Welcome to Iran ! De Dogubayazit à Tabriz, qui a commandé la pluie au mois de juin ?

L’entrée dans un nouveau pays, c’est toujours un mélange de stress et d’excitation qui commence dès le passage de la frontière.

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On longe le mont Ararat pour sortir de Turquie

Celle qui sépare l’Iran de la Turquie ne nous fait pas rêver : une file de camions de plusieurs kilomètres, des allées grillagées partout, les photos des Guides de la Révolution, les Imams Khomeini et Khameini, qui nous accueillent avec un sourire paternel angoissant… On s’habille selon les règles du pays : cheveux et nuque couverte, tunique en dessous des fesses, manches longues et pantalon pour moi, pantalon pour Benoit. On nous fait attendre une heure dans un SAS entre les deux pays, avec bus et autos. Un moment d’attente qui nous permet de prendre la température de ce qui nous attend en Iran : les gens descendent du bus pour se prendre en photo avec nos vélos et à l’intérieur de la voiture de luxe d’un mec qu’ils ne connaissent pas qui lui se met à poser au volant du bus. Visiblement, le selfie « mise en scène » est à la mode ici aussi.

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Et voilà le déguisement ! Le K-Way rose c’est la cerise sur le gâteau pour parfaire la tenue les premiers jours…

Quand les douaniers se rendent compte qu’on a rien à faire dans le sas des véhicules, ils nous font passer avec les voyageurs individuels. Tout aurait pu être très rapide, mais le système déconne et mon passeport ne peut pas être scanné. Le douanier pas aimable s’y reprend à 10 fois puis quelqu’un emmène mon passeport. Petit moment de stress. Ce temps d’attente permet à un monsieur venu de nul part de venir nous poser plein de questions : où aller vous, pourquoi venir en Iran, y-a t’il Daesh en France etc. On se rend compte quand on passe enfin le portail de sortie qu’il est du staff et fait les dernières « vérifs ». A priori on passe le test avec brio puisqu’il se déride et nous ouvre lui même le portail « Welcome to Iran ».

C’est fou. A peine 2 km entre la Turquie et l’Iran et on sent qu’on est déjà dans un autre monde. Même le paysage est différent. Du jaune à perte de vue et des montagnes pelées mais vertes. Les arbres en fond de vallée font l’effet d’oasis. On ne s’arrête dans la ville frontière que pour faire un peu de change et acheter de l’eau. On commence à mesurer concrètement les difficultés : on ne comprend rien et on ne lit rien. Ici tout est écrit en caractères Persan, un alphabet proche de l’Arabe. Mais nous voici millionnaires : Un euro égal 39000 rials. En une journée, Benoit aura appris à lire les chiffres.

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A peine sortis de la ville, on est interpellés par un homme qui veut absolument qu’on s’arrête pour prendre le thé. En plein ramadan, on est surpris. Il est complètement excentrique ! Il n’arrête pas de nous dire à quel point il aime la Turquie et l’Azerbaidjan car on peut boire et danser ! Il veut absolument qu’on prenne une douche. Il insiste tellement en restant derrière la porte qu’on finit par se méfier et faire semblant d’en prendre une, alors que vu la chaleur elle nous aurait vraiment fait du bien. L’autre chose qui nous rebute c’est que le pommeau de douche est… une vieille chaussette ! On découvrira par la suite que c’est assez commun ici et le besoin de se laver prendra le dessus sur le dégout de la chaussette.

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Oui, excentrique

On reprend la route et on se retrouve plongés de plein fouet dans la folie du trafic iranien. Moteurs pétaradants, fumée noire, conduite décomplexée, photos et films au volant, klaxons et cris de bienvenue, c’est de la pure folie, je me sens étouffer ! Ici, la voiture star est la 405. Il y’en a partout, Peugeot doit faire son chiffre en Iran.

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405, peugeot PARS et Saiba, les berlines qu’on rencontre le plus ici

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Ma chouchou, la petite camionnette bleue iranienne où tu peux tout charger (y compris des vaches et des moutons)

