On dirait le Sud, pourvu que ce temps y dure longtemps… De Mawlamyine à Kawthong

Voilà, on est rentré en France, mais ce n’est pas pour autant qu’on va se priver de raconter nos dernières semaines de voyage, bien au contraire ! Donc aujourd’hui, alors que la bruine et le vent battent leur plein dehors, je me replonge virtuellement sous la chaleur des cocotiers et des sourires birmans pour vous faire le récit de notre escapade de deux semaines sur la côte Sud du Pays. Installez vous bien au chaud, au calme, avec une tasse de thé, c’est parti pour un brin d’évasion, pas mal de folie, et beaucoup d’humains formidables.

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Partie 1 : Où les transats s’invitent à la fête

Chapitre 1 : Où les transats vivent au dessus de leurs moyens, comme Bouddha

Aujourd’hui, nous avons en ligne de mire Setse, une longue plage de sable fin à 90km au sud de Mawlamyine. On a très envie de profiter un peu de la mer, surtout que la chaleur nous écrase. En route, on s’offre un mini-détour pour aller voir un Bouddha couché au milieu des montagnes. Il est supposé être le plus grand ou le second plus grand du monde. On le trouve surtout très kitch et mal finit.

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On peut rentrer à l’intérieur et visiter ses pieds, ses mains etc. Il parait que les WC sont dans sa tête. Va comprendre. Visiblement, quelqu’un par ici a la folie des grandeurs car un autre immense Bouddha couché est en construction juste en face. C’est un peu difficile pour nous de comprendre tout l’argent dépensé pour ces structures démesurées quand on voit les conditions de vie dans les villages, qui semblent dater d’il y a 2000 ans…

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A force d’avoir de telles mauvaises pensées, je suis punie par l’esprit de Bouddha qui renverse mon vélo mammoutha sur ma jambe, dents du pédalier en premier. Un bel hématome et une plaie assez profonde qui se révèleront de plus en plus douloureux au fil de la journée pour marcher et pédaler.

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La température est vraiment lourde et le paysage pas franchement palpitant aujourd’hui, bordé de plantations d’hévéas.

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Et un nouveau Bouddha géant, un !

La plage de Setse est prisée des touristes Birmans et des gens du coin qui y viennent jouer dans l’eau, faire du vélo, du cheval, du pick-up, de la moto, boire, manger, jeter des saloperies… Bref, il y a de la vie. Mais surtout sur une toute petite portion de l’immense plage, le reste étant laissé vierge d’animation.

Difficile de trouver un hôtel. On a le choix entre une chambre avec petit dej dans un resort tout neuf et climatisé avec piscine à 30$ et une chambre miteuse avec vieux ventilo mais qui donne sur la plage pour 20$. On décide de privilégier le rapport qualité/prix au réflexe habituel de radinerie. Et on s’adonne comme les gens que l’on critique habituellement à la baignade en piscine face à la mer… Et ce durant toute une journée de repos puisque j’ai trop mal au genoux pour repartir directement (excuse  parfaite et toute trouvée, merci Bouddha).

On comprend à quel point le tourisme est ici balbutiant. Le resort est totalement neuf, des parties sont encore en construction. Il doit y avoir une 30aine de villas et une 40 aine de chambres. Au bas mot, 30 employés en continu. Qui pour certains tondent la pelouse, encore et encore. D’autres balaient la pelouse. Et les autres attendent. Et nous sommes les seuls clients. Le second soir, on tente le restaurant. Ils sont tout affolés, et on se retrouve avec 6 serveurs autour de nous à regarder ce qu’on commande ! La pression !

Chapitre 2 : Où les transats prennent part à la Mon Party !

On décide de suivre les petites routes pour la suite du programme vers Ye. On traverse d’abord des marais salants, puis on s’enfonce sur une route en mauvais état, caillouteuse et poussiéreuse qui en plus nous fait prendre un détour en pire état. On ne le sait pas encore mais cette déviation va nous conduire vers l’un des moments extra-ordinaire qui ponctuent ce voyage.

