En route vers Erzurum, partie 2 : les montagnes turques

Il faut bien quitter Kangal, sa fontaine artificielle, ses chiens et… ses chiens. Rien de bien plus intéressant. Et ce matin, bizarrement, alors qu’on donne notre premier coup de pédale, nous n’avons au dessus de la tête qu’un grand ciel bleu et un beau soleil. Plus trop habitués, on a les yeux qui piquent et on ose à peine enlever nos vestes… Heureusement pour nous, cette situation nouvelle ne s’éternisera pas ! Après une bonne heure de route et déjà près de 20 km avalés, on tombe nez à nez avec une déviation. Comme d’habitude, on décide de ne pas la suivre et de prendre la route « soit disant » coupée : au moins on sera seuls, et elle mène plus doucement au sommet de la côte qu’on aperçoit au loin alors que la déviation oblige à redescendre pour remonter tout droit. Un premier tas de graviers barre la route, on le contourne allègrement et sans difficulté, fiers de pouvoir passer partout à vélo. Pour le deuxième tas, on doit descendre, pas moyen de passer sur les côtés. On se dit que décidément, ils voulaient que personne ne passe. Arrivés au 3e tas on pose pied à terre mais on ne passe pas les vélos et on ne fait plus les fiers… en fait, la route est barrée car le pont qui passait au dessus de la voie ferrée n’existe plus !

P1080821

Demi-tour donc, parfait pour constater que nous avons dans le dos un bel orage qui arrive rapidement sur nous avec ses rideaux de flotte ! Vite vite, je prends quand même une petite photo du pont inexistant, et je me rends compte d’un truc bizarre : la fermeture éclair de ma sacoche d’appareil photo était ouverte alors que le zip était au point de fermeture… au moment de ranger l’appareil, impossible de refermer la fermeture, le haut et le bas ne veulent plus se « joindre ». Avec les rideaux d’eau qui nous arrivent dessus, c’est bien le moment ! N’ayant pas envie de bousiller un deuxième appareil photo en moins d’un mois, on improvise une superbe protection à base des sacs plastiques que mon cher et tendre collectionne méticuleusement pour y ranger chaque chose. C’est quand même dommage, une sacoche ortlieb spécifique, 4 fois plus chère qu’une housse normale, conçue et annoncée pour résister à la pluie, à la poussière, aux tremblements de terre, aux incendies et certainement aussi aux bras musclés d’Alice Tby… Tout ce matériel qui se revendique « conditions extrêmes » et qui coûte de ce fait beaucoup plus cher que la normale sans faire preuve d’une résistance accrue nous prouve à l’usage que nous sommes bien de gros pigeons du marketing. Fin de la parenthèse.

DSC_2289

On se tape donc la longue côte sous la pluie. C’est toujours un régal. Mais comme Benoit aime me le rappeler quand je lui propose qu’on fasse une pause abritée « on a des vêtements pour ça ». Soit. On arrive au sommet bien trempés mais la pluie s’est arrêtée. Des ouvriers qui travaillent sur la chaussée nous proposent un çai qu’on accepte avec plaisir.

Kidnapping en bonne et due forme

Ils nous enferment dans une voiture type berlingot, moteur qui tourne et chauffage à fond pour nous réchauffer. Yunus, qui semble conduire ou contrôler les travaux, s’assure que tout aille bien pour nous et entre dans la voiture pour discuter un peu. Son collègue Ahmet le suit. Le cocktail air chaud de la soufflerie, fumées de leur deux cigarettes qu’ils laissent se consumer dans le cendrier pendant qu’on discute et portes fermées est détonant. Même Benoit a la gerbe. Tout d’un coup, Yunus démarre. On pense d’abord que la voiture gêne. Mais non, il prend la route et nous ramène en arrière, en essayant de nous faire comprendre quelque chose en turc. On est paniqués, toutes nos affaires sont à côté du camion, pourquoi on s’en va ? Yunus prend alors son téléphone pour traduire avec google traduction « nous sommes des gens biens, pas de problème » tout en conduisant à toute vitesse. Combo fantastique : on ne sait pas où on va, ce que deviennent nos affaires, et le mec conduit comme un barge en écrivant sur google traduction pour nous dire que tout va bien. Pour qu’il regarde la route on décide de ne plus poser de questions. On refait donc la route qu’on vient de pédaler en sens inverse. Et on débarque dans un tout petit village, sur la place principale. Yunus et son collègue vont de petit market en petit market faire des achats et nous on les attend à l’entrée pendant que tous les hommes du village, qui sont tous rassemblés sur la place aujourd’hui, nous regardent avec circonspection.

