En roues libres entre Yangon, Bagan et Mawlamyine

Crazy Yangon 

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Yangon a tout de la grosse ville asiatique anarchique telle qu’on se la représentait, avec ses dizaines de fils électriques et téléphoniques entrecroisés à chaque poteau, ses petites échoppes et stands de rue, et ses grandes allées blindées d’auto, de camionnettes et de vélo taxi. Ici, pas de scooters. Ils sont interdits dans le centre et on prend conscience de la nuisance sonore qu’ils représentent. Sans eux, même le traffic incessant semble silencieux, on entend les oiseaux !

Nous avons décidé de découvrir Yangon en s’y promenant essentiellement sans suivre un programme de visite exhaustif. Et pourtant, on arrive à blinder notre journée de visites en tout genre. On commence par se diriger vers la place centrale, bordée de vieux ou plus récents bâtiments à l’architecture britannique. Une exposition photo a lieu dans le parc. Une partie des photos sont des images de presse qui dénoncent, interpellent, montrent le monde, ses forces, ses beautés et ses horreurs. Aux côtés d’images tibétaines qui nous replongent avec délice quelques mois auparavant, une photo des rassemblements parisiens suite aux attentats de Charlie Hebdo. D’autres photos dénoncent les guerres et les tortures, en Afrique notamment. Tout le paradoxe de les voir exposer ici.

On continue notre petite marche exploratoire vers la gare, pour acheter nos tickets de train pour le lendemain. Les hôtels luxueux partagent la rue avec les vieux immeubles aux façades grisées par la fumée des pots d’échappement. Les 4×4 rutilants partagent la route avec des petites camionnettes blindées jusqu’au toit.

Le hall de gare ressemble à une halle aux bestiaux, mais vide. Rien de plus facile que d’acheter un billet. On choisit l’option compartiment avec couchage, car il est prévu que nous restions au minimum 12h dans le train et on sait que celui a particulièrement mauvaise presse en matière de ponctualité.

Après un déjeuner fort délicieux dans un « restaurant-école », nous prenons le taxi pour visiter le musée national de Yangon aux heures chaudes de la journée. Il est immense : 4 étages et un rez-de-chaussée comprenants chacun plusieurs espaces. Chaque étage et chaque espace à un thème : les objets royaux, les instruments de musique, l’art ethnique, les arts premiers etc. C’est intéressant et joli, mais ça manque d’explication et de « sens de circulation » et on a rapidement du mal à rester concentrés. Au rez-de-chaussée, tu fais bien attention à faire le tour de chaque pièce, à ne louper aucun objet, à déchiffrer chaque panneau. Au 1er, même scénario. Au second, tu ne t’attardes plus que sur les vitrines les plus intéressantes visuellement, tu files devant les autres. Au 3e, tu essayes de faire semblant d’oublier une pièce. Et le 4e étage tourne au supplice alors qu’on débarque dans une pièce tapissée de centaines de tableaux… Benoit se remémore le traumatisme de sa visite de Florence en famille à l’adolescence et tente la comparaison « si tu laisses ma mère dans cette pièce, je pense qu’elle peut rester une semaine ». A la sortie, c’est malheureux à dire, mais on se sent délivrés. On aura quand même particulièrement apprécié l’espace sur les instruments de musique et celui sur les habits et l’art traditionnel des ethnies de Birmanie.

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Le musée étant proche de la grande pagode, on décide de la rejoindre, mais en faisant un détour par le parc qui lui fait face. Bel instinct ! Malheureusement est tout bouclé et on doit presqu’intégralement le contourner pour en trouver l’entrée. A chaque entrée barrée, on a le réflexe stupide de se dire « bon, maintenant qu’on a marché tout ça, on va pas faire demi-tour ». Et au loin, enfin l’entrée. Les camionnettes-taxis chargées de monde s’agglutinent. Pourquoi donc ? Parce qu’aujourd’hui, c’est la fête dans le parc et l’entrée est payante ! Nous n’avons pas le courage de faire demi tour et de le contourner de nouveau pour rejoindre la pagode comme de bon radins, alors on paye et on prend part aux préparatifs de la fête. Des petits stands qui vendent tout et n’importe quoi, mais surtout des trucs à boire ou à manger colorés, gélatineux et sucrés, sont en train de s’installer, la musique « boum boum boum » commence à battre son plein, les poubelles débordent déjà, et les visiteurs se font de plus en plus nombreux dans les allées. Un peu plus loin dans le parc, des jeunes affublés de leggings, casquettes à paillettes et chevelures colorées dansent aux pieds d’une sono. Un peu plus loin encore, c’est le coin des romantiques. Jeunes filles et jeunes garçons sont assis aux pieds des arbres, cachés entre les buissons et leurs ombrelles, et semblent se glisser leurs premiers mots doux avec des airs tout gênés. Ce qui est drôle, c’est que dans l’allée, il y a un couple comme ça au pied de chaque arbre. Et nous voilà enfin face à la grande pagode ! Mais il serait trop simple de pouvoir sortir du Parc où bon nous semble. Comme pour l’aller, détour pour sortir. Un vrai raccourci-tron.

