Crazy Iran ! De Tabriz à Bonab, comme des pachas

Un article à deux voix, Alice en noir, Benoit en bleuEt une fois n’est pas coutume, peu de paysages, mais une tonne de selfie pour combler nos égos devenus démesurés en Iran 😉 

On a longuement hésité sur la suite du programme après Tabriz : rejoindre directement Teheran pour commencer la course aux visas ? Suivre la route principale en direction de Téhéran pendant 300 km puis prendre un bus pour éviter l’entrée dans la mégalopole ? Ou dévier de l’objectif téhérannais pour le moment et continuer notre route sur de plus petits axes plus au sud, traversant l’azebaidjan et le kurdistan Iranien ?

C’est finalement à minuit, en rentrant de chez Parisa qu’on se décide. Ce sera la troisième. On prend les petites routes et on verra plus tard pour la folie administrative des visas. Ces 1ers jours en Iran nous ont fait à peine approcher la culture et l’hospitalité Iranienne, en partie à cause du mauvais temps qui ne facilite pas les rencontres. On ressent donc le besoin d’en vivre un peu plus, d’autant que notre programme après Téhéran reste très flou. L’autre source de motivation pour nous c’est la perspective de plus petites routes. Jusqu’à Tabriz, nous avons suivi un axe principal très passant où les bruits des moteurs nous donnaient envie de ne pas ôter nos écouteurs… Alors, c’est parti pour une dizaine de jours de pure folie iranienne !

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Sur la route après Tabriz, les petites routes de campagne bien tranquilles, ce n’est pas pour tout de suite…

Mais quand est-ce qu’on dort ?

Il est donc 13h quand on quitte Tabriz après le sketch de la carte SIM et de la banque qui aura occupé toute notre matinée. Le soleil cogne, et on se fraye un chemin entre les pots d’échappements pour sortir de la mégalopole qui s’étend encore sur des dizaines de km. Mais où sont les petites routes ? En milieu d’après-midi on se pose pour déjeuner et faire une petite sieste et on redémarre à 17h, quand il fait un peu plus frais. Le vent qui nous poussait jusque là s’est transformé en vent de face. On avance un peu machinalement, cette route n’a rien de passionnant. A hauteur d’une petite ville, on est accueillis avec beaucoup d’enthousiasme par des cris de bienvenue se dégageant des fenêtres des autos, des bras levés des passants sur la route, et des selfies sur la bande d’arrêt d’urgence. Les mêmes questions s’enchainent : d’où venez vous ? Où allez vous ? Vous aimez l’Iran ? Et tout cela conclu par un « bienvenue » ou un « merci ». On est quand même à mille-lieues du stéréotype du barbu frigide et sanguinaire diffusé par les médias occidentaux. D’ailleurs, Benoit est le seul barbu que j’ai croisé jusqu’à maintenant.

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On a de beaux points de vue sur le lac Ourmia, plus grand d’Iran, en partie asséché et salé (d’où les reflets blancs)

Un mec parmi d’autres me parle à travers la vitre de sa voiture avec un anglais bien meilleur que la moyenne. Faut dire que le niveau est balèse, entre les « thank you » au lieu de « welcome », des « i am beautifull » au lieu de… au lieu de quoi en fait ? Je suis bien à l’aise avec mon anglais ici. Bref le mec qui me parle arrive à enchainer plus de 3 phrases. Le problème c’est qu’il discute avec moi en se mettant à ma hauteur à 10km/h alors que derrière lui les autres bagnoles déboulent à plus de 100. Au bout de 2 min de discussion et une dizaine d’accidents évités de peu, je commence à dire oui à tout ce qu’il raconte sans vraiment écouter pour qu’il parte au plus vite. Et dans ces « oui » machinaux, sans m’en rendre compte, j’ai accepté son invitation à venir dormir chez lui. Il me quitte pour mieux nous retrouver un peu plus loin sur un bas-côté plus large.

