Charmes Ouzbeks : de la frontière turkmène à Samarkande

Le 28 juillet matin, après 4 bonnes heures passées dans les différents services de douane pour une fouille en règle de nos sacoches et appareils photos, nous entrons enfin en ouzbekistan, en pleine chaleur ! La route est plate et « vide » pendant une trentaine de kilomètres, notre motivation pour pédaler et aller jusqu’à la première ville tient simplement dans le besoin de faire le plein d’eau.

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Premier petit commerce croisé, on décide de faire du change de monnaie. Ici, le taux de change du marché noir est le double du taux de change officiel, ce qui ne nous incite pas à retirer de l’argent ou à attendre un bureau de change officiel. On se retrouve rapidement avec une liasse de 300.000 soms en billets de 1000 qu’on recompte méticuleusement dans la petite échoppe de biscuits, riz et boissons sous les regards amusés des passants et les questions des jeunes du village qui semblent apprendre le français. Puis on déjeune à l’ombre dans un petit restaurant terrasse et on y mange nos premiers Somsa : de la pâte fourrée de viande de mouton, d’oignons et… de gras. Sans savoir à quoi ça ressemblait, on en a commandé 2 chacun, grave erreur ! Au bout de la moitié d’un Somsa, tu as déjà la nausée et le ventre colmaté.

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Charmés par l’accueil

En fin de journée, alors qu’on quittait l’axe principal pour chercher un coin de bivouac, Fred est interpellé par un monsieur en bord de route qui nous propose de prendre le thé. Il a le nez fin Fred, et il accepte malgré la tombée du jour. Rapidement, Hossine et sa femme Lola nous installent sur des coussins posés au sol, sous le préau de leur maison.

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Ici, beaucoup de maisons sont construites en briques de terre, et autour d’une cour centrale où poussent les légumes et où vivent les animaux. Les façades accolées ne laissent pas présager de tout ce qui vit derrière les grands portails d’accès aux cours intérieures. La maison est conçue en L, autour d’un préaut où sont organisées les activités de cuisine, de bricolage etc. Une pergola dont le toit est composé de vignes protège une de ces fameuses petite estrade remplie de coussins, que l’on voit partout, où il est bon de manger, boire le thé et dormir par les chaudes nuits d’été.

L’invitation à boire le thé se transforme rapidement en invitation à manger – un riz au lait frais de vache dans lequel on trempe du pain, très bon – puis à dormir. La famille d’Hossine vient partager le thé avec nous à la fin du repas. C’est une excellente première soirée en Ouzbekitan, durant laquelle on rit beaucoup malgré la barrière de la langue. Nos hôtes sont super souriants et rient beaucoup. Avant de dormir, on passe chacun à la bassine à eau pour se débarbouiller. Benoit, incité par ce traitre de Fred, fera bien rire nos hôtes en voulant se laver le visage avec l’eau qui a servit à me laver les pieds ! Cette nuit, on dort à la belle étoile, sous la pergola, pendant que nos hôtes dorment aussi dehors un petit peu plus loin.

Charmés par Bukhara la douce

Au réveil, on reprend la route en direction de Bukhara qu’on atteint en fin de matinée. La ville nous séduit d’emblée par ses murs beiges contrastant avec les mosaïques et coupoles bleues disséminées un peu partout. Malgré son caractère très touristique, il s’en dégage une atmosphère paisible et la magie d’une cité des mille et une nuits.

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Monuments touristiques et quartiers d’habitation se mêlent, faisant de Bhukara une ville vivante, et pas une simple vitrine. On décide donc d’y faire une journée de pause et Benoit nous dégotte un bed and breakfast très sympa en plein centre-ville, avec un petit déjeuner extra.

Pendant ces journées, on déambulera en ville pour aller découvrir ces monuments géants qui nous transportent à l’époque des épopées, des caravanes, des princesses orientales et des universités renommées d’Orient. On ira aussi se promener du côté du vrai bazar de la ville, pour y faire nos courses afin de reprendre la route. Ici, l’ambiance est bien différente, plus désordonnée et beaucoup moins aseptisée, plus vivante en somme.

Minute mode : Comme je n’ai pas de tenue légère et qu’il fait vraiment chaud, j’achète au marché une tenue locale : une longue tunique qui ressemble à une jupe sous laquelle on porte un pantacourt large du même motif et de la même couleur. Un pyjama quoi. C’est super léger et agréable à porter, je revis. Par contre, les réactions des gens sont contrastées : certaines personnes ont l’air de trouver ça drôle et me félicitent de porter la tenue locale, d’autres se foutent ouvertement de ma gueule ! Surtout les jeunes, qui eux essayent plus de ressembler aux standards occidentaux. C’est pas toujours agréable, mais je suis vraiment bien dans cette tenue légère, alors tant pis pour les moqueurs.