Puis on remonte dans la voiture et on repart vers le chantier. Yunus ne regarde quasiment jamais la route, trop content de pouvoir nous parler grâce au roi google. A l’arrivée, tout le monde arrête le travail, et on dresse une nappe au sol avec toutes les provisions achetées au village. On comprend un peu mieux : c’est l’heure du Khavalti ! Tomates, concombres, fromage, pain, et bien entendu thé sont partagés à même la route dans la plus grande convivialité. Selfie, photos, échanges de mots et petit à petit, tout le monde s’en va. Même Yunus et Ahmet finissent par partir en nous saluant bien, en nous faisant promettre de revenir à Kangal et en laissant tous les engins sur le bord de la route. Il est 11h30, on imagine donc qu’après la pause c’est l’heure de la pause !

DSC_2281

DSC_2284

Pendant la « pause », le ciel s’est dégagé

Après ce moment surprenant, on reprend la route complètement « full », deux petits déjeuners en trois heures ! La route est vraiment belle et tranquille, le soleil est revenu, on se plait bien et on avance bien. On croisera à plusieurs reprises dans la journée les ouvriers dans leur camion et même Yunus et Ahmet faisant des allers-retour en voiture !

P1080822

DSC_2327

On arrive à Divrigi en fin de journée. Le ciel est menaçant devant et derrière nous. C’est sûr on va se taper la pluie.

On entre dans la ville par les petites routes, et on découvre qu’elle a un charme tout particulier et qu’il aurait été sympa d’y faire un jour de repos. Mais on trace un peu, on veut trouver un toit avant l’averse. Raté ! Alors qu’un coiffeur de la ville appelle un de ses amis qui tient un hôtel pour qu’il vienne nous chercher, la pluie nous tombe dessus. On arrive donc dans l’hôtel complètement dégoulinants. Et on est de suite mal à l’aise car l’hôtel est tout neuf et beaucoup trop cher pour nous. A force de dire que non, on ne peut pas rester, le gérant finit par nous proposer un prix entrant dans notre budget. A peine le temps de tout monter dans la chambre, un nouvel orage s’abat sur la ville anéantissant toutes notre motivation à aller la visiter. Ce sera pour le lendemain matin. Et en attendant, on profite de cette chambre de luxe : VRAIE douche à l’italienne (parce que d’habitude c’est aussi comme une douche à l’italienne, mais en fait avec juste un pommeau de douche au dessus du WC), serviettes géantes et propres, petits shampoings qui sentent bons, chaussons en serviette, chauffage réglable, internet pour regarder breaking bad en streaming… c’est peut être rien pour vous mais pour nous ça veut dire beaucoup. Il y a même des petites éponges pour cirer ses chaussures. Malheureusement pas utiles pour nos sandales.

DSC_2361

DSC_2359

Au matin, on a décidé d’aller visiter la superbe mosquée qui fait la renommée de la ville et dont on a pu lire tant de bien dans un petit livre qu’on nous avait donné à Kangal. On y va vers 8h30 et à peine sur le parvis, on se fait jeter comme des malpropres. Elle est en rénovation, pas accessible avant 12h. On explique qu’on ne veut pas rentrer, juste regarder les bas reliefs des portes principales qui sont magnifiques et sont une vraie curiosité pour l’époque car ils ne correspondaient à rien d’habituel. Il y a beau n’avoir aucun chantier sur ces portes, le mec nous accompagne dehors et appelle un de ses collègues qui vient fermer à double tour le portail derrière nous. On est dégoutés, on aura vu aucun échafaudage, personne en train de travailler, on ne voit pas en quoi 5 minutes d’observation auraient dérangé… Bon, mais du coup, on se dit qu’on va au moins prendre la route plus tôt que prévu.