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Crazy Buddhism

Enfin nous voilà aux pieds de la pagode, à la fin du jour. Le short de Benoit n’étant pas conforme aux usages et traditions du lieu, le voici contraint d’acheter un Longyi à l’entrée. Ce sera désormais « sa robe ». Et il l’adore. Il la met même parfois alors que les birmans lui disent qu’il n’est pas obligé. Il perfectionnera sa maitrise de la technique de nouage dans le temps, avec l’aide parfois de Birmans amusés et bienveillants.

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Si vous êtes allergiques aux dorures et à la ferveur religieuse, passez votre chemin. La pagode Schwedagon est impressionnante. Des dizaines de petits stupas entourent un grand stupa. Ils sont entourés de centaines de figures de Bouddha et de dizaines de temples aux matériaux et à l’architecture très différents.

Entre les temples et les stuppas se pressent des centaines de croyants et des touristes comme nous. Certains arrosent une statue de Bouddha, d’autres allument une bougie, d’autres prient. Les birmans bouddhistes consacrent une bonne partie de leurs revenus au culte, ce qui explique certainement les énormes investissements pour maintenir ou réaliser ces lieux de culte, pour agrandir les monastères, construire des représentations de Bouddha un peu partout. Le long de la route, nous croisons plusieurs fois par jours des stands de bord de route où un Moine récite des mantras pendant que des croyants font la quête auprès des passants. Parfois on nous demande explicitement de contribuer, parfois non. On ne donne jamais, car nous ne sommes pas croyants et ne finançons aucun culte.

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Aller, on s’en va… 

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Miss Schwedagon 2017 

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Entre prières et selfies, à la lumière des bougies et sous les fumées d’encens 

A la nuit tombée, des milliers de bougies sont allumées. La ferveur est à son apogée. Nous nous asseyons pour observer en silence la vie grouillante autour de la pagode.

Crazy Train

Le lendemain matin, nous démarrons en douceur pour préparer notre départ en train vers Bagan. A 15h, nous arrivons à la gare pour y déposer nos précieux vélos. Les formalités sont très simples, il suffit de les laisser à un guichet et ils embarqueront dans le wagon bagage du même train que nous. Par contre on doit maintenant transporter à la main toutes nos sacoches vers le quai d’embarquement. On se sent un peu empotés, et un agent de la gare nous propose de charger les sacoches sur son chariot et nous fait traverser à même les voies. On le remercie bien. On découvrira 5 minutes plus tard que le service était payant… Décidément, dès qu’il s’agit de transports, il n’y a plus de gentillesse.

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Notre compartiment couchette peut accueillir 4 personnes mais nous n’y sommes que 2. C’est le grand « luxe » (si on fait abstraction des cafards, des fenêtres fissurées, des vieux restes de nourriture et des sièges cassés…), nous avons même notre propre WC et local à bagages ! Par contre, notre wagon est composé de 3 compartiments comme celui là qui ne sont pas reliés les uns aux autres. On est donc « coincés » dans notre compartiment, sans pouvoir aller dans un autre ou dans un autre wagon. Bref, pour la rencontre avec nos voisins de voyage, c’est râpé. En tout cas pour le moment. A 16h30, précises, le train démarre ! Il tangue, il saute, il palpite, jamais je n’avais imaginé qu’on puisse être autant secoués ! On traverse de petits villages où le passage du train semble être un moment attendu pour tenter de vendre par la fenêtre des bières et repas en barquette. Mais ça secoue bien, je me demande comment je vais dormir. D’autant que la couchette du bas que je devais prendre est toute cassée : les sièges dépliés formant le lit s’affaissent aux extrémités formant une petite « montagne ». Pratique. Pendant que Ben va se coucher, je repousse le moment d’y aller  à mon tour et continue de rédiger le blog, avec l’ordinateur bondissant sur mes genoux.

