50 nuances de pentes… De Chiang Mai à Mae Sot

Si il y a bien une tendance qui ne nous a pas échappé, c’est la frénésie sur les réseaux sociaux quant à la sortie du 2e épisode de la saga « 50 nuances de grey ». Toutefois le mystère restait pour nous entier : que diable se cachait t’il dans ce bouquin pour qu’une histoire de domination masculine teintée de sadomasochisme connaisse un tel succès,  auprès de la gent féminine en particulier ? Alors, quelle surprise de découvrir le fameux ouvrage parmi les centaines d’autres livres numériques nous ayant été donnés avant le départ par une célèbre féministe costarmoricaine et finistérienne d’adoption dont nous tairons le nom pour des raisons évidentes de dignité et de sécurité… Ni une, ni deux, c’est Benoit, devenu lecteur-dévoreur de bouquins au fil du voyage, qui s’en charge, me résume des chapitres en 4 mots et me lit des morceaux choisis… La déception est grande : des ramassis de stéréotypes vieux comme le monde, un bouquin aussi intéressant et excitant qu’un code de droit des finances, moins bien rédigé par contre.

Non vraiment, si vous voulez frémir à la lecture d’une expérience de souffrance volontaire et de plaisir partagé, je vous invite à vous plonger dans ce qui va suivre, ça promet d’être autrement plus chaud…

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Mais non bande de pervers adeptes de la fistinère, c’est juste une balançoire pour touristes en mal d’adrénaline au sommet du col…

Petit rappel des épisodes précédents : Après un rapide retour en France, Alice et Benoit ayant subi la casse de leurs vélos et de leurs articulations sont restés beaucoup plus longtemps que prévu au Laos où ils ont cassé leur tirelire en guesthouse et loop à scooter et finalement été rejoints par Cyril, le frère d’Alice, avec qui ils ont fait 8 jours de vélo jusqu’à Luang Prabang avant de prendre le bateau puis le bus jusqu’à Chiang Mai. Là ils se sont adonnés ensemble à la petite randonnée, au kayak, mais surtout aux apéritifs et aux gros festins… Le 12 février, après un mois à supporter le duo infernal, Cyril rentrait en France, plus gras et épuisé que jamais. Pour Alice et Benoit, il est maintenant temps de reprendre la route après finalement presque 2 mois de repos et beaucoup de gras accumulé.

Pour aller à Mae Sot il y a plusieurs routes possibles. Passant plus ou moins par les montagnes. Nous les étudions toutes. C’est sans doute dans un moment de débordement de positivisme et d’enthousiasme que vos deux héros préférés se sont décidés à suivre la route dites « des 1864 virages ». L’optimisme. L’optimisme c’est ce sentiment qui vous envahit quand vous n’avez presque pas pédalé depuis 2 mois et que vous ne vous rappelez plus que 35 kg de bagages c’est lourd. Quand vous relativisez le profil de dénivelé en vous disant que vous adorez la montagne car vous ne vous rappelez plus des effets concrets de la gravité sur vos gambettes. C’est quand vous avez beau avoir trop chaud en sirotant un smoothie en terrasse à Chiang Mai mais que vous vous dites que ça ira mieux avec l’air frais de la montagne. C’est quand une petite voix fourbe (fan invétéré de bêtes mortes en bord de route) vous dit de ne pas vous fier aux courbes OpenRunner, trop alarmistes… C’est donc blindés de motivation que nous quittons Chiang Mai le 13 février.

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Le programme des festivités… 10 jours de vélo, plus de 10.000 m de Dénivelé positif… Faut être vraiment con pour pas voir le piège…

1h30 et 20km pour s’extraire de la ville et nous voici sur une jolie route de campagne à traverser rizières et villages fleuris, toute plate. On regrette déjà de ne pas avoir roulé par ici avec Cyril. On savoure le retour à la bicyclette même si nos jambes sont un peu raides et notre souffle un peu court.