Une petite auto type voiture sans permis, à la conduite assez incertaine et venant en sens inverse, s’arrête à mon niveau, presque sur mon vélo pour être exact. La fenêtre s’ouvre, un vieux Moine m’interpelle « vous avez déjà mangé ? ». « Non » « Alors arrêtez vous dans le prochain village, on vous invitera ». Et il continue sa route inverse à la nôtre. Ok, mais comment on va savoir où s’arrêter ? Arrivés dans le village, un jeune garçon nous fait un signe en portant sa main à sa bouche qui veut dire « vous avez faim ». On répond par la positive, et il nous conduit à travers le village, dans sa famille. En route, on croise des pick-up remplis de sonos. Et devant la maison de notre hôte les hommes s’affairent à mettre dans la benne d’un camion des enceintes. Il y a des guirlandes, des barnums et des cotillons au sol. On se dit qu’il y a du avoir une fête et que tout le monde range. En réalité, la fête ne fait que commencer. Il nous explique en mimes qu’il s’agit d’une cérémonie religieuse où certains jeunes se feront raser les cheveux. Et il nous montre son frère, à la chevelure longue et brossée en l’air, comme tous les jeunes birmans, qui n’a pas franchement l’air ravi ! En fait, nous assisterons à ce que nous pensons, à posteriori, être la cérémonie du Shin Pyu : des jeunes garçons bouddhistes sont intronisés Moines novices, pour une période plus ou moins longue de leur vie. C’est un moment important de la vie, et il semblerait que tous les hommes bouddhistes se doivent, en Birmanie, de se ranger à la vie monastique pendant une période donnée.

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Pendant le repas, un voisin vient nous voir. Il nous explique qu’ici, la population est Môns, pas Birmane. Que certains d’entre eux luttent contre l’armée Birmane. Il nous montre le drapeau de l’ethnie Môns, un aigle sur fond rouge. Du coup, le langage est différent, les coutumes également, le drapeau aussi. Il nous emmène ensuite visiter tout le village, entrer dans chaque famille, où les préparatifs vont bon train et où chacun à enfilé pour l’occasion son costume de fête. On se sent bien pouilleux avec nos tenues cyclistes déchirées, sales et clairement inappropriées. Des photographes et des cameraman sont là. Ils ont sans doute été payés par certaines familles, ou par le village pour immortaliser ce moment. Tout le monde est sur son 31. Les bras sont remplis d’offrandes pour les Moines. Les voitures sont décorées et les futurs moines novices s’y installent, avec des jeunes filles très fières de parader en haut du cortège.

Commence alors le défilé. Et on comprend enfin : chaque famille dont un fils participera à la cérémonie religieuse défile avec sa voiture décorée, suivi d’un camion remplit d’enceintes derrière lesquelles toute la famille et les amis dansent furieusement. Neuf murs de son qui défilent les uns derrière les autres, des jeunes et des anciens qui se déchainent, au son de la techno asiatique, et parfois, des musiques un peu plus traditionnelles. Au passage, les futurs moines jettent des bonbons sur les observateurs. Les gens autour de nous prennent soins de les ramasser, et souvent de nous les donner par la suite. On nous offre aussi coca, bière et même vin pétillant en continu. Les gens sont adorables et ont l’air sincèrement ravis de partager le moment avec des invités imprévus. On comprend qu’on ne repartira pas aujourd’hui et qu’on n’atteindra pas l’objectif du jour, mais on s’en fiche, le moment partagé est incroyable. C’est pour vivre des moments comme celui là qu’on voyage.

Au passage de son convoi, une dame me tire par le bras et m’entraine à danser derrière le camion d’enceintes de sa famille. Ici, c’est danse traditionnelle, avec des gestes lents des bras, mains et jambes, qui se plient et se déplient avec élégance. Ceux qui m’ont connu en cours de danse, de step, d’aquagym se représentent aisément la grâce dont j’ai pu faire preuve, la coordination parfaite qui s’est tout de suite opérée entre mes bras et mes jambes, me permettant de passer inaperçue au sein de la foule et m’évitant ainsi l’exposition ridicule qui aurait sans aucun doute frappé n’importe qui d’autre.

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Benoit participe quant à lui à la rave party du groupe précédent, bien plus techno, où les jeunes au visage peint se collent aux enceintes en sautant. Moins technique on va dire.

La dame qui m’a conduite sur la piste m’emmène également un Longyi et un foulard, pour que je sois plus « raccord » avec la tenue de fête. Comme j’ai la ligne ultra fine à la birmane, le Longyi bien noué en fourreau me va à ravir et je me déplace avec aisance et fluidité, rien à voir avec une démarche type « marche de l’empereur », vous vous en doutez bien.