Alice « non, mais on va dérailler, c’est pas possible ».

Benoit « arrête de dire n’importe quoi, t’as déjà vu un train dérailler en vrai ? »

Alice « non, mais on croit toujours que ces trucs là ça n’arrive qu’aux autres…  »

Et à minuit, une secousse plus forte que les autres fait décoller mon fessier du siège et l’ordinateur de mes genoux. Quand on atterrit, je sens qu’on est plus sur les rails, parce que les secousses sont rapides, régulières, fortes, comme si le wagon était en roues libres. Je serre l’ordinateur contre moi (c’est dans ces moments là qu’on découvre son sens profond des priorités et de ce qui compte dans sa vie…shit!!!!). Jusque là, je m’imagine que c’est comme dans un Lucky Luke de mon enfance, quand le wagon des daltons déraille et erre en roues libres dans la plaine. Je m’imagine sérieusement que notre wagon est tout seul en train de divaguer, et bizarrement, ça m’apaise. La porte des toilettes s’ouvre alors brusquement toute seule et s’en dégage une épaisse poussière grise qui jaillit dans le wagon et sent le brûlé. Plus du tout apaisée, en mode « on va tous crever » je m’accroche au siège. Ben se réveille et s’accroche à sa couchette. Je me demande s’il vaut mieux que j’aille ailleurs qu’en dessous de lui, s’il vaut mieux qu’il descende, comment ça se passera quand le wagon se retournera… Dans ma tête, milles idées à la seconde, il va se passer quelque chose de grave, on va se retourner, prendre feu… mon cerveau va à mille à l’heure, j’ai l’impression que ça a duré 10 minutes alors que ça a peut être duré 15 secondes. Ben lui est calme et me tient juste la main en se cramponnant à sa couchette. Le wagon ralentit tout d’un coup et s’immobilise. Dans l’air, des particules grises flottent en suspension et j’en suis couverte. Je pense à un incendie, je m’affole, on ouvre les fenêtres pour respirer. Impossible d’ouvrir la porte par contre, les agents du train nous avaient enfermés de l’extérieur à la gare précédente. Quelques secondes de panique avant de comprendre que rien ne brûle et que la poussière grise est le résultat du frottement de la roue du train à même le sol, juste en dessous du WC de notre compartiment.

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La longue attente peut alors commencer. On passe la tête par la fenêtre mais il fait noir et on ne voit rien. Tout ce qu’on peut voir c’est qu’il n’y a plus de wagon juste devant le notre. Des gens vont et viennent avec des lampes torches, cherchent quelque chose dans les bananiers en bord de route, regardent uns par uns en dessous du train. Mais personne ne nous demande si tout va bien, personne ne nous explique quoi que ce soit. Benoit finit par réussir à ouvrir la porte du compartiment en passant par la fenêtre. Il sort pour voir : notre wagon est détaché du train et il est à côté des rails. On l’a échappé belle. On reste dans le compartiment, à attendre que quelqu’un vienne nous dire quelque chose. Seul notre voisin de compartiment Birman tentera de nous rassurer en disant « don’t be affraid » et nous propose à manger. Les militaires, arrivés entre temps, nous inviteront à nous enfermer de nouveau dans le wagon. On finit par s’endormir, épuisés, à 4h du matin, toujours sans nouvelles, pendant que se succèdent autour du wagon des hommes avec lampes torches dont on ne sait pas si ce sont des spectateurs ou des techniciens.

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A 8h, quand on se réveille, le train n’a évidemment pas redémarré. Mais par miracle ils ont remis le wagon sur les rails, doucement, à l’aide de crics en bois, alors qu’on dormait dedans !

Un homme vient enfin nous voir, et nous propose soit de continuer en train, mais dans un wagon normal ou de prendre un bus. Va savoir pourquoi, on choisit le bus. Nous embarquons avec une famille d’anglais et une famille birmane, qui étaient toutes deux dans les compartiments couchettes voisins du notre. La mère de famille birmane a très peur que l’on ait une mauvaise image du pays et nous fait promettre 10 fois de revenir. Elle nous prendra en charge toute la journée. Oui, TOUTE LA JOURNEE. C’est là le piège, il faut 8h30 au bus pour parcourir les 250 km jusqu’à Bagan. 26h, il nous aura fallut 26h pour relier Yangon et Bagan. On est au bout nerveusement et physiquement. Heureusement pour nous, les 8 km entre la gare routière et notre hôtel sont en majorité descendants. A chaque déconvenue aujourd’hui, on se répète inlassablement « oui, mais au moins on est vivants ».