A midi, aux pieds de la première côte qui doit nous propulser dans les montagnes du nord, on s’arrête dans un bouiboui, s’enfile une grosse assiette de riz sauté et on redémarre, confiants sous la chaleur du début d’après midi. A défaut de douche froide c’est une claque qu’on se mange. Les pentes sont raides et le traffic pas anodin. De longues portions à plus de 10% et des virages qui ne nous font pas monter progressivement mais nous propulsent sur le mur suivant. Bien souvent on se retrouve à l’intérieur du virage, obligés de tenir notre gauche (on roule à gauche en Thaïlande), rendant la progression encore plus difficile. Le tout en pleine chaleur et sans ombre. Ça faisait depuis l’Ouzbékistan que je n’avais pas ressentit ce sentiment d’étouffement physique et mental lié à la surchauffe. Le coeur bat trop vite, le souffle est court, mais paradoxalement j’ai l’impression d’évacuer de la vapeur froide et j’ai la chair de poule. J’ai l’impression que je vais exploser. On s’arrête en bord de route et je m’endors pour laisser la chaleur passer. Moment de découragement total, on a même pas passé 2% de ce qui nous reste à grimper ces 10 prochains jours…

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Après la sieste, il fait un peu moins chaud mais les pentes n’ont pas faibli, elles. Le long de la route on croise plein de producteurs de fraises… La tentation est trop forte, je ne résiste pas à m’alourdir d’un pot de confiture en verre sous le regard réprobateur de Benoit. Il m’annonce immédiatement qu’il ne portera pas le pot. Et il s’y tient…

En fin d’après midi, on tombe nez à nez avec ce qui ressemble à s’y méprendre à un camping ! Des tentes sont installées sur des terrasses à même la paroi de la montagne. Mais le prix se rapproche plus de celui d’un hôtel de luxe. 800 à 1500 Baths la nuit dans une tente ! On comprend mieux pourquoi c’est vide. Comme nous avons notre propre matériel, on négocie le prix de la nuit pour beaucoup moins. On avait envie de bivouaquer mais l’appel de la douche chaude après une journée de transpiration nous a détourné de la nature…

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On se réveille aux aurores, il fait encore nuit. Aujourd’hui on a un nouveau col au programme, bien plus long que celui de la veille et on ne veut pas se faire avoir par la chaleur.

Si il y a bien un truc détestable, quand tu voyages à plusieurs, c’est quand un membre du groupe dit « ouah je suis vraiment pas en forme aujourd’hui » et laisse tout le monde sur le carreau à la première occasion. Aujourd’hui, je fais subir ça à Benoit. Je l’ai abreuvé du soir au petit matin de pleurnicheries du type « je me suis surestimée », « je crois que je ne vais pas y arriver, c’est au dessus de mes forces », « il faut qu’on parte tôt car je ne suis pas sure d’atteindre le sommet aujourd’hui » et le fameux « je suis une meeeeerde ». Et là, toute la matinée, dans un état de concentration proche de la lévitation, j’enchaine un par un les virages.

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Et hop, nous voilà au col, en ayant beaucoup moins souffert que prévu ! Joie, bonheur et allégresse, alors que nous profitons de la descente expresse, un panneau accrocheur nous invite à faire un petit détour pour aller se détendre dans des sources chaudes. On est à 10 km de Piai, notre objectif du jour, il n’est que 13h30 rien ne nous décourage à faire le détour. Et il parait que c’est la St Valentin, ce qui ajoute une croix dans la colonne des « pour ». Suivant je ne sais quel instinct, on entre au hasard dans la cours d’un hôtel avec bungalow, et on demande si on peut y camper. C’est le coup de chance du jour : l’hôtel est en travaux et actuellement vide mais sa partie SPA a été totalement refaite et ouverte en décembre. Elle est idyllique et offre une vue dégagée, à l’ombre des cocotiers, sur la campagne environnante. La gérante de l’hôtel est elle aussi adorable, et elle nous explique que ce qu’on a donné pour camper servira à l’association créée au sein du centre.