Ophélie avait repéré dans le guide un Hammam qui proposait des massages. Bien tentées par l’idée, on se lance à sa recherche. Et ce n’est pas chose simple, bien qu’à priori connu, il n’est pas du tout indiqué. Et quand on demande aux gens du coin, ils nous regardent avec circonspection, discutent entre eux et nous indiquent une vague direction « par là » « continuez par là-bas ». On finit par trouver la petite porte d’entrée. Elle n’est pas facile à ouvrir alors on doit forcer un peu et quand elle s’ouvre enfin… on tombe nez à nez avec 4 Ouzbèques torse nu, et comme on referme immédiatement la porte, pas le temps de savoir si seul le torse était à l’air libre. Du coup, c’est Benoit qui se lance en éclaireur, lui qui est à l’aise avec les torses virils. En fait, ce hammam est fréquenté majoritairement par des hommes et tenu par des hommes. On est invité à l’intérieur pour voir les photos des massages : des hommes écartelés par d’autres hommes au milieu de ce qui ressemble à une cave, c’est presque glauque ça anéantit toute ma motivation. Même Fred et Ben n’en ont pas envie, c’est dire.

On reprend la route, qui entre Boukhara et Samarcande ne se révèlera pas intéressante et agréable. Il fait chaud, c’est tout plat et entouré de champs de coton cultivés, on a le vent de face, et le revêtement est parfois très abimé. On bivouaquera dans un hangar abandonné un soir, et sur un chemin menant à un champ l’autre soir… Et on se lavera avec l’eau des rivières.

Mais la gentillesse dont font preuve les ouzbèques sera un véritable carburant et nous confortera dans notre plaisir de circuler à vélo ici.

Charmés par les effluves

Alors que nous faisions la pause de midi dans un petit restaurant en bord de route, Benoit se retrouve invité à une table pour partager vodka et repas, pendant que Fred est invité à une autre table, et partage le même programme. Avec Ophélie, on reste sur notre table. On aurait put les rejoindre, mais par contre, les gens invitent rarement une femme à partager des verres sans la présence et l’accord préalable de son « mari ». Donc on attend à la table que l’apéro se termine puisque nos « maris » ne nous invitent pas, en commandant des bières et le repas. Les gars reviennent en même temps que les brochettes. La première tournée de bière terminée, les hôtes de Benoit nous rejoignent à notre table et nous offrent une nouvelle tournée de bière. Ils voudraient qu’on aille dormir chez eux mais on refuse, on se croit encore capable de rouler, les ambitieux !

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Fred, détendu par la vodka et la bière, se lance dans des supers blagues sur le Président Ouzbèque : il dit à un des mecs « Président, dictator » ! Et c’est parti pour 10 minutes de séance de remise en place à l’ouzbèque : un gars lui fait répéter 50 fois en russe et en anglais que le président est un président et pas un dictateur. Jusqu’à son départ il aura à coeur que ça s’imprègne bien dans le cerveau de Fred, qui fait de moins en moins le malin et décide spontanément d’éviter les blagues politiques pour s’en tenir à son registre morbide habituel : fécalum (je vous invite à une recherche google…), animaux morts, célébrités oubliées.

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Après le départ de nos arroseurs de bière, alors qu’on entamait la sieste, Fred et Benoit se retrouvent de nouveau invités à la table où Fred avait trinqué à la vodka. Et là, ils essayent de nous faire croire qu’ils boivent du thé, et pas de la vodka, « non, non, non, certainement pas ». Sauf que Fred commence à changer progressivement de couleur : son teint hâlé a pâli, et il commence à présenter des reflets verdâtres. Quant à Benoit, il a les yeux vitreux des grands soirs. Avec Ophélie, on se joint à la table, et vraisemblablement, ce n’est pas du thé qu’on nous sert dans les petites tasses… Fred est maintenant livide, il ne bouge plus, et part s’isoler à l’arrière du restaurant pour évacuer ce trop plein discrètement. Ce qui donnera l’occasion au petit serveur inquiet pour lui de venir à notre table nous mimer la scène du vomi. Raté pour la discrétion.

Charmés par tant de gentillesse et la générosité

Vu l’état des troupes il est clair qu’on ne reprendra pas la route aujourd’hui. On accepte donc l’invitation de Kilich et sa femme Sabaa, à rester chez eux pour la nuit et partager la soirée d’anniversaire de leur fils. Un professeur de Français est là, il nous rejoindra dans la journée et sa fille, Mathilde, également professeure de français restera avec nous pour la soirée.

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La maison de Kilich et Sabaa s’articule autour d’un patio couvert de vignes et d’un jardin remplit de fruits et légumes. Il y fait bon vivre. Tout au long de la soirée, les femmes s’affairent à la préparation du repas tandis que Kilich s’occupe de ses hôtes à grand renfort de vodka. Difficile de refuser, mais Benoit se dévoue  – on pourrait même dire se sacrifie – pour être notre représentant et accepter toutes les offres.

