Le rêve Kirghize dans la vallée d’Alaïe

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Entrer une légende

Nous voici donc au Kirghizistan, ce pays qui nous fait tant rêver depuis des années : steppes, nomades, yourtes, hautes montagnes et chevaux à gogo. Tout ce qui évoque les grands espaces et la liberté. Tout ce que j’aime plus que tout !

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Tu m’oublieras…

Mais arriver à Sary-Tash, c’est aussi l’heure de la séparation. Je sais que vos petits coeurs ont été déjà été mis à rudes épreuves ces dernières années, par les séparations douloureuses de Vanessa et Johnny, Brad et Angelina, Céline et Feu René et surtout, les irremplaçables Bataille et Fontaine. Et voilà qu’un nouveau duo mythique, que dis-je un quatuor de légende(s), les Trans-panardos, se séparent à leur tour. Il va falloir être forts. Et oui, après plus de deux mois et demi à faire route commune, 4 pays traversés, et près de 2000 km parcourus, des dizaines de séances photos aux poses créatives plus ingénieuses les unes que les autres, des milliers de blagues salaces, cochonnes ou juste grasses, l’invention du jeu des citations avant d’aller déféquer, et des centaines de conversation sur ce sujet (inénarrable en voyage), il est temps de se dire au-revoir et de partager une dernière bière ensemble. Enfin une demi-bière, car avec Ben on avait pas compris qu’on devait acheter les bières pour 4 et les panardos le dessert… Et oui, même après tout ce temps passé ensemble, comme dans tous les couples, il reste des moments où on ne se comprend pas bien ! En tout cas on aura partagé de bien bons moments avec Fred et Ophélie, et il est encore dur aujourd’hui pour Ben de penser à son binôme sans une petite larme au coin de l’oeil… Mais la vie doit continuer. Et rien de mieux qu’un bon vent de face sur 30 km pour aider à se sentir vivant.

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Vents contraires

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En effet, en quittant Sary Tash, on pense pouvoir boucler les 30 km de plat descendant qui nous séparent de Sary Moghol, notre destination du jour, en 1h30 pauses photos incluses. Il nous faudra 3h30, et pourtant les pauses photos seront assez rares. Le vent est ultra violent, soulève des nuages de poussière qui cachent complètement les montagnes. Les troupeaux de chevaux se rapprochent de la route pour se couvrir un peu du vent. On pédale à 9km/h en descente. On ne croise presque aucunes voitures et aucuns camions ce jour là.

Arrivés à Sary Tash, on organise directement avec le CBT (un organisme de tourisme communautaire, sensé favoriser une redistribution plus juste des fruits de la manne financière touristique aux populations locales, en les intégrant dans l’offre de service) notre randonnée à cheval des 3 prochains jours. C’est vite réglé et départ est donné pour le lendemain matin à 9h ! Enfin dans les faits, plutôt 10h…

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Au rythme du pas aux pieds du pic Lénine

On fait connaissance avec Oubaïe, notre guide, originaire de Sary Moghol.

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Il a appris des rudiments d’Anglais en 1 mois de cours pour devenir guide à Osh. Il a soif d’apprendre, en particulier le français. Du coup, nous voilà à échanger des mots en Kirghize et en Français, au rythme lent et détendu du pas, dans ces grandes plaines jaunies par la fin de l’été, avec en ligne de mire les montagnes du Pamir, et en particulier le Pic Lénine qui culmine à 7134m.

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Cavaliers des steppes

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Même pas mal aux fesses…

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Quel est ton nom ? Je m’appelle Alice. Lèves toi. Assieds toi. Voilà ce qu’on apprend aujourd’hui.