Enfin, le centre héberge des moines et des stages d’initiation à la méditation. Le Moine « en chef » nous propose une initiation le soir même. Le programme de la deuxième partie de journée se tourne donc naturellement autour de la détente et du bien-être : décrassage des peaux et délassage des muscles dans les bassins chauds, évacuation des toxines, et soirée d’échange avec les moines pour enfin mieux comprendre le concept du bouddhisme et s’initier à la méditation. On sort apaisés de ces 3 heures d’échanges mais avec la tête encore pleine de questions autour du bouddhisme, dont nous suivons les différentes « formes » et « expressions » depuis le Tibet jusqu’ici, et de la pratique de la méditation.

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La tentation et l’envie de rester une journée de plus sont grandes, d’autant que la soirée se termine tard et que le réveil est difficile. Malheureusement les jours qui nous séparent de la fin du voyage sont comptés, et c’est avec dépit que nous reprenons la route, conscients qu’en ne s’écoutant pas on est déjà pas très en phase avec les préceptes discutés la veille au soir… On le paiera assez cher tout au long de la journée. En démarrant à 8h30, on sait que le soleil va vite nous rattraper avec ses rayons brulants, alors que la montée vers le col du jour nous attend à 8 km de là. Ce qu’on ne sait pas, c’est que dans cet intervalle, on va déjà enchainer les montées bien raides et les descentes qui le sont tout autant.  Pas moyen de profiter de l’élan de la descente précédente en montée, l’inclinaison et la loi de la gravité nous arrêtent tout de suite, comme si quelqu’un soudainement nous attrapait par le porte bagage pour nous arrêter. On arrive donc aux pieds du col un peu avant 10h, avec déjà 400m de dénivelé derrière nous.

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Et là, les lignes droites pentues s’enchainent, entrecoupées de temps en temps d’un virage conçu comme un tremplin, surtout quand on s’y engage par l’intérieur : tu commences par une petite pente et tout d’un coup tu as un mur en face de toi, au sommet duquel il faut se hisser pour continuer dans la montée qui reste toujours aussi pentue. Rien à voir avec les petits virages en épingle qui permettent de monter rapidement mais progressivement que j’adore (NDLR : entendez par « j’adore » que « j’apprécie plus qu’une montée toute droite ». Je ne fais pas partie de ceux qui ouvrent les yeux avant la sonnerie du réveil, la bave aux lèvres et le coeur palpitant, excités par la belle montée qui les attend). Non. Là, ce ne sont pas des virages qui servent à monter progressivement, ils sont là juste pour tourner, parce qu’il le faut. Mais si il n’y a pas d’impératif à tourner, les ingénieurs thaïlandais ne s’embêtent pas et tracent tout droit. 21% dans certains virages, 16% dans certaines lignes droites.

Bref, c’est plus du vélo c’est de la muscu. Dans les portions raides, les tours de pédale sont lents et tu ressens le poids des 120 kilos supportés par la jambe en extension qui tente désespérément de te hisser, puis prend du repos en se repliant pour laisser le travail ingrat à l’autre le temps d’un tour. Tout cela est très lent, et rendu presque insupportable par la chaleur. Près de 35° à 10h30 alors que nous sommes à 1000 mètres d’altitude. On a envie de crier au scandale ! Jamais Mamoutha Kouign Aman ne m’avait semblée aussi difficile à faire avancer, scotchée au bitume. Et ce putain de compteur kilométrique enfonce le couteau en affichant désespérément la vitesse : entre 2,5 et 6km/h dans les moments d’allégresse à moins de 10%. De quoi devenir fou. Mais ce qui nous rend fou, ce sont nos homologues loopers en scooter.

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Et oui, il y a ici aussi une célèbre loop, et on se fait donc doubler toutes les 5 minutes par d’autres voyageurs, qui la plupart du temps nous ignorent, ce qui nous va bien, mais qui, à 3 occasions, nous parleront :

Lourd numéro 1 :

Gros gros virage à gauche, que je prends trop à l’intérieur. L’effort est trop dur, je perds l’équilibre, je pose pied à  terre et n’arrive plus à redémarrer… Du coup je pousse un peu, pose mon vélo sur le bas côté. Au moment où Ben s’y engage, alors qu’il essaye de se mettre plus sur les extérieurs, un scooter le double, reste à sa hauteur, le coinçant donc au pire endroit de la pente, et le conducteur lui hurle en agitant son bras frénétiquement tel un coach à son poulain «Come on guy, come on ! ».

