rejoindre Salta en passant par la montagne. Elle serpente, passe au milieu de la forêt, des champs et des habitations. Elle est étroite et ressemble à une piste cyclable à double sens.

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En fait, c’est une route pour auto à double sens, on est donc bien contents qu’elle ne soit pas trop fréquentée ! La route est superbe, on se croirait à la fois dans le Jura, en Suisse et dans le Sud de la France : très vallonné, très vert, mais une végétation tropicale parfois. C’est très champêtre, on y croise en liberté vaches, taureaux et chevaux.

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Benoit : « T’es sure que c’était un taureau, il avait des mamelles??? »              Alice « …….. heu, chéri, c’était pas des mamelles…. »

La route monte, mais elle est agréable et on ne sent pas fatigués grâce aux bénéfices encore présents de notre acclimatation à la haute altitude. Par contre, on redécouvre les joies de la transpiration ! A 4000 mètres, pour le même effort, on avait des hauts le coeur mais on restait au sec !

Nous nous arrêtons pour le déjeuner dans un endroit qui pourrait être qualifié de « Pays d’Alice » : un lac, entouré de montagnes, avec des dizaines de chevaux en liberté, et des papillons par milliers.

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Pour qu’on puisse plus encore profiter de l’endroit, Benoit en profite pour découvrir une nouvelle crevaison sur son pneu arrière, j’en profite donc pour faire la sieste. Le redémarrage est rude, la châleur vraiment étouffante. On arrive à Salta en fin d’après-midi, dégoulinants. On retrouvera à l’hôtel les argentins rencontrés deux jours plus tôt à puramarca, vraiment très sympas ! On prendra le temps de marcher en ville, de changer un peu d’argent, de chercher une bonne parilla pour le soir. Et on se couchera toujours étouffés par la chaleur, motivés pour partir aux aurores le lendemain.

A 7h, nous sommes sur les vélos pour sortir de la Ville. Le temps est bien couvert, du coup, pas de grosses chaleurs. A midi, on s’arrête dans un petit resto de bord de route bien ombragé et agréable, où le propriétaire nous autorise à manger nos vivres puisque nous consommons des boissons. On ingurgitera 2 litres de limonade avec notre repas !

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Sieste gustative

Au moment de partir, on est hyper confiants car on a déjà faits 60 km, et on se voit bien en faire 60 de plus. Oui, mais c’est sans compter sur le vent de face, qui va nous fouetter violemment jusqu’à la fin de la journée. Les rois du vent, mon œil !!! Il aurait fallut qu’on connaisse notre don avant de partir, pour aller à Poudlard apprendre à le maitriser… On n’arrêtera pas d’implorer la Pachamama, sans succès. On arrivera en fin de journée dans le village semi-désert d’Alemania (Benoit se sentira mal dès le franchissement du panneau…), sous un ciel très menaçant. On y rencontre des hippies qui vont rejoindre un campement à priori mondialement connu à deux heures à pieds d’ici. Ils nous invitent, mais nos corps ne peuvent pas endurer les deux heures de marche et on pose la tente au milieu du village, près de toilettes publiques et d’un point d’eau. Pratico-pratique.

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dernier effort avant Alemania

Au matin, le ciel est toujours couvert et nous on est dans le brouillard. On commence à ressentir la fatigue de ces 10 derniers jours. On roule assez doucement et on fait de nombreuses pauses pour apprécier le paysage, un vrai festival géologique qui s’offre à nous.

Il y a deux caves géologiques à visiter : la cave du diable et l’amphithéatre. ces creux immenses dans la roche ont été formés par l’écoulement de la pluie et par le vent. Ils sont impressionnants ! Evidemment, nous ne sommes pas seuls pour y accéder, les minibus et voitures s’arrêtent sans arrêt. On tombe même en même temps qu’un car de bonnes-soeurs brésiliennes complètement déjantées qui se fichent des panneaux et grimpent sur la roche pour prendre la pose et s’immortaliser dans la grotte du diable !

Par moment, on pourrait s’imaginer dans le far-west. Du rouge, du blanc, du beige, des roches qui semblent « posées là », des pics, des falaises… Le spectacle est splendide, et grâce à un vent de dos cette fois, on avance bien.

On arrive à Cafayate en fin d’après-midi, et filons en direction du camping, car nous avons en tête des envies de vin et de barbecue, encore ! On s’en donnera d’ailleurs à coeur joie au cours des deux journée de repos qu’on y passera, en compagnie notamment de Daniel et Reto.

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Ce soir, nous prenons le bus pour Tucuman, puis espérons trouver un bus pour Mendoza pour y passer Noël. Bonnes fêtes de fin d’année à tous, on pense bien à vous !

J’ai appris aujourd’hui la disparition d’un être qui m’est cher, une de ces personnes rencontrées au fil de ma vie professionnelle qui m’a marqué et que j’admire pour son grand coeur, son engagement au service des autres, sa solidarité à toute épreuve, son intelligence, son humour et son raffinement. Il aura dédié toute sa vie à son engagement associatif, pour que tout le monde puisse partir dans la dignité et la chaleur humaine. Mon cher Henry Briot, j’ai beaucoup appris à tes côtés, j’ai aimé nos échanges, nos rires, et toutes nos collaborations. J’aurai voulu te dire au-revoir à Mulhouse, j’espère que tu as reçu ma carte. Tu me manqueras beaucoup, et tu manqueras à cette ville qui a besoin de gens comme toi. Hasta luego amigo ! Alice 

RESUME ITINERAIRE :

Date

Départ

Arrivée

Nb km

Deniv +

Deniv –

Temps de pédalage

10/12/15

SPA

Laguna tara

75

700

1012

5h

11/12/15

Laguna Tara

Bivouac Argentine (Km 35 environ)

91

576

727

5h40

12/12/15

Bivouac

Susques

89

296

750

4h44

13/12/15

Susques

Saladillo

88

598

565

5h56

14/12/15

Saladillo

Puramarca

56

579

1740

4h

15/12/15

REPOS Puramarca

16/12/15

Puramarca

El Carmen

107

324

1378

5h34

17/12/15

El Carmen

Salta

69

558

555

4h53

18/12/15

Salta

Alemania

113

548

595

7h46 (fichu vent de face…)

19/12/15

Alemania

Cafayate

90

871

437

6h29

20/12/15

REPOS

Cafayate

21/12/15

Repos

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Une réponse à “Hasta Luego volcanos, Hola quebradas ! D’Atacama au Chili à Cafayate en Argentine

  1. J’espère que j’aurai la chance de te voir en colère et hurler en espagnol Alice, ça doit être marrant 😀
    Gros coup coeur pour la vue sur les montagnes en « dents de requin » a quebrada Humahuaca ! La cave du diable et l’amphithéâtre ça avait l’air bien classe aussi.
    Et dire que je pensais que vous seriez tjs affamé et en manque de nourriture… Quand je vois certains de vos repas et BBQs… 😀

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