DSC_2364

DSC_2363

Oui, mais non.

Re-kidnapping

On a besoin d’un peu d’essence pour le réchaud. Ça tombe bien, il y a une station service sur la route. Benoit y va, je garde les vélos à l’ombre. Le temps passe, il ne réapparait pas. Puis tout d’un coup, je l’entends m’appeler, je me retourne : il est dans une grande berline noire, et il va au commissariat car il lui faut une autorisation ! La voiture démarre, il disparaît. Ok, ok… Quand au bout de 20 min je ne le vois toujours pas revenir, je me dis que j’ai quand même été bête de ne pas relever la plaque, ou de pas dire « laisse tomber », ou de pas lui filer au moins le portable. Plus le temps s’écoule plus je me demande comment je vais expliquer le truc à sa famille… Heureusement, la berline noire revient et c’est un Benoit furieux et à bout de nerfs qui en sort ! Le monsieur l’a conduit à l’office de tourisme pour qu’il puisse expliquer son problème en anglais aux agents, qui ont traduit au monsieur pour qu’il traduise ensuite à la police. Les employés de l’office de tourisme sont morts de rire : une autorisation pour un litre d’essence ! Arrivé au commissariat, les policiers ne comprennent d’abord pas, puis lui demandent son passeport… qu’il n’a pas ! Retour à la case départ, pas d’autorisation, et pas d’essence. Heureusement, le monsieur qui l’a conduit partout décide de faire le plein de sa berline et remplit d’un litre d’essence notre bidon. Mais il demande pour ça 10TL à Benoit, qui ayant les nerfs à vif pense qu’il est en train de se faire prendre pour un con et ne lui en donne que 5, ce qu’il estime que vaut le litre d’essence. Bon en fait, c’était un peu des deux : y’avait pas pour 10TL d’essence mais le mec nous avait quand même bien dépanné, Benoit passera le reste de la matinée à s’en vouloir un peu d’avoir craqué.

DSC_2370

Vélo à Assistance Motorisée

On démarre donc à 11h du matin, belle performance d’immobilisme improductif ! Il fait super chaud aujourd’hui. Les personnes que nous croisons et à qui nous disons que nous allons à Erzincan nous disent « Asfalt yok » (pas d’asphalte) avec un geste qui signifie qu’on ne peut plus passer. On pense que ça passe quand même, d’autres y sont passé quelques semaines avant nous. Mais quand un papi s’arrête avec son Doblo, nous dit que ça ne passe pas et qu’il peut nous avancer, on repense au scénario de la boue et on accepte sans trop hésiter. En effet, la route est bien galère sur un ou deux kilomètres. Mais ensuite c’est tout à fait praticable. Notre gentil papi va presque en haut et nous laisse juste avant une descente, qu’il nous présente comme étant la fin de la montée, mais qui est en fait suivie d’une remontée spectaculaire. Lorsqu’il nous fait descendre, on ne comprend pas bien si il attend qu’on lui donne quelque chose ou si il s’assure que tout soit bon pour nous. On a vraiment des difficultés de perceptions dans nos relations avec les gens aujourd’hui !

DSC_2380

DSC_2382

DSC_2385

Grâce à ce coup de pouce, on est monté de 350 mètres et on a avancé de 5 ou 6km. Une bonne heure et demie de gagnée sous ce caniard. Après la remontée qui nous fera un peu souffrir, on prend beaucoup de plaisir à redescendre dans une étroite vallée verdoyante entourée de montagnes. Et comme c’est agréable, on se fait le luxe d’une sieste à la fin du repas. L’après midi est consacrée à remonter ce que nous avons descendu.