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Après le défilé des chars, place à la cérémonie bouddhiste. Entre temps, tout nos amis d’un jour s’affairent à nous trouver un toit pour la nuit, et nous passons « de mains en mains » à chaque nouvelle offre. On s’inquiète que la police ne nous déloge, mais le chef du village nous assure qu’ils sont prévenus et qu’on n’aura aucun soucis. Tout le monde se rassemble ensuite dans la salle de prière du temple pour la cérémonie. Les offrandes sont données aux moines, les jeunes dont les cheveux vont être coupés sont devant toute l’assemblée. C’est parti pour 30 minutes de prière auxquelles on est « obligés » de participer, assis au sol, genoux pliés, la position de torture du cycliste. Benoit ne tient pas en place, moi je serre les dents en priant juste pour que ça se termine. Comme on ne comprend rien, on imite juste tout le monde, sous le regard bienveillant de nos voisines qui ne voudraient surtout pas qu’on loupe une prosternation et des caméras qui se braquent régulièrement sur nous, à grand renfort de projecteurs.

A la sortie, à même l’herbe, les jeunes se font couper les cheveux, puis raser. Parfois par un membre de leur famille, parfois par un Moine. C’est un moment vraiment fort et émouvant.

Et pendant ce temps, les discussions vont encore bon train pour savoir où on va dormir, la dame qui m’a prêté le Longyi ayant décidé que c’était finalement chez elle. Alors qu’au début ça devait être chez notre compère qui nous a emmené partout. Puis chez son ami. Puis chez le chef du village. En fait, on a l’impression que c’est toujours le dernier à qui on a parlé qui nous accueillera finalement chez lui. Ou alors, c’est un peu comme en Iran, même si tu as accepté l’invitation d’une personne, son voisin peut venir t’inviter et lui ne dira rien, il attendra que tu décides, voir même, par politesse, te dira que son voisin à envie que tu viennes chez lui te mettant ainsi bien dans l’embarras. Et bien là aussi c’est bien embarrassant, parce qu’on a du mal à se comprendre et que du coup on ne sait pas si on va quelque part parce que tout le monde pense que c’est le mieux où si on n’y va parce que tout le monde croit, notamment ceux qui nous avaient préalablement invité, qu’on a accepté une autre invitation que la leur. Ça fait un peu problème de bourgeois, mais croyez moi, c’est pas si simple à gérer. Au final, on décidera pour nous… Il y a toujours un gars, partout, qui connait la loi. Sorti de nul part, un jeune homme vient expliquer à notre charmante hôtesse qu’on ne peut pas dormir dans un village, pour des raisons de sécurité, et qu’on doit aller à l’hôtel le plus proche. Elle panique, et nous dit qu’il va falloir qu’on reparte. Mais concrètement, l’hôtel le plus proche c’est là d’où on vient, à 3h de vélo, et la nuit tombe. On tente l’hospitalité chez les Moines, mais ils semblent un peu mal à l’aise à l’idée de contredire le garçon. Notre compère appelle pendant ce temps là le chef du Village qui arrive à la rescousse et explique au jeune homme que tout est réglé avec la Police, qu’on dort chez lui. Et nous fait emmener directement chez lui par sa nièce, sans qu’on ait vraiment le temps de dire au-revoir aux autres.

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La nièce du chef est une pile électrique. On n’a jamais vu quelqu’un d’aussi speed malgré son très jeune âge. « Venez ici », « mettez vous là », « avancez », « stop », « à la douche », « à table » ! Les consignes fusent. Elle dira même à Benoit qu’il ne faut pas qu’il boive là bière qui lui a été offerte, de risque de s’endormir. La dame qui voulait nous héberger chez elle nous rejoint chez le Chef, avec le repas, rien que pour nous. Des curry de poisson, de porc, du poisson séché, il y a un peu de tout, on essaye de faire honneur aux plats même si on aime pas tout. Les birmans utilisent largement, comme leurs voisins, l’immonde pâte d’écrevisse. Dans ces moments là, on mange en se forçant à sourire alors qu’on est répugné par ce qu’on a en bouche. Mais c’est le jeu, et plutôt ça que de vexer ou blesser nos hôtes si généreux. Là encore, nous mangeons seuls, devant le regard de la dame, de la nièce du chef et de sa fille qui nous regardent attentivement choisir les plats. Là aussi, les filles nous expliquent avec fierté qu’elles sont Môns et pas birmanes, bien qu’elles soient obligées d’aller à l’école Birmane. Tous les jeunes rencontrés ce jour là inscrivent « Mon » après leur nom dans leurs profils facebook, instagram etc… L’identité Môns est très forte. Le chef du village et sa famille nous ont accueillis chez eux mais ils ont continué à dérouler le cours de leur soirée telle qu’elle était prévue sans nous, ce qui est très bien. Du coup, on passe la soirée avec les filles, qui se font un plaisir de me lisser les cheveux et de m’enduire de thanaka, puis s’évertuent à nous faire découvrir tous les clips de leurs chanteurs-pour-adolescentes-en-fleurs préférés. Surtout à Benoit en fait, qui se tape chanson d’amour sur chanson d’amour. Elles ont bien ciblé le personnage !

