Sabaidee ! Un peu de vélo et pas mal de repos au pays aux 6 492 400 sourires

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Nous avons découvert un pays où il est impossible de faire la gueule : le Laos. A peine y sommes nous entré, que notre chemin est ponctué de joyeux et toniques « Sabaiiiideeeeee » (bonjour), provenant aussi bien des enfants que des adultes. D’ailleurs, le contraste avec la Chine est tout de suite frappant : nous traversons des villages remplis d’enfants qui s’amusent à même la rue, sortent des maisons, travaillent aussi parfois. C’est vrai que depuis l’Asie Centrale on avait un petit peu perdu l’habitude de cette profusion d’enfants qu’on pourrait penser livrés à eux-mêmes mais qui sont en fait livrés à tous, puisque tous les plus grands sont responsables des plus petits, jusqu’au grand-âge où le rapport de protection s’inverse. On croise souvent en fin de journée les enfants en « costume » quand ils sortent de l’école, à pieds, en vélo, voir même en scooter. Il n’est pas rare qu’on soit doublé par des scooters conduits par 2 ou 3 gamins de 8-10 ans.

L’ « architecture » contraste également. Les villages sont construits sur le bord des routes, tout en longueur. Le petites maisons sont souvent en bois ou en bambous et montées sur pilotis.

En les traversant, on voit souvent les femmes transporter le bois, filer le coton, cuisiner autour d’une marmite sur le feu, un petit sur le dos. Les petites filles ne sont pas en reste lorsqu’il s’agit de réaliser ces tâches du quotidien auxquelles elles sont formées dès leur plus jeune âge. On en croisera plusieurs groupes avec sur le dos des ballots de bois plus grands qu’elles. La reproduction sociale est assurée. Les hommes croisés en route sont plus souvent affairés aux tâches de mécaniques, de construction des maisons et de coupe du bois. Voilà pour les stéréotypes de genre.

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L’autre contraste, c’est le calme ! Plus de klaxons intempestifs, de cris et de crachas bruyants (quelques uns quand même, mais rien de comparable avec la Chine). Le Laos nous fait basculer dans une ambiance de détente et de douceur. D’autant plus que la route que nous suivons est très peu fréquentée. On a l’impression de planer. Tellement, qu’à 15h30 on décide d’arrêter notre étape du jour en bivouaquant sur un terrain plat abrité de la route. Un voisin viendra nous rendre visite avec curiosité pendant la soirée et reviendra le lendemain, suivi par ses enfants qui ne nous lâcherons pas du regard jusqu’à ce qu’on disparaisse sur la route. Pas pratique pour le petit pipi matinal !

Le profil de l’étape du jour ressemble à une route bretonne : on monte et on descend sans arrêt. A l’approche de la grande ville d’Oudoumxai, on prend la décision de ne pas s’y arrêter et de bivouaquer. C’est la fête de la révolution au Laos, on espérait voir des festivités mais à priori les gens se réunissent plutôt le matin, et font une soirée en famille. Aucun intérêt de rester dans la grande ville donc. On s’installe sur un petit coin en contrehaut de la route, et on participe sans qu’ils le sachent à la soirée karaoké d’une famille vivant un peu plus loin. On regrette de ne pas avoir demandé l’hospitalité, on aurait pu passer un bon moment.