DSC_2387

DSC_2401

DSC_2405

Les paysages sont de plus en plus impressionnants. Les montagnes ocres et pelées font suite à la vallée verdoyante, et au loin apparaissent les premiers sommets enneigés. Ca y est, nous sommes en montagne ! On le sent déjà dans nos jambes, malgré le coup de pouce du matin.

DSC_2420

DSC_2421

DSC_2427

DSC_2433

DSC_2458

DSC_2460

En fin de journée, on fait connaissance avec l’Euphrate qu’on aperçoit au loin. On trouvera un coin de bivouac très joli, dégagé, en contrebas de la route, avec une vue à 180° sur les montagnes alentours et le canyon cultivé que l’on surplombe.

P1080830

P1080833

Le petit déjeuner est toujours là où on ne l’attend pas…

On décide de partir très tôt pour tenter d’éviter les grosses chaleurs aujourd’hui. Au sommet de la première montée du jour, un camion s’arrête à notre hauteur pour nous proposer un thé. On accepte mais on comprend qu’il nous invite à le rejoindre quand on arrivera dans le village d’Ilic, à 20 km de là. Il repart, on continue à discuter un peu, puis on s’engage dans la descente et… on le retrouve en bas, camion arrêté, petit coffre latéral ouvert laissant apparaître une cuisine itinérante, où tout est prévu pour partager le Kahavalti ! Même pas une heure que nous avons démarré et nous prenons notre second petit déjeuner : omelette, concombres, pain, olives, fromage… Notre hôte du jour nous déconseille la route après Ilic qui monte et qui descend sans arrêt. Il nous conseille de prendre un Dolmus, un mini-bus. On rigole, on aimerait bien quand même arriver au bout de cette route sans « assistance motorisée » pour une fois ! Après cette pause sympathique et bourrative, on reprend la route en direction d’Ilic.

P1080835

P1080836

La route inscrite sur la carte de notre GPS a été remplacée par un grand barrage retenant l’eau de l’Euphrate. A Ilic, on fait quelques courses et on reprend la route, qui n’existe toujours pas sur notre carte has-been.

DSC_2483

DSC_2484

On est tous seuls sur une 4 voies sans ombre, on crame. Enfin, en début d’après-midi, on arrive dans une vallée assez encaissée mais surtout riche en arbres ! Il fait très chaud et on s’offre donc une longue pause à l’ombre avant de repartir.

DSC_2490

DSC_2496

DSC_2518

DSC_2515

Tout en haut de la rampa

La route monte doucement et nous aussi. Arrivés presque aux pieds des lacets qui doivent nous conduire au col du jour, on refait une pause pour attendre qu’il fasse un peu plus frais. Avant que la montée en lacets ne débute, on trouve une fontaine d’eau fraiche où l’on s’asperge presqu’intégralement. Deux chauffeurs nous regardent un peu surpris, nous demandent où on va, et quand on leur montre la direction (en même temps il n’y en a pas d’autre…) l’un d’eux met sa main droite à la verticale et nous dit « rampa ». On dit qu’on sait. Il est encore plus surpris et reprend la route. On est un peu plus inquiets…

Finalement, ça se passera tout à fait bien, et même mieux que ce que l’on avait imaginé. Certes la montée est bien raide par endroit mais la progression en lacets a l’avantage de concentrer l’effort sur peu de temps, contrairement à la longue montée qui nous a fatigué tout l’après-midi. En moins d’une heure, pauses photos et video incluses, on est en haut.

DSC_2498

DSC_2504

P1080840

Pourcentage de dénivelé au libre choix du conducteur ? Ces panneaux là sont de très mauvais augure…

P1080842

Au sommet on est pressés de trouver un coin de bivouac en rêvant de pouvoir s’y laver. On fait le plein d’eau avant d’entamer la descente. Elle est magnifique, entre les parois rocheuses de la montagne avec en perspective au loin les sommets enneigés. On est gâtés. On croise un verger au bord de la route, près d’un cours d’eau. Il est entretenu mais les propriétaires ne sont visiblement pas là. Il y a une petite table et des chaises, on s’y installe pour la soirée. Comme à la maison.