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Nous visiterons Bagan avec nos vélos qui n’ont pas souffert non plus trop, malgré le gros sac de riz qui voyageait contre eux. Seul mon étui d’anti-vol est mystérieusement arraché. Le gars ont du tirer dessus pour extraire le vélo.

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En même temps on avait déjà traversé les voies ferrées à vélo, et je ne sais pas ce qui a pu nous convaincre que c’était une bonne idée en voyant leur état… 

Crazy Bagan

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Deux journées et demi à déambuler dans ce site immense, dont je laisse la description historique à Wikipedia :

« Bagan (birman : ပုဂံ), jadis orthographié Pagan, est un vaste site archéologique bouddhique de près de 50 kilomètres carrés situé dans la Région de Mandalay, dans la plaine centrale de la Birmanie, sur la rive gauche de l’Irrawaddy. Du IXe siècle au XIIIe siècle, il a été la capitale du royaume de Pagan, le premier empire birman. »

Il y a plus de 2000 monuments à Bagan, qui correspondent à la volonté des différents rois s’étant succédés de montrer leur supériorité sur leur prédécesseur. Un peu le même rôle social que les 4×4 parisiens aujourd’hui.

Ce qu’on retiendra, c’est que Bagan n’est à ce jour pas reconnu comme faisant partie du patrimoine mondial de l’Unesco. Pour plusieurs raisons plus ou moins justifiées. Mais du coup ce site grandiose bénéficie de beaucoup moins d’aides à l’entretien et à la rénovation que ses homologues asiatiques, tel Angkor Wat. Et la situation est dramatique car un fort tremblement de terre a eu lieu en aout 2016 en plein coeur du site, et de nombreux temples se sont écroulés. Voilà pourquoi vous voyez plein d’échafaudages en bambous autour des coupoles sur les photos. Aujourd’hui, la rénovation se fait de bric et de broc. On voulait éviter de payer le ticket d’entrée mais on a fini par le faire en espérant que notre petite obole (17€/pers valable 5 jours) contribuera aux réparations. Le site est touristique mais pour le moment il subsiste une vie locale, et des habitudes très « birmanes », loin du tourisme massif aseptisé et ultra organisé qu’on a déjà rencontré. Par exemple, à Bagan, on est tombé nez à nez par hasard avec l’office du tourisme, situé à l’extérieur de la ville. Donc si tu est venu en bus, tu ne peux pas y accéder. Ou alors tu as déjà loué un scooter ou un vélo, et donc c’est que tu as déjà toutes les informations ! Résultat, les 3 agents s’ennuient fermement, n’ont pas de plan à distribuer, ne parlent pas bien anglais et n’ont pas plus de renseignements que ceux qu’on trouve dans les guesthouse… Peu sans doute s’améliorer.

On pourrait imaginer se lasser de 3 jours de visites de temples, bouddhas, stupas, et peintures murales. Mais pas du tout. Comme les temples ont été construits à des époques différentes, les styles architecturaux divergent, ce qui maintient l’effet d’émerveillement.

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Ce qui fait aussi le plaisir de la découverte à Bagan, c’est le fait de pouvoir monter sur certains temples et bénéficier d’une vue panoramique, seul perché sur les ruines. Mais on sait aussi qu’à long terme cela détruit les bâtiments. Il faut donc de soi-même respecter les règles et se contenter des quelques temples laissés ouverts à cette pratique. Et comme le site est immense, on est souvent seul à l’abord des temples et à l’intérieur. Seuls, où avec les habitants de Bagan. Il est en effet surprenant de découvrir qu’une véritable vie s’organise au coeur même du site historique : des habitations et des champs cultivés aux pieds des temples. L’inconvénient d’une reconnaissance à l’Unesco c’est que cette vie locale traditionnelle sera amenée à disparaitre.

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ça c’est un vélo chargé !!! On est de petits joueurs à côté ! 