Lourde numéro 2 :

Celle là c’est pour moi. En pleine pente dans laquelle je m’essouffle à 3 à l’heure, une fois à mon niveau, elle hurle un inattendu strident et effrayant « Yes, you can do it » me faisait sursauter et poser pied à terre, avec toute la peine qui s’en suit pour redémarrer.

Oui, je sais, vous vos dites « ils sont durs, ce ne sont que des encouragements, ça part d’une bonne intention ». Peut être, mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, et ça n’encourage rien, c’est juste lourd. Je ne sais pas comment les coureurs du tour de France résistent à l’envie de foutre une mandale dans la tronche des fans qui leur courent après en gueulant. C’est sans doute pour ça qu’ils se dopent à mort, pour être certains de pouvoir semer dans un laps de temps ultra court les gros lourds qui les poursuivent. Dans notre cas, la couronne du jour revient à la lourde numéro 3.

Lourde numéro 3 :

Alors que nous nous hissons péniblement, nous arrivons au niveau d’une petite famille sur un scooter, qui semble nous attendre. La jeune fille à l’arrière porte son bébé en écharpe, bien endormi. Elle me dit que ça lui tire sur les épaules et que ça rend la montée désagréable, ce que je comprends. On leur dit que c’est dur pour nous aussi, les pentes sont raides et il fait chaud. Et là, elle me regarde d’un air surpris « mais pourtant, il ne fait pas chaud aujourd’hui, il y a des nuages ! ». Oh putain., si elle savait que son bébé l’a sauvé ce jour là. Après 3 heures d’ascension, le Hulk qui sommeille en moi était près à en découdre, à laisser Mamoutha sur le bord de la route pour soulever leur scooter et le jeter à terre avec force et mépris. Nouvelle Alice que je suis, après mon initiation à la méditation, je prends un bon bol d’air et lui répond en souriant que quand même, le soleil n’est caché que depuis 10 minutes, qu’il est 13h et qu’on est parti à 8h30 ce matin… « Ahhhhh peut-être ». Au moment de partir, on comprend enfin pourquoi ils nous attendaient « Vous êtes déjà venu ici, vous savez si il y a une station service au sommet ? ». Version Alice avant la méditation « Mais oui connasse, bien sur, on grimpe cette montagne tous les dimanche avec 40 kilos de bagage histoire de se renforcer les fessiers ». Version Alice après la méditation : la même chose, avec « connasse » en moins, et « j’en sais rien, bon courage » à la fin.

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Et enfin, nous y voilà au fameux col ! Et grâce aux nuages récemment arrivés donc, la vision panoramique sera limitée. Ce sera un peu la sentence de toutes nos ascensions de la semaine, étant donné qu’on arrivera à chaque fois au sommet aux alentours de midi, à l’heure où les couleurs sont brulées et où la brume de chaleur atténue les contrastes. On en profite quand même, on se détend autour d’un frais et onctueux smoothie Fraise Banane et d’un délicieux curry de porc. Les descentes sont plus agréables que les montées mais ne sont pas rassurantes, on prend beaucoup de vitesse et on est constamment obligés de freiner, ce qui, avec la chaleur ambiante, met nos jantes et nos pneus à rude épreuve.