En fin de journée, on arrive au bord du Lac Tulpar Kol, non loin du pic Lénine. On ne sent plus nos fesses, ou plutôt au contraire on les sent beaucoup trop ! Les selles sont super inconfortables. Il s’agit d’une armature en fer et en sangles, sur laquelle on ajoute des coussins. Mes coussins sont un peu vieux et du coup je sent vachement l’armature de la selle. Les étrivières sont en corde et les nœuds pour les régler nous frottent les mollets toute la journée. Bref, si on apprécie le moindre effort du cheval, on lui préfère le confort du vélo couché 😉

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Voilà la selle de torture…

On est hébergé dans un camp de yourtes cette nuit. Nous en avons une pour nous deux, avec un poêle à bois au centre. Le rêve cosy. C’est une famille très nombreuse qui gère ce camp qui accueille sans doute beaucoup de touristes l’été vu l’emplacement. Tout le monde est là en cette fin de saison, de la petite de quelques mois à la grand-mère voutée. Nous rencontrons le guide Kirghize d’un groupe de français en vacances. On passe la soirée avec lui. Il parle très bien le français et nous apprend beaucoup de choses sur la culture Kirghize et son histoire. Il va y avoir d’ici quelques semaines un référendum visant à renforcer le pouvoir du parlement au détriment de celui du Président ! Difficile d’imaginer ça à ce jour chez les voisins Tadjikes et Turkmènes dont on a déjà relaté l’hyper (égo)centrisme présidentiel. Je ne parle pas de l’Ouzbekistan dont la disparition du Président chamboule toute l’organisation du pays, c’est dire… Le Kirghizistan est finalement le seul pays d’Asie Centrale Ex-URSS que nous ayons visité qui fonctionne de manière relativement démocratique (mais qu’est ce que la démocratie ? Vaste débat, je vous en fait cadeau…). Même si son fonctionnement mériterait d’être clarifié, l’existence même du CBT traduit bien le dynamisme dont font preuve les Kirghizes pour relancer leur pays, en s’organisant par eux-même sans attendre les directives politiques ou l’ingérence internationale pour développer le tourisme dans ce pays au fort potentiel. Et en essayant qu’il profite aux habitants, c’est mieux. Mais c’est encore très anarchique, tout le monde essaye d’en profiter, la concurrence fait rage entre les gens et les prix des transports, hébergements et locations de chevaux tirent vers le bas, ce qui n’aide pas à investir pour améliorer les choses. Par exemple, une sortie à cheval au lac Song Kul, où tout le monde loue un cheval, est jusqu’à deux fois moins cher que la location d’un cheval en vallée d’Alaï, là où il y a encore peu de concurrence. Nous aussi en tant que touristes nous avons donc une responsabilité, en consommant « éclairé » et pas que low cost. Bref, cette discussion était super intéressante et on ne regrette finalement pas de partager le Jailoo avec un autre groupe (d’autant que l’un de ses membres viendra nous offrir une belle carte neuve du Kirghizistan) car ça nous aura permis de mieux comprendre le pays.

Et la marmotte…

Après cette première et longue journée à cheval, et après une petite sieste réparatrice top confort dans notre yourte de luxe, on se décide à aller faire un petit tour autour du beau lac Tulpar Kol pour profiter des couleurs de fin de journée. Tout est trop joli, les montagnes, les chevaux, le lac qui change de couleurs en fonction de l’endroit où on le regarde, j’ai les yeux qui virent de droite à gauche, qui regardent partout sauf… au sol. Et hop, en moins de deux secondes, me voilà roulant au sol en me tenant la cheville, en poussant des petits cris, tel un footballeur professionnel en finale de la ligue des champions. Je viens de trébucher sur un terrier de marmotte.  Ma cheville me lance et gonfle directement. Je la trempe dans les eaux glacées du lac et repars pour continuer les photos, vers le plus petit lac au dessus du camp de yourte cette fois. Même cause, mêmes effets : c’est trop beau, je scrute partout, je bondis d’un point de vue à l’autre et je me rétame une deuxième fois dans un terrier…  Bon ben voilà, la cheville est bien foulée. Je n’ai plus qu’à me faire un strap avec mon buff pour les prochains jours.

Le lendemain, nous démarrons la journée par un aller-retour sur des chemins escarpés pour arriver au pied du glacier du pic Lénine. On longe un canyon, et il ne faut pas trop stresser quand les chevaux grimpent ou descendent à flan de paroi et plein pierrier, faisant glisser des pierres sur leur passage.