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Un petit matelas est installé pour nous dans la pièce principale, chacun rentre chez soi, le chef, un peu saoul, enferme sa femme dehors, puis lui ouvre, ils s’installent dans leur chambre, derrière un rideau dans la pièce principale, la lumière s’éteint, et on tombe dans les bras de morphée encore tout secoués par cette journée hors du commun.

Chapitre 3 : Où les transats découvrent le travail de forçat

Le réveil est comme souvent, quand on dort chez les gens, un moment un peu speed où on sent que notre présence pourrait retarder le programme de la journée de nos hôtes et les mettre en difficulté. On se dépêche donc de reprendre la route. En partant, on essayera d’aller saluer le monsieur qui nous avait fait visité le village la veille, mais il est malheureusement déjà parti. La piste est particulièrement mauvaise aujourd’hui. On croise d’autres villages qui ont eux aussi fait la fête hier. Les sourires débordent jusqu’aux oreilles, les salutations fusent, les rires montent jusqu’au ciel, qu’est ce qu’on se sent bien ici.

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ça c’est un vélo chargé

A Ye, qu’on atteint en fin de journée, on tourne en rond sur les conseils contradictoires des passants, pour trouver un hôtel pas trop cher. La journée a été longue, et après un skype avec mon frère Cyril, on tombe comme des briques.

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Et au réveil, nous sommes aussi lourds que des briques mais il nous faut tout de même reprendre la route.

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Qui comprend aujourd’hui un petit col sur une route en travaux. Les routes du sud sont beaucoup en travaux. Parce que la région se développe et il devient nécessaire d’avoir des axe routiers plus larges et plus roulants. Mais les travaux publics à la mode birmane sont juste des travaux de titans… Ici, presque tout est fait à la main, à l’ancienne, sans machine. Les seules machines sur les chantiers sont : les pelleteuses dans les carrières (pas sur les travaux de route), le rouleau compresseur, et les camions. Tout le reste est fait par des hommes et des femmes en pleine chaleur : casser les cailloux, les étaler sur la route, les couvrir de goudron fumant… du coup les travaux n’avancent pas vite et les familles des ouvriers installent des maisons provisoire au coeur des travaux, en bord de route, pour y vivre le temps de la mission. C’est vraiment impressionnant. Et malheureusement ça ne paye pas, car le résultat est de piètre qualité et ne semble vraiment pas pouvoir résister dans le temps.

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DSC_1835On s’arrête dans un boui boui en bord de route pour le repas. Comme souvent au Myanmar, des préparations attendent sagement leurs consommateurs dans de grandes casseroles posées les unes à côté des autres. On choisit en  ouvrant chaque casserole pour en découvrir le contenu, en l’humant pour tenter d’en définir les ingrédients et en imitant parfois les animaux pour confirmer le test visuel et olfactif. Preuve encore une fois de la générosité des Birmans : un camionneur qui faisait sa pause de midi ici nous a discrètement offert le repas. Tous ces gestes nous vont toujours aussi droit au coeur. Pour ce soir, on aimerait camper. Alors, comme d’habitude, on fait le plein d’eau et on commence à scruter  droite et à gauche pour trouver un petit chemin par lequel s’extraire de la route principale et de la vue de tout le monde.

Malheureusement, dans la zone qu’on ciblait, les travaux sont de retour, et il y a des gens absolument partout. Impossible de se cacher, on demandera l’hospitalité dans un monastère en construction.