Aux pieds de la descente, on se pause tôt dans une guesthouse recommandée par Fred et Ophélie qui y sont passé quelques semaines plus tôt. Da, la gérante, qui apprend le français, se souvient d’ailleurs parfaitement d’eux « Flédélic et Ouféli, oui je me souviens. La première fois qu’ils sont venus ici ils avaient l’air tellement tristes. Lui surtout, il n’arrêtait pas de geindre. Ils m’ont dit qu’ils avaient perdu un concours… un concours de photo je crois. Ils ont perdu avec 900 votes d’écart je crois… Oui, oui, c’est ça. Ils ont même dit que les gagnants étaient trop beaux gosses, qu’ils n’avaient rien pu faire…». On se récompense de l’effort de la journée autour de délicieuses frites maison, d’un poulet aux cacahuètes succulent et d’une bonne bière, dont la légende assure qu’elle favorise la récupération musculaire. Da nous explique que beaucoup d’habitants sont issus de la minorité Shan par ici. Les Shan sont la première ethnie minoritaire de Birmanie, dont la frontière est toute proche, et qui revendiquent, réprimés dans la violence, l’indépendance de leur Etat.

Au petit matin, c’est reparti pour un nouveau col, enfin deux qui s’enchainent. En route, on croise un Suisse-Allemand et son ami Thaïlandais qui vont chez Marc, un hôte Warmshower que nous avons contacté, qui habite à 70km de là, et qui est leur ami. Nous avons convenu de rencontrer Marc le lendemain à l’issue d’une journée de repos à Mae Hong son, que nous visons aujourd’hui. En haut du second col, atteint en fin de matinée, on sait que l’on est pas au bout de nos efforts et que nous n’allons que descendre et remonter toute la journée.

C’est épuisant et les paysages ne nous réconfortent pas plus que ça, la nature étant très sèche en ce début de saison chaude. Les arbres ont perdu une bonne partie de leur feuillage, coloriant ainsi en jaune le sol à leurs pieds et nous privant parfois de zones d’ombres bien méritées.

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En fin de journée, on évite miraculeusement la dernière montée raide du jour en la contournant au prix d’un détour fort joli de 5km sur une route longeant la rivière.

On arrive épuisés à Mae Hon Song, avec plus de 1300m de dénivelé positif dans les pattes, et 8% de moyenne d’ascension. Qu’est ce que c’est ? Le compteur calcule la déclinaison de la pente à chaque fois qu’on monte, même un tout petit peu, et fait au fur et à mesure une moyenne. D’habitude, en montagne, la moyenne tourne autour de 3 ou 4% en fin de journée. Depuis que nous sommes partis de Chiang Mai, c’est entre 7 et 9%. Un hamburger s’impose pour fêter ça, et ça tombe bien on tombera sur l’un des meilleurs que l’on ait gouté. On se promène un peu dans Mae Hong Son.

Le lendemain, on se repose et en fin de journée on rejoint Marc, d’origine Suisse, sa femme Pim, d’origine Shan, et leurs amis croisés en route l’autre jour. Marc vit en Thaïlande depuis près de 20 ans, est éthnologue, a travaillé au sein d’ONG en Asie du Sud Est et pratique le Bouddhisme. Les conversations avec lui autour de ces sujets sont passionnantes. Ce qui est passionnant aussi, c’est le travail méticuleux que Pim et lui ont entrepris pour faire de leur maison une harmonieuse fusion entre les traditions de construction Thaïlandaise et Shan. Leur maison est une oeuvre d’art, tout en bois, que je ne me lasse pas d’admirer. Marc aussi se souvient très bien de Fred et Ophélie lors de leur passage chez lui à Noël « oui, Fred, je m’en rappelle bien. Quelle tristesse ! Je l’ai retrouvé prostré en positon foetale aux pieds du manguier. Il répétait en boucle quelque chose dont le sens m’échappait « Et dire que j’aurai pu me mettre tout nu sous un chapeau… j’avais trouvé la bonne excuse… mais j’ai perdu… Et dire que j’aurai pu me mettre tout nu sous un chapeau… j’avais trouvé la bonne excuse… mais j’ai perdu… est ce que ça veut dire que les gens n’aiment pas me voir tout nu… Et dire que j’aurai pu me mettre tour nu sous un chapeau… ».