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Mon cheval-poney est plutôt jeune et rustique. Celui de Ben est plus élancé, plus vieux et expérimenté. Souvent, c’est lui qui décide de l’itinéraire et Benoit, confiant, le laisse aller. Il le laisse brouter de temps à autre si il avance bien en contre-partie. Tout ça fonctionne et l’équipe s’entend bien au final. Ben qui n’a quasiment jamais mis les fesses sur un cheval s’en sort comme un chef. Ce qui est bien, c’est qu’à part sur les chemins escarpés, on est vraiment libres, on n’est pas obligés de suivre à la queu-leuleu notre guide. Du coup, on se retrouve souvent seuls, à cheval, face au paysage, et on peut se permettre un peu de trot et des petits galops.

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On passera ensuite la nuit au bord d’un canyon, dans une yourte tenue par un couple qui élève des vaches sur le plateau.

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L’ambiance est bien différente de la veille. Ici, les gens vivent de l’agriculture, sont là prioritairement pour nourrir leurs animaux dans les hautes prairies et en profitent pour accueillir les voyageurs de passage, par le biais du CBT le plus souvent. La soirée et le repas avec Marouska et sa maman Pandouri sont délicieux. Marouska a 7 ans, et c’est plus qu’une petite assistante à la maison, elle fait déjà tout comme une adulte, sans que sa mère ne le lui demande. La vie des enfants ici n’est globalement pas facile, et est rythmée entre l’école et le travail pour aider les parents. Les petites filles en particulier apprenant dès le plus jeune âge les tâches qui incombent aux femmes.

La famille est en train de remballer son campement pour revenir vivre à Sary Moghol pour l’hiver. Nous serons leurs derniers hôtes de l’année. En fait de nomadisme, on découvre que les familles s’installent avec leurs troupeaux en altitude pour l’été, dans les Jailoo et démontent tout et redescendent pour passer l’hiver dans leur village d’origine, dans la vallée. Le Jailoo ne change pas d’endroit et il est souvent le même d’année en année. Il est donc parfois agrémenté de bâtiments en dur ou de containers, en plus des yourtes.

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Dernière journée à cheval, en direction de la vallée, en longeant les sommets enneigés.

Sur la route, Oubaie frappe aux portes pour nous ramener des petites boules de fromage séchées, à base de lait de Yack. Contre toute attente, c’est bon !

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A midi, on fait étape dans un nouveau Jailoo, d’une famille éleveuse de Yacks. Comme ils sont plus bas en altitude, ils ne remballeront le camp que début octobre. On nous sert à midi une spécialité locale : le chabate. Il s’agit de crêpes qui marinent dans du beurre de yack, qu’on enroule et qu’on trempe dans du yahourt entier et de la crème fraiche de yack. Le plat trop bon à un million de calories. La légende dit que tu peux facilement mettre fin à tes jours en concluant le repas par un kouign aman !

Oubaie montre nos jumelles achetées au Pérou à l’homme du campement. Il est prêt à nous les échanger contre un yack. On y réfléchit mais pas évident de faire suivre à un yack notre rythme endiablé à vélo et on ne sait pas si on peut passer la frontière chinoise avec un Yack. Et quand on lui avoue qu’elles valent 20$, il se ravise, et nous on comprend qu’on aurait mieux fait d’accepter : un bon Yack peut valoir jusqu’à 1000$…

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En fin de journée, nous voilà de retour à Sary Moghol, pour notre première journée de repos depuis Murghab. Je vous entends déjà, mauvaises langues, dire qu’à cheval on ne s’est pas beaucoup dépensé. C’est pas faux, mais avec les fesses en feu, les adducteurs des cuisses qui travaillent en permanence sur le cheval, et la cheville en vrac sollicitée continuellement également, on était quand même bien crevés tous les soirs !

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Ça tombe bien, pour notre journée de pause, c’est jour de marché à Sary Moghol ! On trouve tous les fruits et légumes dont on rêve aujourd’hui et on participe à l’agitation ambiante. Un monsieur visiblement dérangé viendra tirer la barbe de Ben et y rester accroché, jusqu’à ce que Ben le dégage violemment. On ne comprend pas trop le sens de ce geste… Pour se détendre, on s’offre en dessert 500gr de petites fraises toutes fraiches et tellement délicieuses qu’on a pas besoin de les sucrer. On se demande d’où elles viennent dans cet environnement sec !