Nous avons aussi profité du séjour à Bagan pour visiter un atelier de laquage. Il s’agit d’une technique ancestrale utilisant le bambou en matière première et de la laque des arbres comme vernis naturel pour créer de la vaisselle, des meubles, des décorations, des bijoux. Le travail est infiniment méticuleux. Les hommes dessinent les décorations sur la pièce (la forme), et les femmes font le « fond » : des tous petits traits gravés pour donner du relief à la pièce. Je ne sais même pas comment décrire ça tellement c’est fou. Dans le petit atelier, chacun s’affaire à sa tache, les pièces passeront d’une main à l’autre en fonction de leur niveau de finalisation. Chaque pièce demande plusieurs semaines à plusieurs mois de travail. Les Lacquer, ceux qui dessinent les formes, ne sont que des hommes, et sont formés pendant 3 ans par des maitres en la matière. Quand on nous conduit au magasin géant de l’atelier, mon esprit cynique s’éveille immédiatement : comment les 30 personnes que nous avons vu travailler joyeusement dans l’atelier ont elles pu créer ces centaines de pièces s’il faut tant de temps pour chacune ? Il doit y avoir des sous-traitant ou un atelier secret, bien moins « tourist friendly ». Toujours est-il que Ben et moi tombons sous le charme d’un service à thé complet, âprement négocié, qui viendra alléger notre budget et alourdir un peu plus nos sacoches pour les dernières semaines du voyage.

Voilà, Bagan, c’est déjà fini. Nous n’avons pas été toujours chanceux en matière de coucher et lever de soleil, et parfois trop fainéants. Mais le dernier jour, avant d’aller prendre le bus de retour vers Yangon, enfin, nous avons vu le soleil descendre en formant une boule enflammée au milieu d’un ciel flamboyant, au dessus des coupoles des temples dressées vers le ciel. Un moment magnifique. Nos vélos auront vraiment diverti les petits marchands, conducteurs de calèches, chauffeurs de taxis qui arpentent chaque jour les allées poussiéreuses de cet endroit hors du commun.

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Crazy bus

Pour redescendre au sud, près de Hpa An d’où nous comptons redémarrer, il nous faut impérativement passer par Yangon. Pas de train cette fois, on a réservé un bus. Et l’énigme des chauffeurs de bus se vérifie encore une fois : même dans les pays à la population la plus accueillante, aidante, chaleureuse, et souriante, les chauffeurs de bus sont de sacrés connards. Le connard du soir veut nous faire payer 10.000 Kyats pour nos bagages, en plus des 7.000 kyats qu’on paye déjà pour chacun de nos vélos. Soit disant qu’on aurait le droit qu’à un bagage par personne, et il en compte 10. Le bus est vide, alors la tension entre lui et nous monte d’un cran, on ne veut pas payer. Je pars chercher des sacs de riz en jute pour y fourrer toutes nos sacoches et ne plus faire qu’un sac par personne. Ceux que je ramène sont trop petits mais comme je m’évertue à essayer de tout faire rentrer, ça ralentit le chargement et ça agace le chauffeur qui voit son départ retardé. On finit par ne payer que 4000 Kyats, mais c’est déjà beaucoup trop. Le chauffeur nous dit que les soutes seront pleines d’ici la fin du voyage car il va embarquer des voyageurs en route. Gros mensonge, on déchargera nos affaires de soutes bien vides en arrivant à 5h du matin à la gare routière de Yangon.

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Parfaite illustration bouddhiste de ce que nous pensons des chauffeurs de bus 

La gare routière de Yangon, c’est une fourmilière immense avec des allées partout, des garages de bus partout et le tout sur des kilomètres. Pas vraiment évident de trouver la compagnie qui va à ta destination. Rien n’est centralisé. Du coup, nous allons de rabatteur en rabatteur, au hasard des rencontres, frapper aux portes des compagnies, réveiller le guichetier qui dort encore sur le banc avec sa couverture à 5h du matin, juste pour demander un prix… Je suis terriblement gênée.

Au bout d’une heure trente de cette mascarade, on choisit une compagnie qui nous propose le meilleur tarif pour nous et les vélos. Départ à 7h30 et air conditionné. Il n’y a que le tarif qui ne bougera pas : départ à 9h30, l’air est conditionné à la température extérieure car il repose sur un système innovant : l’ouverture des fenêtres. A 14h30, on arrive enfin à destination, à Thaton, épuisés, et on galère à trouver un hôtel : celui qui est dans nos prix n’a plus d’électricité, les autres sont complets, ne prennent pas les étrangers ou sont trop chers… Et finalement, l’électricité revient dans la 1ère guesthouse visitée , ce qui fait que nous avons tourné 1h pour rien…

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L’est pas top ce bus ? 