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On se quitte à la fraiche, après un petit déjeuner à base de café frais et de papaye du jardin qui ne peut que nous donner des ailes. Les étapes d’aujourd’hui et de demain sont réputées faciles. Il y a quand même 1000 mètres de dénivelé positif par jour, mais les pentes sont normales, c’est à dire qu’on arrive à prendre de l’élan dans les descentes avant d’aborder les montées, qu’on ne se retrouve pas systématiquement à avancer cahin-caha comme deux tortues à chaque remontée. Bref, on apprécie.

Un atelier de fabrication de barres de céréales et autres productions artisanales :

Le premier soir, on s’arrête dans un hôtel dans un village sur la route. Pendant que je vais au marché qui bat son plein sur la route principale, Benoit tente une réparation de fortune de nos pneus qui ont un peu cramé latéralement à force de freiner en descente et menacent de se déchirer complètement, à l’aide de colle et de chambre à air ramassée en route.

Plus de trace de ma casquette de pêche achetée en Turquie, qui faisait « voile » en Iran. Elle disparait et reste ici… A la place, le lendemain, je ressortirai la casquette à fleurs d’Amérique du Sud. Oui, se trimballer avec deux casquettes, ça fait partie des choses qui expliquent que je reste scotchée au sol dans ces montées. Ça et peut être aussi mes 4 paires de chaussures ?

4 paires mais on est quand même loin du glamour…

Même scénario pour la 2e journée, on monte, on descend, c’est joli.

Dans les forêts qu’on traverse les arbres perdent leurs feuilles dans un bruit assourdissant. Faut dire que ce sont des grosses feuilles, genre tu peux t’en faire un siège pour t’assoir et les habitants s’en servent pour faire les toitures de leur maison. Une gentille dame nous accueille dans son jardin, à l’ombre des bambous géants, pour la nuit et nous nous lavons dans la rivière qui court devant chez elle.

On démarre tôt et on fait une pause conséquente à Mae Sariang, pour faire les courses, manger, relever nos mails, et changer un peu d’argent. On croise deux cyclistes italiens qui arrivent de Birmanie et nous assurent avoir eu beaucoup plus chaud là-bas. Beaucoup plus chaud que 40° l’après-midi en montagne, comment on va faire ? Chaque chose en son temps, il nous reste THE montagne de la mort à franchir. Des pentes à plus de 15%, qui nous sont confirmées par les italiens et où même Fred et Ophélie ont dit n’avoir « pris aucun plaisir », je cite. On se force alors à aller camper aux pieds de la longue montée, sachant qu’on a, pour y parvenir, une belle côte à franchir et qu’on va devoir rouler en plein après-midi, sous le soleil… le pied. Une guesthouse avec de jolis bungalows, recommandée par les italiens, nous fait de l’oeil en fin d’après midi. Mais vaillants comme un François Fillon face aux accusations, nous persévérons en dehors de toute logique et partons à l’ascension de la belle montée en fin de journée. Comme nous n’avons détourné aucun argent public ni menti à personne, il est finalement assez juste que notre entêtement porte ses fruits et que nous arrivions à destination, dans un petit village à la tombée de la nuit, où les habitants nous proposent de camper dans une bâtisse abritée de l’humidité et où nous pouvons nous laver dans la rivière fraiche après une journée encore bouillante. Plus nous nous dirigeons vers le Sud et plus les températures nous semblent dures à supporter. Le compteur dépasse les 40° au soleil tous les après-midi.

A 7h du matin, déjà en nage…

Aux aurores, le ventre noué comme avant une épreuve du bac, nous nous attaquons à THE montagne de la mort. Même préparation mentale que la côte d’il y a plusieurs jours avant Pai, préparation physique en plus, on monte vite et bien et arrivons au « sommet » plus vite que prévu.

En fait de sommet, il y a ensuite un enchainement de montées et descentes très pentues pendant une bonne vingtaine de kilomètres qui nous fera grimper encore plus haut. Et c’est là que l’injustice de la situation nous frappe : c’est encore une fois quand on arrive sur les pentes les plus difficiles qu’on se retrouve en pleine chaleur, alors qu’on a anticipé le truc en partant tôt !