Droite ou gauche ?

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Maintenant, il faut que l’on décide de notre programme pour la suite… Voilà les données de l’équation :

– Nous devons entrer en Chine avant le 6 octobre 2016

– Il n’y a qu’un poste frontière qui nous soit accessible entre le Kirghizistan et la Chine, il est à 100 kilomètres d’ici, en suivant une route après Sary Tash.

– Le poste frontière est actuellement fermé, et ce jusqu’au 19 septembre (on est le 15/09)

– Le poste frontière sera probablement fermé du 1er au 10 octobre, mais personne ne peut confirmer l’information.

– Il existe un poste frontière entre le Kazakstan et la Chine, a près de 2000km de là. Mais on ne sait pas si il est fermé à partir du 1er octobre et c’est impossible d’y parvenir en vélo, il faudrait faire du stop ou prendre des taxis.

– Même si on a peu de temps, on a envie de rouler un peu au Kirghizistan. Mais on a pas envie non plus de prendre le risque de trouver frontière fermée et de perdre le précieux visa chinois.

– Il n’y aura presque pas de transport possible à l’intérieur de la Chine entre le 28/09 et le 10/10 car ce sont les vacances nationales chinoises, et les hôtels et transports sont pris d’assaut par les chinois. Hors Kashgar, où nous devrions arriver, est aux portes du désert de Taklamakan, un des plus grands du monde, et nous n’avons pas prévu d’y pédaler. Il faut donc qu’on puisse prendre le train.

– La seule chose qui est sûre, c’est qu’on aura pas le temps de faire une grande boucle au kirghizistan comme on l’avait prévu initialement.

La nuit de réflexion autour de cette équation insoluble se prolongera sur la route en direction de Sary Tash le lendemain matin.

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Là-bas, il faut faire un choix : à droite, on va à la frontière, à gauche, on va vers Osh en empruntant l’unique route qui y mène, ce qui signifie qu’il nous faudra revenir sur nos pas ensuite, sur 184 km. Pour se décider, on s’arrête au restaurant du coin devant une assiette de Plemen, des petits raviolis fourrés de viande qui baignent dans un bouillon. Les plemens portent conseils parait-il…

Ami des bêtes quittez cette page car voici…

La nouvelle rubrique : l’instantané Fredien

 Pas mal non pour une première ? 



Copyright B.B 

7 réponses à “Le rêve Kirghize dans la vallée d’Alaïe

  1. Si j’étais à votre place j’irais au SUD (Inde Birmanie Thaïlande où j’en sait quoi) l’hiver est sûrement très rude même en Chine (de votre côté de la Chine). Pour rester à ces latitudes en hiver faut prévoir un long séjour quelques part. Informés vous sur les températures du coin en hiver, en Russie cela peut changer très vite dès octobre, et vous êtes aux même latidudes plus au moins.
    J’ai déjà vu des blogs d’un cycliste « I want to see the world » sur YouTube… Le gars est extrême et il a aussi pris des gros risques.
    Bref, je me réjoui du prochain article avec vos super photos. 🙂

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    • Vu ce qu’on lit à longueur de journée sur les panneaux et les cartes de resto depuis 15 jours, c’est normal d’en perdre son latin et sa grammaire française, c’est entendu ! D’ailleurs, je vous invite à telecharger l’appli « pleco » qui permet de dessiner les symboles pour traduire les mots en anglais. Bien pratique et gratuit. Et aussi enlever « smartphone » de la liste des choses que vous n’avez pas dans vos sacoches sur le blog, bande de bobos convertis 😉 la bise !

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  2. Trop classe les photos, super ambiance western, on s’attend à pouvoir apercevoir Clint Eastwood à chaque photos.
    Crême fraîche ? Ouais j’imagine bien que tu as du kiffer le chabat Alice 🙂

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    • 6 mois de retard Charley, 6 mois de retard !!! Mais merci de m’avoir replongée dans ces beaux souvenirs. Tu étais avec nous le 21 juillet avec ton vélo pour démarrer, on espère bien t’avoir à nos cotés le 22 avril pour rentrer 🙂

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