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Partie 2 : Où les transats sont plus sur la plage que sur la route mais pensent quand même risquer leur vie…

Chapitre 4 : où les transats ne se lassent pas des plages de sable blanc

La matinée passe vite, on roule bien, et on arrive aux portes de Dawei à midi. La chaleur est encore étouffante et on s’arrête une bonne heure dans une petite cabane en bord de route qui sert des jus et où deux soeurs s’affairent à fabriquer des costumes traditionnels pour les cérémonies. Comme nous sommes à deux doigts de la syncope à cause de la chaleur, toute la famille nous apporte chaises, eau fraiche, et éventails pour s’aérer. Puis se fait un plaisir de nous faire gouter à des spécialités locales délicieuses : des noodles à l’oeuf dans un curry léger et du lait de coco, et une boisson verte dans du lait de coco avec des petits bonbons et des glaçons. Cette petite pause nous donne l’énergie nécessaire pour affronter les tous derniers kilomètres sous la chaleur pour parvenir au coeur de Dawei.

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Dawei est une grosse ville, porte d’entrée à la péninsule du même nom. Nous avons prévu de nous y arrêter quelques jours, pour visiter les plages sauvages et paradisiaques et les petits villages de pêcheurs encore préservés qui la bordent. A Dawei, nous faisons rapidement connaissance avec Olivier, qui travaille avec son neveu Guillaume dans une agence de tourisme locale et qui deviendra vite notre ange-gardien ici. Toujours prêt à rendre service et plein de bons conseils, il vit ici depuis le mois de décembre et apprend le Birman à ces soirs perdus. Nous décidons de louer un scooter pour visiter la péninsule. Pourquoi ?

  • parce qu’elle fait plus de 80 km de long et qu’il n’y a pas moyen de faire une boucle. Les aller-retour ne sont pas ce qu’on préfère
  • parce que les plages sont précédées de passages montagneux sur piste sableuse, aux pourcentages élevés. Qu’il faut se taper aller/retour.
  • parce qu’il n’y a pas d’hôtels et qu’on a très peu de chances de ne pas être repéré par les locaux si on veut camper en passant en vélo couché…
  • parce que j’ai deux rendez-vous skype sur deux jours successifs, pour un entretien d’embauche. Et que seul Dawei offre la connexion internet suffisante pour le réaliser. Nous n’avons donc que deux jours et une nuit à consacrer à la péninsule avant de devoir revenir à Dawei. Finalement, on a tellement aimé qu’on repartira pour 3 jours de plus le lendemain du 2nd rdv skype.
  • et surtout, parce qu’un membre de l’équipe est beaucoup plus amoureux de scooter que ce que nous voulons bien laisser croire dans ce blog bobo écolo mensonger.

Dès la première demi-journée, on tombe sous le charme de la péninsule et de ses habitants. Après une baignade agréable et presque seuls au monde sur la belle grande plage de Tizit et la découverte du village de pêcheurs à son extrémité, nous entrons par erreur dans une cours de maison en pensant que c’est un restaurant.

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En fait, c’est une nouvelle fête de famille. Ni une, ni deux, on nous invite à déjeuner ! Invités alors qu’on est en scooter, ça nous semblait inimaginable. Mais pas pour l’incroyable hospitalité des Birmans. Outéou, le frère du propriétaire de la maison, nous prend sous son aile et voudrait nous faire visiter sa propre maison. Nous sommes obligé de décliner, la mort dans l’âme, car elle se situe en sens inverse de notre itinéraire et que nous avons encore beaucoup de kilomètres, dont une bonne partie sur une piste réputée très difficile. Benoit ne veut pas s’y engager à la nuit tombée. On explique tout ça en montrant la carte et notre destination du jour, et nous nous quittons tout sourire. Mais encore aujourd’hui, même si la journée nous a prouvé qu’on était un peu juste avec le temps, je regrette de ne pas avoir pris une petite heure pour honorer l’invitation de Outéou qui lui n’avait pas hésité une seconde à nous assoir à sa table.

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Olivier nous avait dégoté pour la nuit un bungalow sur la plage, un des seuls qui existe sur la péninsule et accueille des touristes. Il est à moitié légal et ne doit son ouverture qu’à un arrangement flou avec les autorités. Pour y parvenir, 45 minutes d’une route parfois infâme mais splendide, au milieu de la montagne, entre jungle, pinède et mangrove. Au bout de la route, on laisse le scooter, et il faut encore marcher 20 minutes, les pieds dans l’eau, au milieu de la mangrove en essayant de trouver les petites flèches éparpillées dans les arbustes. On est chanceux, on arrive à marée basse ! Et enfin, au bout du chemin, le petit paradis s’ouvre à nous : une belle plage de sable blanc, formant une anse, léchée par une eau turquoise qui nous invite à s’y jeter. Et c’est ce que nous faisons immédiatement, avant de profiter d’un splendide coucher de soleil sur la terrasse du bungalow.