Résultat, on se retrouve à pousser nos vélos dans une portion en sable à 19%, ventre vide, en plein soleil. Le compteur indiquera 39° à l’ombre. C’est dur mais comme on s’y était préparé on prend notre mal en patience.

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Par contre on ne s’était pas préparé à ne pas trouver de coin où manger et on se retrouve à sortir le réchaud pour préparer une salade de pâtes. On s’offre aussi une petite sieste histoire de laisser les températures redevenir plus supportables.

Et enfin… la descente !!! Longue, belle, fraiche, vent dans les cheveux, corps détendu, le vrai bonheur du vélo couché.

Dans un virage, on croise deux frères belges à vélo qui installent leur bivouac pour la nuit. Ils nous annoncent que la route remonte fortement sur deux kilomètres après le prochain virage, ce que nous n’attendions pas et qui nous achève psychologiquement. Ils nous parlent aussi de ce ptit coin de pelouse où ils plantent la tente, du feu qu’ils vont faire, de la rivière qui coule à côté et de l’endroit où elle forme une piscine où il est possible de nager. Ni une, ni deux, tel qu’aurait dû le faire François Fillon depuis longtemps, on abandonne notre plan initial pour profiter de cet endroit qui rassemble tout ce dont on a besoin après une journée comme aujourd’hui. Et je mets à contribution mes derniers chamallows, gardés précieusement pour un moment comme celui là.

Au matin, on est assez surpris de partir avant les frères belges quand on sait ce qui les attend. On arrive très vite à bout des 2 km de montées et on entame la descente délicieuse vers Mae Sot. Là aussi, « descente » est à prendre avec des pincettes, car la route monte et descend sans arrêt.

Elle longe la frontière Birmane et est splendide, traversant de petits villages Karen et un peu plus tristement des camps de réfugiés birmans. Enfin le paysage nous récompense vraiment de l’effort accomplit et on savoure !

On s’arrête dans une guesthouse proposant des bungalows confortables au dessus de l’eau dont le propriétaire est tout simplement adorable. On comprend rapidement que Fred et Ophélie s’y sont également arrêté, quelques semaines plus tôt, quand le gérant nous demande, gêné « par contre, pourriez vous garder vos vêtements sur la terrasse du bungalow, même si vous portez un chapeau ? » « oui, bien entendu, pourquoi ? » « Les derniers qui sont venus avec des vélos comme vous ont pris des photos sur la terrasse du bungalow, l’homme était nu, il portait un chapeau, et il répétait à sa conjointe « Rates pas la photo, sinon je te réveille à 5h30 demain en chantant Baby one more time… Fais gaffe !  Dans deux jours, on gagne le concours et on la publie enfin sur le blog, j’ai haaaaaaateeeee !!!!!!! » ».

Nouveau compagnon de route, sauvé du bêton

Dernière journée, 80 km avant Mae Sot qui seront assez vite avalés malgré une route chargée et pas folichonne pour les 40 derniers kilomètres. Et un petit 52°C au compteur à 15h pour clôturer tout ça en beauté… Vous me direz « oui, mais c’était en plein soleil, et proche du sol ! ». Oui. Exactement comme nous en fait. Bon allez, je vous l’accorde, le petit vent de face, brûlant aussi, nous donne quand même une petite impression de ventilation. Ça me rappelle la voiture familiale sur la route des vacances quand j’avais 10 ans.

Mae Sot est une ville frontière, où se mêlent dans une frénésie  toute asiatique la rencontre des cultures Thaï, Karen, Indienne, Birmane… et sans doute d’autres que nous n’avons pas identifiées. Nous nous y plaisons et y restons deux jours. Le temps de trouver des pneus de rechange de 20 pouces, de constater que la roue libre de Benoit est sans doute en mauvais état, de casser le lavabo de notre hôtel tout confort, de publier enfin un article pour ce blog qui nous occupe pas mal de temps « libre ». Bref, les petites choses habituelles, notre petit quotidien à nous.