Il s’appelle Hadi, il a 24 ans et vit avec ses parents à … Il nous y conduit à coup de warning, tel une escorte de police en nous invitant à faire bien attention car c’est très très dangereux. On arrive chez lui, accueilli par sa mère qui est professeur retraitée, son père est encore au travail. Très vite, nous sommes servis en pastèque rafraichissante et en thé réconfortant après cette journée de vélo. Un ami d’Hadi nous rejoint ainsi que son oncle accompagné de sa fille. Dehors, l’orage de 18h gronde. Nous discutons tous ensemble dans un anglais approximatif. L’ami d’Hadi nous dira d’ailleurs qu’il ne nous comprend pas bien à cause de notre accent français… mouai la bonne blague, j’ai enfin trouvé quelqu’un avec autant de mauvaise foi que moi !!!

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Ahad et sa famille ! Ne vous fiez pas à l’air prostré de la maman, elle est très souriante en vrai !

La fin de journée avance paisiblement, débordant sur le début de soirée. L’oncle et l’ami se retirent, nous prenons une bonne douche et le père d’Hadi (un petit bonhomme d’1m60, adorable) rentre à la maison juste avant le repas. On est très contents de pouvoir partager un repas de famille à l’iranienne, nous mangeons à même le sol, soupe en entrée et kebab avec riz en plat principal, un vrai régal. Il est est déjà 23h lorsque nous quittons la table, enfin le tapis (en Iran, on mange assis en tailleur par terre autour d’une nappe) et Hadi nous propose de faire un tour en voiture pour nous montrer l’ancienne ville. On est crevés mais il insiste et nous cédons pour lui faire plaisir, sa mère vient avec nous, elle semble ravie de la sortie.

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Délicieuse soupe de pois en entrée

La ville n’a rien rien de particulier et de nuit il est encore plus difficile d’en apprécier les charmes. On s’arrête devant un tas de cailloux, vieux d’une centaine d’années. Bon. Puis Hadi nous offre des bonnes glaces et nous montons une butte avec vue sur les alentours. Il est déjà plus de minuit passé et il « adorerait » que l’on s’arrête dans un parc. Là on réussit à se faire entendre, on est fatigués et on veut se lever tôt demain. Il nous ramène donc à sa maison, mais pas par le même chemin qu’à l’aller, bizarre…

Nous passons devant une devanture, Hadi klaxonne puis s’arrête et nous dit qu’il s’agit du magasin de son cousin. Il sort de la voiture puis revient en nous disant que son cousin voudrait nous rencontrer. On lui réexplique que nous sommes fatigués mais il ne semble pas trop nous écouter. On ne comprend pas, il avait remarqué de lui-même que l’on était à bout de force mais il insiste lourdement pour qu’on y aille, il nous promet que cela ne durera pas plus de 10 min mais lui comme nous savons très bien que ce sera plus long. De toute façon sa mère a déjà ouvert la portière de la voiture pour s’extirper et son cousin débarque pour achever les chances de nous en sortir, le piège c’est refermé, on est faits !

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Le salon de son cousin est gigantesque et un peu kitsch avec ses statues et ses grands fauteuils. Il est banquier et possède aussi le magasin en dessous de chez lui. Il nous offre des fruits et des légumes que nous devons manger, même si nous n’avons plus faim, tout le monde insiste, c’est dur la vie de château ! Il est plus de 2h du matin quand nous pouvons enfin rejoindre notre couchage. On est rincés. Le lendemain, nous n’avons pas réussi à nous lever tôt vu les péripéties de la veille. Après avoir déjeuner, Hadi se lance dans une séance photo et nous montre des photos de lui dans les montagnes alentours, de ses amis, de son jardin etc etc. L’heure avance, il faut partir. Et là, il nous dit qu’il voudrait nous montrer son jardin et refaire un tour la ville avec nous. Mais qu’est ce qu’il n’a pas compris ??? On doit refuser et on prépare notre paquetage pour partir le plus vite possible, on va être écrasés par la chaleur.

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SOS, on ne maitrise plus rien du tout !

Il est 11h quand on arrive enfin à décoller. Evidemment il fait déjà très chaud. A 13h, on trouve une habitation abandonnée en bord de route avec de supers arbres, parfait pour la sieste. On redémarre vers 16h30, vent de face et orage pointant au loin. Heureusement, vers 18h, quand on commence à approcher la ville de Bonab, on voit un panneau annonçant un poste du croissant rouge à 5km. Parfait ! On fait le scénario dans nos têtes : on va y arriver juste avant que la pluie ne tombe, demander l’hospitalité, on dormira au chaud et on pourra partir tôt le matin. Oui, mais c’est beaucoup trop simple, on est en Iran quand même ! Un peu de folie, de too-much, et de untel qui connaît machin qui t’emmène chez truc pardi !