Le lendemain, on démarre tôt pour se promener au sud de la péninsule : des plages toutes plus sauvages et belles les unes que les autres, des villages charmants et colorés, dont la vie ne dénote en rien de ce que nous observons habituellement sur nos vélos, des pagodes et des temples perchés à des endroits toujours plus escarpés.

La péninsule nous charme complètement. Vu sa beauté, il y a fort à parier que dans quelques années les resorts l’auront envahi et la vie locale se tournera plus autour du tourisme que de la pêche. De nombreux projets de resort sont en suspend, car pour le moment, les autorisations sont très difficiles à obtenir pour des raisons obscures mais qui ne tiendront pas très longtemps. Dès que les autorisations seront de nouveau accordées, la péninsule changera définitivement de visage. Et enfin, à notre tour, nous pourrons faire les vieux cons et dire un jour « tu sais, moi quand j’y étais, à l’époque, il n’y avait pas de réseau téléphonique et il n’y avait qu’un seul hôtel, et en bambou… ».

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On finit dans le stress. Sans signes avant-coureurs, Benoit fait une crise de gros-naze-poilu-et-viril-fan-de-moteurs-vrombissants, et se lance dans une démonstration  de dérapages contrôlés sur le sable avec le scooter qui, à force de patiner, crève. 3 km pour pousser le scooter dans la montagne pour rejoindre le premier village pour réparer. Le temps passe, et l’heure de mon premier rendez-vous skype approche, sachant qu’il faut 3h pour rentrer à Dawei. D’autant plus que toutes nos affaires, ordi y compris, sont dans l’agence d’Olivier à Dawei qui ne va pas tarder à fermer. Autant vous dire que je suis au top de la bonne humeur. A peine entrés dans le village un mec nous propose de réparer le pneu en 30 minutes, et pendant ce temps, je joue avec les enfants du village en sirotant des boissons glacées. Comme c’est un village dans lequel passent beaucoup de touristes car il mène à l’une des plus belles plages de la péninsule, je n’ai pas envie de prendre mon appareil pour photographier les enfants. J’ai peur qu’après ça devienne, comme au Pérou, en Thailande et dans plein d’endroits touristiques, du travail des enfants, où on les fait aller vers les touristes pour ensuite demander une pièce en échange d’une photo. D’ailleurs, on verra plusieurs scooters s’arrêter juste pour photographier les enfants et repartir. Moi j’ai toujours autant de mal avec cette méthode de photographie un peu « sauvage », type safari. Le retour vers Dawei est une torture pour les fesses. Olivier, en sauveur, nous ouvre l’agence pour récupérer nos affaires et j’ai le temps de me doucher et d’installer l’ordinateur dans les meilleurs conditions pour le rendez-vous.

Chapitre 5 : où les transats pensent qu’ils vont être victimes d’un rite satanique

Le lendemain, rien de particulier, je passe mon véritable entretien à 14h30 en France, 20h en Birmanie. J’ai cherché un tee-shirt plus correct que mon truc rose délavé mais la mission s’est avérée plus difficile que prévu. Vu la taille standard des birmanes je dois fouiller le rayon XXL. Dans la soirée, on rejoint, Olivier, Guillaume son neveu et Barbara, sa copine, au restaurant. On leur dit qu’on a adoré la péninsule et qu’on regrette d’y avoir finalement passé si peu de temps et de ne pas avoir campé. Quand Guillaume nous demande « mais en fait, c’est quoi qui vous empêche de le faire ? » Et nous rappelle ensuite ce qu’on sait déjà, c’est à dire que le temps avant la dénaturation du coin est compté, on décide naturellement de changer de plan, de laisser une nouvelle fois nos affaires à Dawei et de partir avec le minimum plus une tente pour quelques jours de vacances.

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On passe un peu de temps le premier jour à vraiment trouver le coin qui nous plait et qui est suffisamment isolé pour y passer la soirée et la nuit. On est parfaitement seuls sur une plage de plusieurs kilomètres, à se baigner, à regarder la mer et le soleil se coucher. Pas un bruit, tout est calme. Le passage de quelqu’un sur le chemin 50 mètres en contre-haut nous fera sursauter et craindre d’être démasqué. Mais rien ne viendra finalement perturber notre nuit bercée par le roulement des vagues.