Crazy Pagoda Party

En allant au marché, où une charmante dame nous offrira les légumes que nous comptions lui acheter, on découvre qu’aujourd’hui c’est la fête de la pagode en ville et partout au Myanmar. Ça ressemble ici à une fêtée foraine, des vendeurs de ballons, de sucreries, des stands de vêtements, de jouets, des châteaux gonflables et manèges à sensation, pour le bonheur des petits comme des grands. On peut aussi se faire tatouer en pleine rue, Hépatite 100% garantie ! On déambule au coeur de la fête, sous les salutations des birmans toujours aussi chaleureux, on mange en goutant à tout de stand en stand et on finit la soirée repus en ayant dépensé moins de 2€ ! Et il nous reste de quoi manger au petit déjeuner… à 5h du matin.

Crazy Friendly Burmese people

En Birmanie nos habitudes ont changé. Depuis le nord de la Thaïlande en réalité. On met le réveil à 5h et on décolle entre 6h et 7h, à la « fraiche ». Il fait généralement 25° à 7h, 35° à 9h et au delà des 40° à 11h30. C’est dur physiquement, surtout pour qui hait la chaleur ! Ce matin, on choisit de prendre un petite route secondaire entre Thaton et Mawlamyine, et on se régale.

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On croise les gens en belles tenues, et on croise des cérémonies Karen.

La petite route se transforme en piste pour mulets sur chemin de rocher pendant 5 km. Une bonne heure. Le temps que le soleil arrive pour cogner. Mais heureusement, la bonne surprise viendra de la route censée être piste qui est en fait parfaitement goudronnée et majoritairement bordée d’arbres. Les 80 km sont vite avalés.

On rencontre lors d’une pause boisson fraiche un groupe d’hommes, des amis, attablé autour d’une bière fraiche. Ils nous expliquent qu’ils sont chacun d’une ethnie différente : l’un est Mon, l’autre Karen, les autres birmans, mais qu’ils «sont frères, sur la même terre ».

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Nous arrivons en début d’après midi à Mawlamyine. On s’arrête dans une impasse pour chercher une guesthouse sur le GPS, quand toute une famille sort tables, chaises, plats de nourriture et nous invite à nous installer. Ils nous expliquent que c’est la fête de la pleine lune. Une partie de la famille est catholique baptiste, l’autre musulmane. Ils tiennent absolument à nous dire que tout le monde s’entend fort bien. Le repas est délicieux, et ce moment partagé nous apparait de bon augure pour la suite de notre parcours vers l’extrême sud de la Birmanie, ouvert au tourisme depuis 2 ans seulement.

  • Mawlamyine a été un temps l’ancienne capitale de Birmanie à l’ère de l’occupation Anglaise. Il y reste de beaux monuments de l’époque que nous ne ferons qu’appercevoir. Pour nous, Mawlamyine c’est surtout le début de retrouvailles avec la mer, laissée sur les rivages iraniens de la Caspienne il y a 8 mois déjà. Les mouettes, l’air marin, on respire ! On s’offre un petit coucher de soleil observé des pagodes perchées sur les collines qui dominent la ville. Et on rentre sagement à l’hôtel , de nuit, en slalomant entre les trucs tucs, les motos, les voitures, dans un capharnaüm impossible.

Ces premiers tours de roue au sud nous ont déjà enchanté, mais on était loin d’imaginer que les semaines à venir seraient complètement folles, qu’il y serait à la fois question de Rave Party, de soirée Blair Witch project, d’entretien d’embauche, de sable fin, d’eau turquoise, et surtout de gentillesse à n’en plus finir et de sourires par milliers. A très bientôt pour la suite de nos histoires au sud du Myanmar !

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3 réponses à “En roues libres entre Yangon, Bagan et Mawlamyine

  1. C’est pas grave, vous êtes plutôt bénis des Dieux bienveillants, et c sûr que l on devient fataliste après votre expérience de choix entre bus et train. Et va savoir vélo ! Les parents .

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  2. Pingback: De Hpa-An à Bago, au fil (de la fête) de l’eau – V'Asie à Vélo·

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