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Le meilleur moment, l’heure de la sieste !

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Après le réconfort, l’effort !

Le croissant rouge est en vue, on se réjouit. D’autant plus que le ciel au-dessus de Bonab est bien noir, ça va péter grave ! Cette voiture sur le bord de la route, on dirait celle d’Hadi, ahahah ! Et tu trouves pas que le mec il ressemble à Hadi d’ailleurs ? Ahahaha ! Ben, logique, c’est Hadi !!! Ah ?

Oui, c’est bien Hadi et son cousin qui nous attendent sur le bord de route, à 60 km de chez eux. Hadi est tout excité et visiblement heureux de nous avoir retrouvé, car il nous cherche depuis le début de l’après-midi dans une autre ville à 15 km de là où on n’est pas censé passer. On a eu le « malheur » ce matin de dire qu’il fallait 4h pour faire 70 km, et il a compté d’une traite alors que nous on fait des pauses siestes de plus de 2h. Et pour nous prévenir de son arrivée, il nous a envoyé des messages… via facebook ! Ben oui, pratique facebook ! Non seulement à vélo, sans internet et dans un pays où s’est interdit 🙂

Toute la famille nous attend dans le parc où ils ont préparé un pique-nique pour nous. On est reconnaissants mais vraiment très gênés de les avoir fait autant poireauter. On passe devant le croissant-rouge et les gars nous invitent à rester pour la nuit, comme prévu dans le plan de base. Mais on décline pour faire honneur à la « gentille folie » d’Hadi et sa famille, Benoit enrage en pensant au dodo abrité de la pluie. Le vent devient vraiment très fort et le ciel très noir, on commence vraiment à se demander comment on va pouvoir manger dehors et camper ensuite dans ces conditions. Mais les gens continuent de s’installer dans le parc pour manger et partager le thé, ils n’ont pas l’air d’être affolés. Une dame très très gentille nous invite à dormir chez elle après notre repas, mais on décline car il fera nuit, c’est loin et la pluie va tomber. Mais c’est avec regrets car son invitation était vraiment très sincère et venait du coeur. On ne comprend pas toujours tout mais on ressent ça.

Un groupe d’homme s’approche de l’endroit où on est installés. Ils sont curieux quant à nos vélos et font eux-même partie du club de vélo de la Ville. Ils expliquent à Hadi qu’ils ne peuvent accepter de laisser deux étrangers dormir dans le parc de leur ville sous la pluie, il faut qu’on ait un toit. Ils sont prêts à nous emmener tout de suite. La perspective d’un toit nous réjouit, mais on veut rester dîner avec Hadi et sa famille d’abord. Donc on décline. C’est ce moment que choisit l’orage pour nous tomber une bonne fois pour toute dessus, obligeant tous les occupants du parc, nous y compris, à remballer vite-fait le pique-nique.

Tout le monde discute autour de notre cas et on sent petit à petit que notre destin nous échappe. Un nouvel homme, très classe et cravaté entre en jeu. On nous le présente comme étant le « City Manager ». Sur le coup, comme il pleut des cordes, qu’on ne comprend rien à ce qui se joue et que tout le monde à son avis sur le meilleur pour nous, on est un peu agacés et on ne le salue certainement pas avec les égards dû à son rang. On finit par comprendre qu’une camionnette va venir chercher les vélos et que nous on va aller manger en ville au chaud avec le fameux City Manager. Et Hadi et sa famille viendront aussi. On refuse de laisser les vélos seuls dans le parc avant que la camionnette arrive. Pour tout le monde ce ne sont que des vélos. Pour nous, ce sont nos moyens d’avancer, nos maisons, notre penderie, la cuisine, et le coffre-fort à la fois. Donc on veut savoir comment ils sont chargés et où ils vont. Pendant l’attente de la camionnette, le City Manager convoque Hadi : on doit changer de voiture et aller dans la sienne. Après embarquement des vélos, tout le convoi se dirige au centre ville. Avec toute cette histoire, il est déjà 21h30. En sortant de la voiture, Hadi nous annonce que lui et sa famille ne vont pas pouvoir rester finalement et doivent reprendre la route. On est surpris et dégoutés pour eux, les choses prennent une tournure qui nous rend triste. On se sert dans les bras avec Hadi et sa maman et on se dit au revoir en vitesse, pendant que leur voiture est arrêtée en plein milieu de la route, provoquant un concert de klaxons et de cris agacés ! On est vraiment tristes que ça se termine comme ça, et en même temps, on ne peut que se dire que cette idée de nous retrouver sur la route, en nous prévenant seulement par facebook à 50 reprises (alors qu’on avait échangé nos numéros) était complètement folle et presque d’avance vouée à l’échec.