Bon, ça devient vraiment l’enfer ce blog « on a fait du vélo, c’était beau… bal bla bla… les gens étaient gentils… bla bla bla… on a regardé le couché de soleil bla bla bla… et on a loué un scooter bla bla bla… notre vie est géniale bla bla bla». Je compatis pour vous chers lecteurs, je m’endors moi-même en écrivant… Alors, petite page fiction, histoire de vous divertir un peu…

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« La superbe Alicia Le Doyen et son mec, le musclé et séduisant Benito Di Caprio sont en vacances au Myanmar. Désireux de s’éloigner des tumultes de la ville et de son tourisme, les deux beaux-gosses aventureux partent en scooter, sac au dos, à la découverte d’une péninsule sauvage et de ses plages de sable inhabitées. Ils décident d’établir leur campement de Robinsons sur la plus grande plage, et peut-être la plus belle de la péninsule : Po Po Kyauk et d’y vivre d’amour, d’eau à 28° et de riz sauté. Longue de plusieurs kilomètres, la plage est bordée de pinède et de montagnes, et forme à son extrémité une anse dans laquelle s’engouffre la mer, créant ainsi un lagon turquoise. Le paradis. Pas de réseau, pas d’habitations, à peine 2 ou 3 pêcheurs.

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Po Po Kyauk

Alicia et Benito savent qu’il ne faut pas y être repéré en fin de journée car le camping y est interdit et la police pourrait les déloger. Ils décident de s’installer face au lagon, dans la pinède, pour ne pas être vus du début de la plage. Mais alors qu’ils sont en plein repérage, deux scooters arrivent à leur hauteur, dont l’un conduit par un guide birman qui s’installe exactement là où ils voulaient se mettre pendant que ses clients se baigne. Agacés, nos deux héros déplacent leur scooter et leurs corps bronzés sur une autre partie de la plage, feignant ainsi de partir pour ne pas être démasqués. Quand ils reviennent un peu plus tard, après avoir courus cheveux au vent au bord de l’eau et surfé brillamment sur les rouleaux, ils ont toutes les peines du monde à pousser leur scooter dans le sable ultra fin et profond pour atteindre enfin la pinède tant convoitée et l’y cacher. Alors qu’ils y sont presque arrivé, deux birmans en scooter débarquent, les regardent, et font demi-tour. Ils sont repérés. Le stress monte. Alicia pense qu’il faut aller se cacher plus loin. Benito n’a comme souvent pas vraiment d’avis sur la question. Cerise sur le gâteau, quand ils s’installent enfin, un mec sort de nul part et leur montre son briquet. Benito lui sourit et lui dit « non, merci, on a pas perdu de briquet » dans un birman parfait. Fatigués et stressés d’avoir été si peu discrets, ils cachent leur scooter dans un buisson et plantent leur tente dans un endroit plus éloigné de la zone dans laquelle ils ont été repérés, au bord de la pinède.

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Enfin, après tout ce stress, ils peuvent s’adonner aux plaisirs de la vie sauvage : déguster des fruits frais allongés sur le sable face au soleil couchant.

Alicia partage un peu de ses fruits avec le pêcheur qui est toujours là, et pour les remercier, il plonge à l’eau et apporte à Bénito un crabe vivant et une branche remplie de coques dont il ne sait que faire. Fisher man à l’air gentil, mais il est très agité et remuant. Il bouge partout et semble un peu désordonné. La nuit est tombée, nos amoureux regardent les étoiles est se laissent bercer par le roulement des vagues. Benito lance alors à Alicia « tiens, Fisher Man est en train de faire un feu. »