A la sortie de la Ville de Maku (qui était un tout petit point sur notre carte et se révèle en fait être une bourgade très étendue) on s’arrête pour camper dans un parc public. On a lu que ça se faisait beaucoup ici. Un jeune homme nous dit où nous mettre : au milieu des petites cabanes où les gens viennent pour boire le thé. On voudrait aller ailleurs, il y a plein d’endroits sans cabanons mais il dit qu’on sera mieux ici. En fait, le gars ne travaille pas pour le parc, donc il n’en savait rien et on aurait mieux fait de ne pas l’écouter. Un monsieur vient nous aider à monter la tente et nous prend en photo pour le journal local (?!?). Dans la soirée, les employés du parc nous offrent le thé et nous font visiter le petit Zoo du parc. Attention les yeux, le zoo de Maku envoie du rêve toute au long de sa dizaine de cages : ça commence par une cage de poules, suivi de pigeons. Puis des faisans. Nouvelle cage, des cochons d’inde ! Puis des canards. Et tout d’un coup, dans le fond, un enclos un peu plus grand que les autres attire mon attention… Horrreuuuuurr !!!! Ce sont des Emeus, ces volatiles immenses que je hais par dessus tout. Le mec m’assure que ceux là sont gentils, c’est vrai qu’ils vivent dans le même enclos que des tas de lapinous tout mignons, ça les a peut être calmé. Avant dernière cage, on découvre deux singes capucins. Et pour la dernière cage, le clou du spectacle c’est… un bichon ! Le pauvre petit chien est enfermé dans une cage comme un animal du zoo, il jappe, se tort comme un serpent en bougeant la queue et s’égosille dès que quelqu’un approche de la cage mais y rien n’y fait, tout le monde se marre mais il y reste enfermé.

Passer cette visite, on va se coucher. On est bien crevé et on a 1h30 de décalage horaire en plus par rapport à la Turquie. Mais les fervents amoureux des parcs que sont les Iraniens commencent à arriver au compte-goutte, et à s’installer pour une soirée thé/pique-nique/chicha. On se sent bien con de prendre toute la place en plein milieu, ils doivent vraiment penser qu’on est mal élevés, et toute cette agitation ne favorise pas nôtre sommeil.

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L’entrée du parc était attractive pour un alsacien

Pour notre première journée en Iran, le soleil est couvert, le ciel menaçant, on ne s’imaginait pas devoir remettre nos coupe-vent si tôt ! On profite de cette fraicheur pour rouler toute la journée.

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Au bout de 115 km, on n’évite pas l’orage ni la tombée du jour. Et on atterrit pile-poil dans la zone où on nous avait recommandé de ne pas camper à cause des « drogués » qui y habiteraient. On tente l’hospitalité auprès d’un petit groupe de messieurs qui nous orientent vers la mosquée 2km plus loin. En chemin, on passe devant le « croissant rouge », les pompiers volontaires d’Iran. On a entendu qu’ils accueillaient des cyclistes donc on tente notre chance. Pour vous mettre dans l’ambiance, il nous pleut toujours dessus, la nuit tombe, et les dizaines de camion qui circulent sur cet axe nous envoient toutes leurs éclaboussures en pleine figure. Le responsable du croissant rouge nous invite à aller demander à la mosquée, et ci ce n’est pas possible, à retenter notre chance ici. On monte donc vers la mosquée, en s’imaginant que si tout le monde nous l’indique c’est qu’on va y trouver toute l’hospitalité qu’on recherche. C’est raté, le vieux monsieur maigrichon et rabougrit qui s’y trouve nous propose de rester dans un cabanon en métal d’1m50 sur 1m50, pas fermé, qui sert habituellement pour boire le thé à l’ombre. Il est complètement inondé et fait face à la route, bref, c’est pas une solution et le monsieur le sait très bien. On retourne bredouille au croissant rouge, qui nous laisse patienter dehors en prenant nos passeport pour avoir une autorisation officielle de nous accueillir. J’avoue qu’à ce moment, on se demande si c’est ça la fameuse hospitalité irannienne ! Mais la soirée fini tout en douceur, avec une douche chaude, et un bon repas partagé avec les équipes très sympas du croissant rouge.

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Deuxième jour en Iran, le ciel n’est plus couvert, il pleut carrément. A midi, on a déjà roulé plus de 40km et on s’arrête pour manger près d’une aire de repos pour camionneurs. Nous sommes vendredi, jour non travaillé ici. Beaucoup de chauffeurs sont donc en pause pour la journée ici. L’un d’eux, un Turc, ne comprend pas qu’on veuille faire du vélo en Iran. Il nous propose de nous avancer le lendemain avec son camion jusqu’au Turkmnénistan ! Comme on voulait de toute façon éviter l’entrée à vélo dans Tabriz, ville tentaculaire et bondée d’autos, on saute sur l’occasion pour lui demander de nous avancer. On installe donc la tente dans un champ près du magasin d’amis de notre chauffeur et on passe l’après-midi avec eux, caché dans un petit local pour boire du thé clandestinement en plein ramadan en écoutant les orages s’enchainer.