DSC_2541

DSC_2538

Vue du bivouac

 Pourquoi on ne dit pas « montagnes turques » en parlant de ce qui monte et qui descend tout droit ?

A l’heure du réveil, on entend la pluie tomber à fines gouttes sur la tente. Je sors le nez dehors, de gros nuages gris partout autour de nous. Ok, motif idéal pour reculer le réveil et se rendormir. Mais une heure après, les nuages ont disparus et laissé place à un soleil éblouissant ! Quand on démarre il fait déjà très chaud. L’échauffement est de courte durée, car après à peine 3 km de descente, on franchit la première côte à 10% de la journée. Aujourd’hui, ce sera un splendide enchainement de longues montées très raides suivies de descentes qui paraissent toujours trop courtes.

DSC_2549

Et c’est moi qui suis malade aujourd’hui. Pas toujours facile d’être une femme en voyage à vélo, je le tord de douleur. On est obligés de s’arrêter fréquemment et du coup, la progression est encore plus lente que d’habitude mais les paysages du jour sont une belle récompense. Voilà, vous savez tout, adieu glamour, vous êtes dans le vrai !

DSC_2571

DSC_2584

P1080862

Pause à Kemal

P1080861

P1080873

C’est aujourd’hui qu’on passe la barre des 7000 km à vélo, après 11 mois de voyage dont 8 à pédaler !

On choisit pour le soir un coin de bivouac dans un champ et près d’un cours d’eau. Le paysage est splendide mais on aura pas le temps d’en profiter, les orages font leur retour pour la nuit. On prépare notre cuisine dehors et on rentre pile poil au bon moment sous l’abside pour manger. La pluie et le vent battent la tente dans tous les sens, mais on se sent bien protégés. Ça durera par intermittence toute la nuit.

Dernière étape ce matin de cette route qui nous aura enchanté. On n’a plus qu’une 30aine de km avant Erzincan. La santé n’est toujours pas au top et on est encore obligés de faire des pauses réparatrices.

DSC_2585

P1080870

P1080864

P1080879

P1080878

On décide qu’on prendra une nouvelle fois le bus entre Erzincan et Erzurum. Parce qu’il n’y a que la 4 voies et qu’on tente de l’éviter et qu’on voudrait pas trop trop tarder à entrer en Iran. Et surtout, parce qu’on sait de source sûre que deux machines de guerre en vélo-couchés, arrivées un mois après nous en Turquie, sont à nos trousses, à « quelques étapes de bourrin ». On a peur, ils sont effrayants, ils parlent tout le temps de couteaux, de chats dépecés et roulent plus de 100km par jour. Il faut qu’on se préserve une marge de sécurité.

We love Bus

A la gare routière, c’est un vrai sketch, chacun y va de son prix plus élevé que son voisin pour faire embarquer nos deux vélos pour 2h de route et seulement 180 km. Nous faisant presque regretter de ne pas y aller par nous même. Au moment d’embarquer, on comprend mieux pourquoi : Erzincan est la dernière étape des bus avant Erzurum, ils sont donc pleins. C’est tetris pour rentrer nos vélos et nos bagages. On se prend les remarques des autres passagers pas contents qu’on leur fasse perdre du temps. A un monsieur particulièrement désagréable qui lui disait « mais pourquoi vous n’y allez pas en vélo, ça vous ferait un peu de sport ? » Benoit a répondu « et vous, pourquoi vous n’y allez pas à pieds ? ». Il était super fier après, il m’en a reparlé plusieurs fois dans le bus.