L’autre contraste avec la Chine, c’est la nourriture. Les plats de nouilles de riz qui nous sont servis dans les villages nous paraissent bien fades et peu copieux après l’explosion de saveurs de la cuisine chinoise. Les étals des marchés sont assez peu garnis, en particulier de légumes. Les marchés du yunnan nous manquent déjà ! Et on ne trouve plus des petits restaurants tous les midi. Quand s’est comme ça, on avise avec ce qu’il y a dans nos sacoches. Du coup, un midi, nous avons cuisiné une omelette en plein village devant une trentaine d’yeux bien curieux. Les laotiens ajoutent ce qu’ils peuvent pour agrémenter de protéines leurs repas. Aussi, on croise régulièrement des stands en bord de route vendant des écureuils morts, et nous avons vu une dame épiler un petit rat, avant de le passer à la casserole. Après confrontation d’expérience, on est presque sûrs d’avoir mangé lors de notre premier repas au Laos. On peut positiver en se disant que c’est une nouvelle viande découverte, après le cochon d’inde, le lama, l’alpaga, le guanacos, et le yack. Benoit ne désespère pas de gouter du chien avant le retour. J’ai d’ores et déjà fait savoir que je n’assisterai pas à la dégustation quand ça arrivera. J’irai manger un chat en attendant.

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Le troisième jour, nous avons 3 cols à franchir. A l’approche du 3e, on s’arrête dans un village pour demander de l’eau. De fil en aiguille, comme il est un peu tard, on explique qu’on cherche un endroit pour camper. Le jeune homme avec qui on discutait nous invite donc à rester chez lui, et nous installerons notre tente dans la petite maison en construction en face de la sienne. C’est l’occasion de partager un peu du quotidien de ces petites maisons de bord de route que nous croisons tous les jours. La maison est sommaire, à même la terre battue. Il y a une grande pièce et deux chambres matérialisées par des planches en bois. Sirimlay vit ici avec sa femme, leur trois fils, ses parents et les 3 plus jeunes enfants de ses parents, donc ses 3 plus jeunes frères et soeurs. Il a deux soeurs à Vientiane. Ce qui est dommage, c’est que notre hôte parle assez bien anglais mais ne nous comprend pas quand on parle. Il nous explique que la famille fait partie de la minorité Hmong et ne parle pas le Lao. La salle de bain, ce sont les tuyaux d’eau « commune » que l’on voit en bord de route. Aux alentours de 16h, on voit tout le temps les gens se laver, soit directement au bord de la route, soit avec une bassine devant chez eux. Les toilettes, ce sont les enclos pour bétail à la sortie du village ou les buissons. Le soir, au moment de partager le repas, nous mettons dans le pot commun la grappe de petites aubergines que nous avons acheté en route, et de l’ail, ce qui agrémentera le Sticky rice (riz collant) et les noodles (nouilles chinoises) servis au diner. A l’extérieur, avant de dormir, on ira se réchauffer au coin du feu, et on partagera tous ensemble notre paquet de chamallow ramené de chine. Même la grand-mère était ravie.

Le réveil est un peu rude. La journée commence ici vers 5h30, quand les coqs commencent à chanter. On entend alors le village prendre vie. Nos hôtes nous lèvent à 6h et on sent que la journée démarre et qu’il faut qu’on se dépêche pour ne pas qu’ils prennent trop de retard. On reprend donc la route sans déjeuner, avec dans nos sacoches un peu de sticky rice chaud offert avant de partir. On le mangera au col 2km plus loin.

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C’est au col que l’on décide de la suite du programme : faire un détour de 60 km A/R pour aller à Nang-khiaw ou garder le cap vers Luang Prabang qui n’est plus qu’à deux jours de vélo. On ne sait pas ce qu’est Nang-Khiaw, on a juste lu une description parlant de montagnes karstiques qui a éveillé notre curiosité. Vu qu’on a de toute façon décidé d’arrêter le vélo en attendant les pièces de rechange à Luang prabang, on a tout notre temps. Donc on se paye le détour et on ne le regrettera pas.

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La route après Pakmong est vraiment jolie et dévoile des paysages typiques de l’Asie du Sud Est.

Tout d’un coup, après un virage, la rivière Nam’hou nous apparait, large et paisible, au milieu des montagnes aux formes rondes si particulières. Un paysage typique de l’Asie du sud est dans notre imaginaire qui devient réalité devant nos yeux émerveillés.

