En coup de vent au Turkménistan

Aujourd’hui, c’est Benoit qui vous conduit pour une découverte express du Turkménistan et de sa capitale démesurée, Ashgabat… 

Il est 8h, et après une bonne côte histoire d’être bien dégoulinants de transpiration, nous nous présentons devant les douaniers Iraniens puis Turkmènes. On montre les passeports plus d’une dizaine de fois et on entre au Turkmenistan. Alice et Ophélie lâchent leur voiles, fini les pantalons et manches longues. Avec Fred on est outrés : maintenant elles peuvent faire la cuisine et la vaisselle en petite tenue, mais dans quel monde vit-on ?

On est pris en charge par notre guide qui nous attend à la sortie de la douane. On avait pris l’option de passer par une agence pour obtenir plus facilement le visa turkmène. En ce moment, c’est un peu la loterie pour les voyageurs. Les autorités turkmène sont des petites comiques, toi tu rentres, toi tu rentres pas. Aucune explication, aucune logique dans les refus, c’est comme ça. En passant par une agence, on était pratiquement sûrs d’être acceptés, tous les 4, ça rassure ! En contrepartie on se déleste de pas mal d’argent et on s’alourdit d’un guide qui nous accompagnera durant la traversé du pays.

Premier couac : pour nous escorter jusqu’à Achgabat , l’agence a pensé que deux mini-bus 8 places seraient parfait pour entasser 4 vélos couchés, 4 voyageurs plus les bagages. L’agence de voyage (dont je ne voudrais surtout pas faire de mauvaise pub) s’appelle Owadan et on peut dire qu’ils nous ont réservé quelques surprises bien désagréables, on les remercie encore pour leur manque de professionnalisme, voilà, c’est dit.

Bref on encastre nos vélos comme on peut et on fonce direction Achgabat, la capitale de la mort qui tue, infectée par un virus qui a fait disparaitre toute la population.

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On y pénètre par une 4X4 voies, la circulation y est inexistante, pas une voiture, ambiance post-apocalyptique.

Tout autour de nous, d’immense bâtiments se dressent. De véritables palais sans âme construits pour la plupart par une modeste entreprise familiale française, dénommée Bouygues. Les mecs, ils se sont gavés en raflant un bon paquet de marchés si bien que les locaux ont rebaptisé une rue : « l’avenue Bouygues ». Notre guide est très fier de nous présenter toutes les réalisations du constructeur Français, pensant toucher à coeur notre patriotisme. 

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Après une visite éclair de quelques devantures de bâtiments, on arrive à notre hôtel, à l’image de la ville, surdimensionné et à l’architecture discutable. Il est perché sur une colline, donc on le voit des 4 coins de la Ville ! En vérité, c’est le palais des mariages, les gens viennent ici pour célébrer leur union devant le portrait de l’omniprésident, en photo partout et sur tous les journaux. 

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Après une bonne sieste, notre guide nous amène au centre ville. Se qui se joue devant nos yeux paraît parfois irréel, on passe par exemple, devant un complexe sportif futuriste dédié aux prochains jeux d’Asie Centrale, avec un monorail suspendu pour acheminer les spectateurs. Les infrastructures semblent plus modernes que celles des J.O de Rio c’est dire.

Au détour d’une avenue, on aperçoit le palais présidentiel, un bâtiment à faire pâlir le Kremlin et à rendre le palais de Ceaucescu pour une vulgaire cabane de jardin. Interdit de le prendre en photo. Notre guide nous étonne et nous surprend avec ses points de vue bien tranchés : 

  • Il adore son Président, il aimerait qu’il reste à vie. Quelle chance, ça à l’air bien parti ! 
  • Il a extrêmement peur des femmes au volant. On en croisera une dans les allées quasi désertes de la capitale, ce qui entrainera un échange inquiet et sarcastique entre le guide et le chauffeur. Tous deux décident de prendre des distances vis à vis de ce véhicule dangereux. Il nous expliquera ensuite que les femmes n’étant pas naturellement habiles à la conduite de véhicule, et pas habituées, elles roulent trop doucement et constituent le pire danger des routes turkmènes. Loin devant les buveurs de Vodka. 
  • Il a eu l’occasion de voyager en France et a été très choqué par le nombre de mosquées dans notre pays. On est très surpris qu’il en ait vu, on sait très bien que c’est une grande problématique aujourd’hui pour les musulmans de France qui n’ont pas de lieu de culte. Mais il faut dire que notre guide ne manque jamais une occasion de nous dire qu’il est très content que les frontières de son pays soient fermées aux étrangers, qu’il ne comprend pas l’immigration en Europe, qu’il est musulman mais ne connait pas de versets du Coran et aime boire de la Vodka, c’est Allah qui jugera à la fin de toute façon… Bref, il s’attend à ce qu’on acquiesce mais on est le plus souvent gênés… 

En dehors de ça, grâce à lui, on aura quand même un peu mieux compris ce pays si étrange, si fermé, si démesuré, autant dans son architecture, que dans ses politiques et sans doute ses inégalités. Par exemple, jusqu’en 2015, chaque propriétaire d’une voiture avait le droit à près de 120 litres d’essence gratuits par mois ! Et il existe des aides très importantes à l’achat d’une maison, avec rachat par l’état en cas de perte d’emploi. L’électricité et le gaz ne coûtent presque rien. On achète cher la paix sociale ! 

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Par contre, dans la rue, on croise de magnifiques femmes élancées, avec des tailles de guêpes dans des tenues très colorées. On a l’impression d’être devant un défilé de Jean-Paul Gautier en plein air.

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Sur le parcours de santé qui entour la Ville, 40 km éclairés la nuit !

Bon disons le franchement, le centre ville n’est pas très folichon, les bâtiments sont d’inspirations soviétique, tout y est carré, insipide. Le soir, Alice et moi sortons de notre hôtel pour faire quelques photos de la ville, nous sommes sur les hauteurs et il fait jour en pleine nuit « grâce » à tous ces lampadaires qui sillonnent les rues.

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Le lendemain, nous prenons le train pour nous rendre à la frontière avec l’Ouzbekistan. Notre agence n’avait pas pris la peine de réserver nos billets et n’a pas cru bon de vérifier si le train avait un compartiment bagages. Forcement, le train que l’on doit prendre n’en posséde pas, notre guide est obligé de négocier avec le conducteur moyennant quelques billets pour entreposer nos vélos dans la salle des machines durant le trajet. Pas vraiment ce qui était prévu, puisqu’ils étaient censés voyager dans un fourgon dédié… 

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Un humble drapeau

Nous profitons du paysage désertique à travers la vitre de notre compartiment et organisons un petit blind test avant de nous coucher. Au réveil, nous sommes à Turkmenabat, on est transférés jusqu’à la frontière.On quitte déjà le pays, la sensation est étrange : tout ce gigantisme nous a fait penser à un décor de film, un parc d’attractions sans attractions où tout est interdit, loin de la réalité d’un pays qu’on aurait aimé découvrir bien plus. 

2 réponses à “En coup de vent au Turkménistan

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