Nous voici donc dans un restaurant, à Bonab, ville nationalement et internationalement reconnue pour la qualité de ses kebabs nous dit-on. Et c’est vrai que c’est très bon !

On fait enfin connaissance avec nos nouveaux hôtes. Alireza est donc le City manager (on ne sait toujours pas bien ce que c’est que cette fonction mais on ose pas demander pour ne pas vexer, tout le monde trouve cette appellation tellement évidente et digne du plus haut respect) et Jafar son beau-frère. Il tient un magasin de glace en ville, hérité de son père. Leurs femmes et les enfants sont avec nous. Petit à petit, en même temps qu’on se réchauffe, on s’ouvre à cette nouvelle soirée qui s’impose à nous en se concentrant sur le meilleur. Les selfies s’enchainent, des inconnus défilent pour nous prendre en photos, on se sent très très observés.

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Chevalier de l’ordre du Kebab de Bonab

Après le restaurant, le City Manager nous conduit à nos vélos pour qu’on puisse enfiler des vêtements chauds. Ils sont chez les pompiers. On commence à y voir plus clair : si le City Manager a fait déplacer d’un coup de fil les pompiers pour venir chercher nos vélos, c’est qu’il doit avoir une petite influence… Les pompiers sont aux petits soins pour nous aider à sortir nos sacoches. On se change, nouvelle photo de groupe, et on repart, direction le magasin de glace de monsieur Jafar.

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Les pompiers ^^

N’imaginez pas le petit kiosque de quartier, c’est un immense restaurant moderne. Mr Jafar nous régale de toutes les spécialités de la maison, et c’est divin ! Les photos s’enchainent toujours, on se sent de plus en plus « Brad et Angelina en visite à Bonab ». Oui, on assume, c’est important les comparaisons réalistes. 🙂

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Le City Manager ne parle pas anglais, mais on rigole bien quand même. Il est très sympa et finalement bien plus accessible que ne le laisse penser son costume tiré à 4 épingles.

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Avant la fin du repas, la personne du club de vélo qui nous avait repéré dans le parc nous rejoint et nous propose de nous faire visiter la ville le lendemain. On avait pas prévu de rester mais il est déjà 1h du matin, vraisemblablement on arrivera pas à partir tôt, donc autant accepter… Alireza, le City Manager, nous propose de nous conduire à l’hôtel, donc on salue bien tout le monde. Je sers des mains d’hommes alors que c’est interdit pour les femmes, mais après m’être pliée à tous les selfies du monde de ces messieurs, j’ai bien le droit d’imposer un peu mon style, non ? On nous a présenté l’hôtel où on allait passer la nuit comme étant « l’hôtel du city manager ». Du coup, on comprend que cet homme a du pouvoir mais on ne sait toujours pas si il est maire ou parrain de la mafia…

Brad et Angelina découvrent Bonab et ses alentours

Le lendemain Mr Jafar et Mr Gholam, viennent nous chercher à l’hôtel pour nous conduire dans un petit village de montagne dans les hauteurs de Bonab présentant des habitations troglodytes.

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Les caves troglodytes sont minuscules mais l’important n’est pas là. Nous avons la chance de partager le thé et un instant de vie avec une famille paysanne. La maison est modeste mais une atmosphère plus que chaleureuse s’en dégage. La doyenne de la famille, un petit brin de femme de 70 ans, présente une aura telle qu’elle nous attendrit instantanément. Son fils et belle-fille, ainsi que ses petits-enfants sont également présents. Nous discutons avec eux, nous les écoutons parler entre eux également, on prend un plaisir fou.