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On arrive au village touristique de Nang Khiaw en fin d’après-midi, et on croise rapidement un suisse fan de vélo qui travaille là 4 mois par an. C’est notre bonne étoile du jour ! Il nous emmène dans une guesthouse où on loue immédiatement un bungalow pour 6,5€/jour avec terrasse donnant sur la montagne et la rivière. Un petit coin de paradis !

On passera quatre nuits dans ce coin fort touristique mais bien paisible ! Durant notre séjour, on rejoint Elise et Nicolas qui viennent du Vietnam et sont posés à quelques kilomètres de nous, dans le petit village de Muan Ngoi, accessible uniquement par bateau. Elise et Nicolas, mais si, rappelez-vous, nous avions franchit la frontière Chinoise et passé deux jours dans le train avec eux ! On a gardé contact sur WhatsApp et c’est sympa de se retrouver ici, si loin des montagnes géantes aux sommets enneigés où l’on pédalait ensemble deux mois et demi plus tôt ! L’aller-retour de Nang-Khiaw à Muan Ngoi implique de rester une nuit sur place, nous prenons donc nos quartiers dans un nouveau bungalow.

Cette journée prend un doux parfum de vacances puisqu’Elise et Nico nous prêtent leurs vélos pour qu’on aille découvrir les paysages incroyables autour du village Une petite promenade d’une vingtaine de kilomètres en vélo droit, ça faisait bien longtemps ! En chemin, j’arrive sans savoir comment à dévisser la selle du vélo d’Elise qui tourne sur elle-même… Gros stress, et pendant qu’on essaye de comprendre d’où vient le soucis, des enfants du village d’à côté jouent avec les énormes klaxons de camion des vélos, ce qui ne détend pas l’atmosphère…

De retour au village, on trinque à nos retrouvailles à la fameuse Beer Lao, on profite de l’happy hour pour s’enfiler quelques mojitos et caipirinha et on éponge tout ça grâce à un monstrueux buffet à volonté auquel on fait tous les 4 honneur.

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On remet ça le lendemain matin, au petit déjeuner… Non, pas les mojitos ! Juste le buffet de petit déjeuner. Une tuerie. C’est donc le ventre plein que nous reprenons le bateau pour rentrer à Nang Khiaw, avec Elise et Nicolas, que nous convainquons de rester une nuit de plus grâce aux arguments suivants : il y a un beau point de vue, les bungalows sont sympas, il y a du wifi, il y a un restaurant avec des frites excellentes, on a trouvé une tarte au citron meringuée en ville. Combo imparable.

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Après cette pause détente, nous reprenons la route à 4 en direction de Luang Prabang. La route 13 n’est plus aussi bonne qu’avant, et surtout le traffic plus important, ce qui la rend moins agréable. On longe la rivière Nam’hou sur laquelle les chinois construisent pas moins de 7 barrages les uns après les autres. C’est démesuré, comme toujours. D’après ce qu’on a entendu, ces ouvrages créent la colère des Laos qui se voient dépossédés de leurs richesses naturelles et de leurs ressources au profit des chinois qui seront les bénéficiaires de l’infrastructure titanesque. Des attaques contre les chinois se seraient donc multipliées dans le pays.

On campe entre les champs, dans une pagode en bois surélevée par rapport au sol. Parfait pour éviter l’humidité nocturne et passer une bonne nuit. On veille tard le soir, en discutant allongés sur la bâche et en regardant les étoiles et les nuages alterner.

Le lendemain, nous atteignons Luang Prabang en fin d’après-midi.

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Nous y resterons 5 jours, à nous reposer, à arpenter le marché de nuit et ses buffets aux milles saveurs, à marchander des cadeaux pour nos familles, à visiter des temples couverts de mosaïques et de dorures, à regarder le soleil se coucher sur le Mékong, à sauter dans des cascades aux eaux turquoises (et à se blesser, évidemment… un titre de Pierre Richard, ça s’entretien !). Mais aussi à mettre un peu à jour le blog, à créer un jeu concours pour s’amuser, à adorer voir vos réponses, à deviner vos tricheries…

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Et à participer à un autre jeu concours, à regarder fébrilement le nombre de fan de notre photo se multiplier, à se dire que nous avons vraiment des familles, des amis et des lecteurs formidables dont nous ne pouvons qu’être fiers. Et ce soir, nous avons appris que nous avons gagné le concours grâce à vous tous, merci merci merci pour votre soutien sans failles !