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Cette route Chiang Mai – Mae Sot en passant par Mae Hong Son ne nous aura pas toujours séduite, notamment au cours de sa première partie, jusqu’à Mae Hong son. La faute sans doute a une arrivée un peu tardive dans la saison et à des paysages rendus un peu « secs ». Au manque de petits villages et de belles rencontres de bord de route. Peck, notre guide de la jungle, nous avait prévenu « à partir de maintenant, il va faire chaque jour plus chaud que la veille jusqu’à mi-avril ». Chouette. Mais on n’avait pas imaginé souffrir autant de la combinaison entre les fortes chaleurs et les pentes raides.

Les autres cyclistes qui étaient dans notre sens ont aussi trouvé les portions plus raides que prévu. Jusqu’à Mae Sariang nous avons croisé quotidiennement un couple de voyageurs français, qui suivaient la « loop » en vélo, et se demandaient chaque jour si on allait y arriver avec nos vélos couchés.

Nous avions parfois l’impression de faire tous ces efforts pour ne pas en retirer beaucoup de plaisir. Tout ça manquait un peu du « petit piquant » du voyage. Mais les rencontres et moments de partage, notamment avec Marc et Pim, les Moines et les salariés du Pai Exotic Home, et les paysages traversés à partir de Mae Hon song le valaient bien. Une fois n’est pas coutume, on voudrait tirer notre chapeau au vrai couple sadomasochiste de cette histoire, à Ophélie et Fred, les panardos, qui ont parcouru cette route en sens inverse, ont fait plusieurs journées à plus de 1500 m de dénivelé positif et ont trouvé ça agréable par dessus le marché ! Nous espérons que grâce à cet hommage public, sentant presque l’aveu d’infériorité, Fred jubilera et oubliera un instant à cause qui il n’a pas eu le bonheur de pouvoir poser nu sous un chapeau sur la toile… Encore désolés.

Prochain article, nos premiers tours de roue dans un pays aussi magique qu’intriguant, le Myanmar, alias la Birmanie pour les français.

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9 réponses à “50 nuances de pentes… De Chiang Mai à Mae Sot

  1. Bon ben quand on passera dans le coin on y réfléchira à deux fois avant de se lancer sur une telle route. Les montées c’est pas trop notre truc, les descentes par contre ça va.
    Mais votre compteur indique toujours 0% de pente sur les photos, donc en fait c’est tout plat et ces histoires de côtes c’est du pipeau, Openrunner a tout faux.
    Quant à Fred et ses obsessions naturistes, il a bien compris s’être fait griller par Joël, et là il n’y a rien à faire, on ne lutte pas contre la perfection.
    Bonjour aux Birmans, nous on salue les Kiwis et, juste pour vous rafraîchir, on vous donne un mot de la météo locale : 12° ce matin, 24° cet après midi. Agréable 😎

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    • Je pense que Frédéric rêverait d’avoir le style de Joël nu sur son vélo. Mais c’est comme ça, c’est injuste, ce n’est pas donné à tout le monde… à force de se plaindre de la chaleur on vit nos derniers km thaïlandais sous la pluie. La revanche du climat !

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  2. Je me suis encore régalée même si j’ai attrapé mal aux cuisses rien qu’en vous lisant. M’a aussi rappelé mon fameux test d’effort, entourée d’infirmières et de leurs hurlements d’encouragement!!! Moins glorieux quoique pour une grande sportive comme moi…

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  3. Si vous ne savez pas quoi faire au retour, il faut se lancer dans l’écriture professionnelle car on vit vraiment vos aventures ! Si vous avez besoin de vacances après ça on ne peut que vous conseiller le sud de la Thaïlande : c’est vert (donc de l’ombre), c’est beau, c’est vallonné (en mode normal), le compteur n’affiche normalement pas plus de 37 petits degrés), c’est même propre parfois et en plus il y a toujours la mer (même si elle ne rafraîchit pas) et on trouve de quoi dormir confortablement pour pas cher tous les 10 km 😉 Vous voilà informés, j’espère que Myanmar vous plaira et vous réconfortera !

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