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C’est dans un état presque second que nous les quittons pour rejoindre la ville. Dans la voiture, Mr Jafar et Mr Gholam nous avaient acheté des boissons et des pistaches. C’est un peu gêné que je commence à en manger, on est en période de Ramadan. D’ailleurs, Mr Jafar nous explique que c’est une période très importante pour les musulmans, pas de boissons, pas de nourriture. Il finit à peine sa phrase qu’il décortique une pistache pour la manger et il ouvre une cannette de jus d’ananas pour se désaltérer. On sourit. Par la suite, on s’apercevra que les entorses au Ramadan ne sont pas si isolées.

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Au retour, nous atterrissons au magasin de vélo de Gholam, Mr Jafar s’en va à ses occupations, on pensait le revoir par la suite, malheureusement ce ne sera pas le cas. Plusieurs personnes se trouvent dans le magasin de vélo, dont Hossein. Il nous propose d’aller visiter le musée de la ville et nous annonce qu’il sera notre guide pour la journée. Ne nous demandez pas comment ni pourquoi lui… On n’en sait strictement rien. On passe de bras en bras comme des nouveaux nés. 

Au musée, un archéologue nous attend ainsi qu’un photographe !!?? Mais c’est quoi ce bordel ! La folie iranienne est de retour, on se fait shooter tout les 30 secondes devant des objets de l’âge de bronze. On doit faire des poses devant des vases anciens avec un air émerveillé, du grand n’importe quoi.

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Le bâtiment qui abrite le musée est une ancienne maison traditionnelle, très jolie.

La visite finie, nous demandons un temps de repos à l’hôtel, il est plus de 14h le soleil tape fort. A 17h (théoriques) Hossein nous recherche, il est accompagné d’un ami musicien, Mohammed. Nous devons visiter une mosquée mais pour l’heure, elle est occupée par les fidèles. Ils nous amènent en attendant devant un vieux pont datant de l’époque de la route de la soie. On passe par son jardin où poussent des arbres fruitiers et du raisin… dont nous vous laissons deviner l’usage. 

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Au cour de cette escapade, nous sympathisons avec lui et son ami. Ils ont la trentaine comme nous, ils aiment le cinema, notamment les films français et jouent de la musique. On en profite pour leur demander qu’est-ce qu’un City Manager et comme on s’en doutait, il s’agit du maire de la ville.Le maire justement, on le retrouve plus tard au musée « des arts et de la culture », accompagné de l’archéologue et de son fidèle photographe, quelle chance !

Comme tout à l’heure, il faut faire semblant de s’extasier, l’oscar n’est pas loin ! Un prof d’anglais qui passait dans le coin a été réquisitionné, le pauvre, pour nous traduire les commentaires de l’archéologue. Je l’ai bien aimé, caustique comme il faut… en voyant la délégation devant nous, il me glisse « je sais pas si c’est vous qui visitez le musée où si c’est eux qui vous visitent ». Cela résume à merveille notre ressenti du moment. Un type sort de nul part et nous invite à manger chez lui ce soir ! On ne le connaît pas, il ne nous a même pas dit bonjours bizarre, on botte en touche d’autant plus que le maire nous avait déjà dit qu’on mangerait chez lui ce soir. De plus, Hossein et son ami Mohammad nous ont invité à venir les entendre jouer de la musique traditionnelle et ça, on ne veut pas le louper.Nous sortons de du musée, allons voir cette fameuse mosquée en bois avec de très belles poutres sculptées et colorées et partons direction le maison de Mohammed pour un concert privé. Au passage, on c’est débarrassé du photographe. Ouf on se sent mieux, être une super-star, c’est pénible je vous jure, je ne le souhaite à personne.

Mohammed vit chez avec son grand-père de plus de 80 ans, un vrai personnage. Il n’aime pas les politiciens qu’il juge être des menteurs sans vergogne (en même temps a-t-il tord?), il aimerait être plus libre dans ce pays qu’il juge trop conservateur. Bon pour l’heure, il fait une entorse à ses convictions et accepte le présence du maire à nos côtés, il n’a pas vraiment le choix. Un troisième ami à eux se joint à nous et ensemble, ils vont jouer une bonne heure une musique traditionnelle douce et envoutante, entre on est sous le charme, un instant magique. La Setâr, petit instrument à corde au son délicat, répond au Daf, une sorte de tambour entouré d’anneaux de métal qui vibrent au rythme des percussions. Les chants des trois amis accompagnent les instruments, et nous enivrent de bonheur. Mais il faut déjà partir. L’heure du diner approche, le grand-père nous invite à rester pour le repas, on décline avec douleur, on aurait tant aimé rester, on se sentait vraiment bien. 