DSC_2588

Et nous voilà à Erzurum. La route était belle mais vu du bus la 4 voies avait l’air d’avoir une toute petite bande d’arrêt d’urgence et d’être très fréquentée par les camions. On ne regrette donc pas. En arrivant dans la ville, on a un peu tourné pour trouver un hôtel. Un jeune homme nous a abordé pour nous aider et négocier pour nous. Au final, c’est grâce au vieux guide Lonely Planet de 2005 qu’on nous a prêté qu’on trouvera un hôtel au très bon rapport qualité/prix tout près du centre. Et quel bonheur d’entendre la pluie tomber pendant qu’on est au chaud ! Ce sera le cas toute la nuit et toute la journée du lendemain, ne nous faisant pas regretter d’avoir choisit l’option bus encore une fois.

P1080882

Bientôt touristes en Iran !

Et avant-hier, après 3 heures d’une attente un peu rocambolesque au consulat d’Iran à Erzurum, nous sommes enfin les fiers et heureux détenteurs d’un visa de tourisme iranien! On se lancera demain à l’assaut des 300 km environ qui nous séparent de la frontière iranienne. Entre-temps, on a cherché une solution pour protéger mon appareil photo, travaillé la question des visas, fait les comptes, chargé des cartes et des podcasts, mis à jour le blog… bref, on fait ici tout ce qui sera plus compliqué par la suite. Et surtout, pour faire durer la pause plus longtemps, j’ai fait le coup de la migraine. Indémodable. A partir de maintenant les connexions vont devenir rares, mauvaises et censurées. En ce qui concerne notre itinéraire à vélo, les fortes chaleurs de ces derniers jours et les mauvaises nouvelles concernant les difficultés d’obtention du visa Turkmène nous ont fait prendre conscience que non seulement pédaler entièrement couverte et voilée serait sans doute difficilement supportable, mais qu’en plus, au lieu d’avoir tout le temps pour pédaler, il nous faudrait nous dépêcher de régler à Téhéran la question chronophage et stressante des visas. Donc on risque malheureusement de ne pas pouvoir beaucoup découvrir le pays à vélo et de devoir privilégier le bus et le stop pour quand même en approcher les merveilles.

20160606_171403

P1080826

CLDD prolongé

Et avant de finir, une petite nouvelle qui va changer le fil de ce voyage. On a décidé que quitte à « repartir de zéro » au retour, autant revenir avec une bulle sur nos comptes en banque ! Ça y est, c’est officiel, nous avons prolongé notre CLDD : Contrat de Liberté à Durée Déterminée (concept inventé par Benoit, inspiré par la loi El Kohmri, qu’il tenait absolument à voir apparaître dans cet article) de 6 mois pour continuer la route en direction de l’Asie du Sud Est. On a hésité et on a retrouvé toutes les peurs qui nous habitaient avant le départ : peur de ne pas en avoir les moyens et de rentrer à sec, de passer à côté des êtres qui nous sont chers, de finalement ne plus se plaire dans cette vie d’itinérance… mais en même temps, on a l’opportunité incroyable de pouvoir aller au bout de nos envies et de nos rêves, de prolonger cette expérience unique qui nous rend plus vivants que jamais depuis près d’un an maintenant. Alors on a décidé encore une fois de ne pas écouter nos peurs et de plutôt saisir cette chance de consacrer notre temps à vivre notre vie plutôt qu’à la gagner !

DSC_2464

A très bientôt en terre persane !

DSC_2470

4 réponses à “En route vers Erzurum, partie 2 : les montagnes turques

  1. Bon OK, je suis convaincu par la beauté des terres turques !
    Marrant de te voir en mode musulmane voilée Alice 😀 Enfin c’est un peu triste aussi à la fois m’enfin bon, en tout cas ça fait bizarre !
    Ben à l’air totalement rétablit de son dernier mal être intestinal, that’s nice.
    Et je plussoie pour votre rallongement de votre CLDD. Je vous y rejoindrai bien pour y boire du gewurztraminer et manger du pâtée Henaff au pied d’un Bouddha géant ou dans un temple style Mortal Kombat !

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s