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Le propriétaire du champ, qui fauche à la main et nous emmènera en fin de journée un kilo de petites cerises et prunes

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Notre voisin de champ, qui habite les vélos dans son garage et chez qui est organisé le salon de thé…

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Notre chauffeur à gauche

Le départ est donné à 6h. On embarque dans le camion neuf et super moderne de Yussef. Nous ne sommes qu’à 60 km de Tabriz. Petit à petit, la route est de plus en plus bétonnée et encombrée. On se félicite de ne pas pédaler. Sauf qu’à un croisement, notre chauffeur nous annonce qu’il prend le contournement de Tabriz en direction de Téhéran, ce qui nous éloigne de la ville ! Et merde, on a pas du bien se comprendre hier… Du coup, il nous dépose sur le bas-côté de l’autoroute, à 15 km de Tabriz, et on se retrouve à devoir pédaler pile-poil la partie qu’on voulait éviter et on regrette bien notre paresse. Comme il est entre 7h et 8h du matin, la circulation n’est pas encore démentielle et on s’en sort finalement sans trop de stress. Sur place, un chauffeur de taxi nous aide à trouver un hôtel. Les prix proposés sont bien au-delà de ce qu’on avait imaginé, lu sur les blogs et dans notre guide. On finit par trouver une chambre pas trop mal et où on peut cuisiner. Nous passerons un jour et demi à arpenter les rues de la ville, sa mosquée bleue, son bazar, connu pour être le plus grand du monde asiatique. Ce dernier nous enchante et nous y passerons plusieurs heures, interpellés de ci de là par des passants et des commerçants curieux : d’où venez vous ? Aimez vous l’Iran ? Bienvenue à Tabriz !

La mosquée bleue a été pas mal détruite :

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Le bazar de Tabriz, magique !

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Une des porte d’entrée

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Le hall des tapis. Les vendeurs sont dans les petites boutiques

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confection des tapis à la main

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On trouve tout au bazar, il y a milles couleurs

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Dédicace aux filles des copains ! La reine des neige est là !

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Ma boutique préférée : les tchadors. Vous préférez ce noir ou plutôt celui là ? En vérité, ils sont de matière différence et de motifs différents.

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Oui, le bazar c’est le bazar

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vendeurs de tapis

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Ce monsieur nous accompagne un peu pour trouver le hall aux tapis dans tout ce dédale d’allées !

Nous ne sommes pas chanceux, le déluge s’abat sur la ville pendant notre séjour limitant nos déplacements.

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On est aussi ici pour chercher des vêtements « de ville » en plus de nos tenues cyclistes. En effet, toutes les femmes ici doivent être voilées et porter des vêtements ne laissant pas apparaître les fesses et couvrant les bras. J’ai ma tunique pour faire du vélo mais rien d’autre pour aller en ville. Benoit quant à lui ne peut pas mettre de shorts et n’a donc qu’un seul pantalon. La gestion du linge n’est donc pas facile, on est sales et pouilleux. Et on découvre que les prix des vêtements sont finalement assez élevé et aucun de nous ne trouve son bonheur. J’en arrive à me dire que je vais acheter un drap et me rouler dedans, de toute façon, presque toutes les femmes sont en tchador dans la rue. Dans le dernier magasin dans lequel on s’aventure on rencontre Parisa, une Iranienne qui me voit chercher une tenue. Elle me dit qu’elle aurait une tunique à me donner, prend l’adresse de l’hôtel et nous donne rendez-vous à 21h.

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A l’heure dite, elle est là avec une jolie tunique bleue sans doute un peu « osée » par rapport aux règles en vigueur, qu’il sera plus facile à porter pour une touriste que pour elle. Elle nous invite à venir boire le thé chez elle, ce que nous acceptons ! En sortant, le gérant de la guesthouse nous prévient : il ferme les portes à minuit ! On se dit qu’on est larges. C’est parce qu’on ne connaît pas encore les invitations iraniennes…