Avant même que le repas n’arrive, un Plov traditionnel, nous sommes déjà repus. Tout au long de la soirée, nos hôtes nous ont servit de la pastèque, des feuilletés, du lait chaud -, du yahourt, du pain frais… Le Plov est préparé doucement dans une marmite à l’extérieur de la maison. Le riz cuit dans l’huile et la graisse de mouton, avec des carottes. Le plat est servit avec quelques morceaux de viande de mouton, c’est délicieux. Benoit, très en forme grâce à son adaptation aux coutumes locales de consommation de vodka, décide de manger le Plov à la main, comme le veut la « tradition ». Sauf que pour nous mettre à l’aise, tout le monde mange à la cuillère ce soir, il est un peu seul, et le résultat est désastreux : il a plus de Plov sur la barbe et d’huile le long du bras que de calories dans l’estomac.

Au petit matin, on quitte Kilich et Sabaa après les avoir remerciés mille fois. C’est toujours un moment étrange de dire au revoir, en se sentant si redevables tout en sachant qu’on ne se reverra sans doute jamais.

Plus que 60 km avant Samarcande, on compte bien y arriver avant midi. En route, alors qu’on s’était tous arrêtés sous un arbre pour une pause fraicheur au milieu de la fournaise, un homme nous invite chez lui à boire le thé. On accepte avec plaisir. Mais la situation va nous échapper… L’homme nous installe dans l’entrée de sa maison, puis disparaît en voiture. Le reste de sa famille vient nous servir le thé et une pastèque mais ne reste pas avec nous. Au bout d’un moment, on décide donc de continuer notre route en les remerciant bien. Toute la famille tente alors de nous retenir : le papa est en fait allé chercher du riz pour préparer un Plov ! Il est 10h30 du matin et on est toujours pleins du repas de la veille, on décide donc de refuser. On se sent super mal à l’aise, surtout qu’on part sans avoir pu échanger avec le monsieur qui nous avait invité. Avec le recul, je me dis qu’on aurait peut être pu rester, on avait quand même pas un train à prendre…

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En attendant les charmants Tron à Samarcande…

Le 3 aout, en début d’après-midi, on arrive donc à Samarcande. On se prend de plein fouet le gigantisme de l’architecture des anciennes Mosquées et Universités : des portiques immenses, décorés de mosaiques en camaieu de bleu, des dômes turquoises, des allées arborées. Cette magnificience est le fruit d’un lourd travail de rénovation, mais ça n’en perd pas pour autant son côté magique.

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Mais pour l’instant, ce qui occupe nos esprits, ce n’est pas la beauté des lieux, c’est le grand débarquement qui a lieu ici le lendemain, en provenance directe des côtes ligériennes… Les Tron vont ils s’adapter à la chaleur ? Ont-ils un Kouign Amann dans leurs bagages ? Le grand Tron va-t’il parler ouzbèque en moins de 4 jours et revenir avec plus d’amis que nous en 12 mois ? Va t’il acheter une réplique en 1/1.00000000 du régistan, « faite main, my friend » ? Camille va t’elle craquer, racheter à un papi ouzbèque son vélo chinois pour poursuivre la route avec nous, en souvenir de nos vacances 2014 ?

La suite des Tron à Samarcande dans un prochain épisode !

Les policiers en toc !

4 réponses à “Charmes Ouzbeks : de la frontière turkmène à Samarkande

  1. C’est beau mais j’ai le sentiment que tout est immense et vide à la fois depuis l’Iran.
    On aura pas eu le droit à une photo d’Alice en mode jupe + pantacourt, tristesse

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  2. Je double les informations des « pieds devant « avec « en transat ».
    Je constate les affinités de Benoit et Fred en matière de coutumes locales: vodka, repas, blagues + ou – fines…
    Prenez bien soin les uns des autres.
    Gros bisous

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    • Plus ou moins fines, c’est joliment dit ! je pense qu’ils réservent les plus fines pour leurs blogs, Ophelie et moi on fait cobaye pour vous éviter les trop lourdes, trop grasses, trop répétitives… en tout cas, bienvenue chez les transats !

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  3. merci a vous les cyclistes et donc alice et benoit de nous avoir fait partager vos rencontres, riantes et belles. bravo pour la preparation du prochain episode, qui nous ressemble bien, qui nous a bien fait rire. et le president s devant tant de paternalisme sans doute a convulse et attrape une congestion qui c termine hier par une issue fatale. a vrai dire ca sent la surchauffe pour le recit de notre sejour hotelier , lecteurs du blog et meme redacteurs vous etes dispenses !

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