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Ali au Daf

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La Setar

Alireza demande à Hossein de se joindre à nous jusqu’à la fin de la soirée, ce sera plus pratique pour communiquer. On atterrit alors dans un appartement et surprise, ce n’est pas celui du maire mais celui du type qui nous avait invité au musée ! Et le gars ne s’est pas contenté d’un repas en petit comité, il y a une vingtaine de personne autour de nous. Certaines sont conviées au repas, d’autres regardent. La parade recommence, on est un peu déçus de la situation. D’autant que finalement, même à la fin de la soirée, on ne sait toujours pas chez qui on a mangé. L’homme ne nous a pas parlé. Par contre, une dame parlant le français nous interpelle : vous connaissez cette boisson ? C’est une boisson typiquement iranienne, vous en avez chez vous ? La dame est entrain de pointer une bouteille de Coca. Là, on hallucine !

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A la gauche d’Alice se trouve une femme d’une vingtaine d’année. Elle parle l’anglais, au fil de la discussion, on se rend compte qu’elle connaît bien Parisa, la fille de Tabriz qui avait offert la tunique à Alice, elles partageaient la même chambre à la fac. Le monde est définitivement tout petit. Elle nous apprend qu’elle aime le vélo, mais qu’elle ne peut pas en pratiquer car à Bonab c’est interdit!! Là, on tombe des nues, la ville se revendique être la capitale du vélo et n’autorise pas les femmes à en pratiquer. Elle profite de notre présence pour invectiver le maire sur ce sujet, il se retrouve bien gêné par la situation. Alice quand à elle est profondément choquée, on lui ouvre les portes de la ville, on la félicite, on la sollicite, mais seulement parce qu’elle est étrangère, si elle avait été iranienne, elle encourait la prison !

La soirée se termine par des photos, on remercie notre hôte qui ne nous a pas adressé la parole de la soirée mais l’essentiel pour lui était ailleurs. Il a des photos de nous et une vingtaine de personnes pourront certifier notre présence chez lui, il en est pleinement satisfait.

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Le maire nous ramène à l’hôtel, on lui fait nos adieux et on le remercie pour l’accueil : il nous a accueilli comme des pachas pour nous faire découvrir et aimer sa ville. Devant la porte, je m’aperçois que j’ai perdu les clés de la chambre d’hôtel… Mais les invités VIP du maire ne se font pas gronder, heureusement !

Même si au milieu de toute cette folie on s’est senti parfois « dépossédé », on a passé un jour et deux soirées très agréables à Bonab. Alireza, Mr Jafar, Mr Gholam, Hossein, Mohammed, Ali, et tous les autres ont eu à coeur de nous faire découvrir et aimer leur ville, leur pays, leur culture et de nous traiter comme des invités de marque. On ne peut que les en remercier. Et on comprend aussi la difficulté pour ces petites villes de province d’attirer des touristes de plus en plus nombreux en Iran, mais qui se concentrent sur les grandes villes. Et avouons le, sans vélos, on ne se serait sans doute jamais arrêté à Bonab ! Mais on ne le regrette pas. La visite des musées de la ville, bien que folklorique, nous aura permis de mieux comprendre ce pays que nous découvrons depuis plus d’une semaine. Et nous ne pourrons pas oublier l’accueil et la gentillesse de ses habitants qui selon nous, fait tout son charme. 

Par contre, la prise de conscience, une fois encore, de la place des femmes ici nous laissera un goût amer. Si être une femme à vélo est une forme de résistance, alors c’est une bonne raison pour affronter la chaleur et pédaler un peu plus encore ! 

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6 réponses à “Crazy Iran ! De Tabriz à Bonab, comme des pachas

    • C’est complètement démesuré ! Et on ne raconte pas tous les gens qui nous interpellent en bord de route, qui nous offrent des fruits, des glaces, qui nous appellent pour boire le thé… Vu d’où on vient, et après 8 mois en Amérique du Sud, c’est surréaliste ! Et dire que beaucoup craignent pour notre sécurité 🙂

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