Après cette pause à Luang Prabang, nous avons chargé nos vélos dans un bus pour Vientiane où nous nous sommes aussi reposé trois jours. On vous entend hurler au scandale « mais ils ne font plus rien, ils ne pédalent plus, ils ne réparent pas, ils achètent des babioles, ils ne rencontrent plus personne, ils n’ont rien à raconter à part qu’ils boivent des mojitos dans un bungalow face au coucher de soleil… C’est sûr, ils ont été piqués par la fièvre touristique de l’Asie du Sud Est, ils vont pas tarder à nous raconter la Full Moon Party et à nous parler de leurs soucis de bronzage à Phuket ». Stop ! Ne vous désabonnez pas tout de suite ! Toute cette paresse est en fait la résultante de deux facteurs :
– On attend des pièces de rechange pour nos vélos
– On s’offre le luxe d’un retour en France pour Noël, 10 petits jours bien courts auprès de ceux qu’on aime et qui nous ont manqué durant cette année qui n’aura pas toujours été facile au niveau familial.

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Donc nous voilà à Vientiane, où l’on attend patiemment notre vol pour Paris en appréhendant un peu le choc thermique, social et culturel qui nous attend…

Et en attendant de reprendre la route, au Laos, on voudrait vous souhaiter à toutes et à tous de belles fêtes, et une année 2017 rayonnante, pleine d’amour, de passions, de grands et de petits projets réalisés, de rêves poursuivis. Pleine de fraternité et de solidarité aussi. Pleine de nos différences qui font notre richesse. Pleine d’humanité en somme.

On vous embrasse, à l’année prochaine !

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6 réponses à “Sabaidee ! Un peu de vélo et pas mal de repos au pays aux 6 492 400 sourires

  1. Merci Alice et Benoît pour ce récit qui m’enchante surtout le quotidien des enfants des femmes , tout simple .
    Toujours de belles photos de ce Laos bien attachant.
    Je vous souhaite de belles fêtes de fin d’année auprès de papa et maman Tron que Dominique et moi-même saluons bien.

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  2. Vous nous gatez, vous nous gatez, merci de ce cadeau si beau de fin d’année, votre dynamisme et votre regard sur l’humanité nous confirme que la proximité du voyage à vélo ouvre les coeurs et les portes de la tolérance, de la différence et de l’amour du prochain tout simplement. Ca nous rassure sur le genre humain par les temps qui courent. Soyez assurés tous les deux de notre fidélité. Passez de beaux et chaleureux moments en famille et remettez vos becanes d’équerre pour que nous ayons encore quelques lizxtures à nous mettre sous la dent ! Bonne année les Jeunes 😀

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  3. merci Alice et Benoit pour ce nouvel article .
    Votre regard sur le Laos confirme de nombreux autres articles de cyclo que j’ai déjà lu .
    Un pays que j’ai hâte de découvrir ( a vélo bien sur )

    Bon réveillon et vivement votre retour su la route ( pour vos lecteurs impatients …)

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  4. Merci Alice et Benoit pour ces belles photos du Laos ! Toujours autant de plaisir à vous lire et Pierre est toujours le premier à se précipiter sur vos récits et me dire :  » t’as vu le mail de ta collègue ? » …c’est trop drôle ! Bonne année à vous deux bises – Isa

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    • Réponse très tardive Isabelle mais merci pour ton message qui nous a fait très plaisir ! Bonne année à vous aussi, après tout, il n’a jamais trop tard pour se souhaiter de bonnes choses. A bientôt en terre alsacienne !

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