Parisa, sa mère et ses sœurs vivent un peu à l’écart du centre-ville. Nous découvrons pour la première fois une maison iranienne : une immense pièce vide de meubles, habillée d’imposants tapis et de coussins contre les murs. Ici, il y a en plus des canapés plaqués au mur et une vitrine d’objets anciens. Nous partageons d’abord le thé, puis des jus de pétales de rose faits maison. C’est juste délicieux. La maman de Parisa nous sert des fruits secs, de la pastèque et des fruits frais. Elles n’ont pas encore rompu le jeun du ramadan mais hors de question pour nous de ne pas manger les produits qui nous sont offerts, on nous invite toutes les 3 minutes à nous resservir. Le temps file vite dans cette famille si chaleureuse. La cousine de Parisa nous rejoint, elle est professeur d’Anglais, n’a pas la langue dans sa poche et ne manque pas d’humour ! Les filles nous proposent de nous emmener visiter le parc le plus connu de Tabriz, mais il est déjà 22h et on préfère décliner, pour être surs de rentrer à temps à l’hôtel. Elles sont insistantes, c’est donc tout un exercice pour nous de devoir résister, car on en aurait bien envie. A 23h, alors qu’on s’apprête à partir, Parisa et sa mère nous invitent à rester manger et dormir. Là-aussi, on aurait vraiment voulu partager ce moment, mais toutes nos affaires sont à l’hôtel, on doit partir le lendemain matin et tout est sans dessus-dessous puisque Ben était en train de cuisiner quand nous sommes partis à l’arrache. On ne peut pas accepter, et là aussi, il faut parlementer pour décliner poliment. C’était malgré tout une belle soirée, la première fois que nous avons approché l’hospitalité iranienne et ses subtilités. A minuit, de retour à l’hôtel, on entend en effet les grilles se fermer.

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On décolle vers 10h, avec deux missions avant de quitter la ville : faire un virement de banque à banque pour payer une prestation pour le visa iranien et trouver du crédit pour internet. La première va être abandonnée au bout de 30 minutes, car le guichetier ne peut pas connaître le cours du taux de change Euro/Rial et m’invite à aller dans une autre banque pour ensuite revenir etc. Bref, on verra plus tard et ailleurs. Pour le second, c’est carrément l’horreur ! Alors qu’un jeune m’en avait donné une, je me retrouve à devoir acheter une carte SIM, ce qui demande presqu’autant de procédure et papier qu’une inscription à pôle-emploi. Prise d’empreintes digitales en plus. Toute la procédure se déroule dans un bureau de poste bondé et surchauffé où règne une anarchie des plus totale ! Les gens s’aglutinent, passent les uns devant les autres, et la guichetière répond à chacun au coup par coup pour faire toutes sortes de tâches administratives et d’encaissement, ainsi qu’à ses collègues qui lui posent des questions, et la pauvre n’arrive jamais à finir ce qu’elle a commencé. Au bout d’une heure, je finis par comprendre que c’est bon, j’ai une sim-card (que j’avais déjà, rappelons le…) mais toujours pas de crédit. Au bout de 2 heures, je sors enfin du bureau de poste avec un téléphone opérationnel et les nerfs en pelote… parfait pour se lancer dans le trafic de Tabriz à 13 h !

La suite du programme, c’est 600 km d’une plus petite route qui doit nous conduire à Hamedan, en traversant les montagnes de l’Azerbaidjan et du Kurdistan Iranien. Elle se révèlera pleine de surprises, d’émotions diverses et variées et de rencontres ! Mais ça, c’est pour une prochaine fois…

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Qu’est ce que c’est ? Des garages, des restos, des hôtels, des coiffeurs ???? on ne comprend plus rien et on joue aux devinettes !

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8 réponses à “Welcome to Iran ! De Dogubayazit à Tabriz, qui a commandé la pluie au mois de juin ?

  1. Flute c’est ce que j’allais dire….c’est vrai que c’est bigrement attractif tout ca. J’ai beaucoup aimé la douche chaussette offerte en cadeau de bienvenue (ca change des chiotes en Turquie..) et le bichon enprizooné. En revanche comme dirait Fred des panardos, question morsure à la main, peu d’infos sur l’évolution de la cicatrisation dans la septcie ambiante… En tout cas vite vite la suite, car ca devient effectivement d’l’Iran c’t’affaire.

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  2. Tu portes plutôt bien le voile Alice, et tu as bonne mine 🙂
    Le bazar avait l’air bien cool, mais je n’ai pas compris l’intérêt de teindre des poussins 😀
    Bisous à vous deux, mais un plus gros pour Ben’

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    • Benoit veut que je garde le voile à l’avenir… Parait que ça va pas si mal, et que je suis moins chiante :-p
      Les poussins, on a pas compris. Sont amoureux du kitsch, je crois que c’est juste ça.
      Benoit te rappelle « qu’avoir un seul enfant de toi, c’est la seule chose qu’il attendait… ».

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