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Alicia se retourne, dans un geste gracieux, dont elle seule à le secret, faisant voler au vent sa chevelure de rêve. Ce qu’elle découvre la fait frissonner : en fait de feu, Fisher man est en train de faire un vrai bucher avec du bois flottant et des arbres morts entiers au bord de la plage, juste devant la pinède, à une 30aine de mètres de leur tente. Des flammes immenses et une énorme fumée s’en dégagent. Alicia s’affole et invite Benito à venir voir ce qu’il se passe. Plutôt rassurant tant qu’il est allongé, Benito prend la mesure du désastre en cours en se redressant et part discuter avec FisherMan qui s’active autour de sa réalisation. FisherMan est complètement euphorique et ne semble pas tout maitriser : il y a 3 foyers de feu, il  court autour en chantant et en criant, se jette à l’eau, courre de nouveau autour des foyers, se jette dans le sable et se roule dedans… dans sa transe, il renverse son scooter, réservoir ouvert et le laisse gisant à quelques mètres du foyer. On dirait qu’il est complètement fou et ne maitrise plus rien. Benito et Alicia, inquiets, rejoignent leur tente avant de décider de ce qu’il faut faire. Alicia stresse. La nuit est bien tombée et ils n’ont  pas de lumière, à part celle de l’immense feu. Alicia cherche sa lampe frontale à la lueur de son smartphone quand Benito lui lance sèchement et autoritairement « Arrêtes, pourquoi tu mets la lumière, tu vas nous faire repérer ». Repérer ? On est en danger ? Faut qu’on se cache ? A ce moment là, le cerveau d’Alicia vrille totalement.. Le délire s’amplifie quand Benito ajoute en chuchotant « Chut, chut, bouge pas… ». Elle attend… « Putain, faut qu’on se casse, le mec est fou, il est complètement taré… Il court avec une branche en feu… Je sais pas si il nous cherche ou s’il va allumer un autre feu. » « Il nous cherche ? Pourquoi ? Pour nous tuer, c’est sûr » pense Alicia. « Où alors c’est un rite satanique.On va finir en brochettes. » Alicia passe en mode Xéna. Benito est la douce Gabrielle qui suit le mouvement sans broncher. Alicia met tout ce qui traine en vrac dans le sac à dos, l’enfile, soulève la tente avec tout dedans, la traine et part en courant dans la pinède. Benito s’acclame « Non mais il est dingue, il a foutu le feu à côté du scooter maintenant ! ». Ils sont entourés de feux. Alice redouble de vitesse. Ils sortent enfin de la pinède, sur la plage. Quelques centaines de mètres plus loin, ils posent toutes leurs affaires et retournent sur leurs pas pour aller à la recherche du scooter. En chemin, ils tombent nez à nez avec Fisherman, à genou et couvert de sable, en train de démarrer un 3e feu. Il les regarde, ils le regardent, personne ne dit rien. Toujours en mode Xéna, Alicia pousse le scooter avec une force qu’elle aurait aimé avoir 3 heures plus tôt quand il était question de le caché. Benito est devenu Hulk. Il arrive à soulever le scooter au dessus des talus et à travers les buissons pour finalement sortir rapidement de la pinède. Alicia est à deux doigts de la crise cardiaque et n’arrête pas de dire « vite avant qu’il arrive à nos affaires »… Et c’est enfin la délivrance. Alicia et Benito grimpent sur le scooter, le sac à dos entre les jambes du conducteur et la tente toujours montée sur les genoux de la passagère, et filent dans le noir, au son du moteur vombrissant. La nuit devient de plus en plus profonde au fur et à mesure qu’ils s’éloignent des feux, les battements de coeur ralentissent, le calme revient dans leur tête comme il revient sur la plage. Benito souhaite installer leur nouveau campement « sur le sable, comme ça, si le feu vient jusque là, on ne sera pas brûlé ». Alicia préfèrerait « être un peu plus cachée, derrière des arbres ». Ils coupent l’ananas en deux : à moitié sur la plage, caché par les branches d’un arbre. Dans la nuit noire, ils partent se baigner pour se détendre un peu et venir à bout de la vilaine odeur de transpiration et de peur qui leur colle à la peau. En chemin, ils tombent sur un arbre fumant, et un couteau de cuisine posé à côté d’un ananas découpé… Un peu plus loin, un homme en Longyi, qui n’est pas Fisherman marche sur la plage. Le destin les rattrape, cette plage est maudite, ils pourraient fuir à nouveau mais ils sont las et décident de laisser leur sort au hasard et de continuer la soirée comme si de rien était. L’eau transparente rendue noire et menaçante par la nuit laisse apparaitre des petits scintillements à chacun de leur pas dans l’eau : le plancton peuple largement ces eaux encore pures. La soirée retrouve son caractère magique. Ils rejoignent la tente, s’étreignent, heureux d’être ensemble et vivants ». 

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Au réveil j’ai les yeux qui collent et le coeur toujours à demi emballé. Quel cauchemar ! J’en ai encore des frissons dans le dos. Je sors de la tente et regarde la mer se retirer en douceur, à près d’une centaine de mètres de là. La plage est immense, silencieuse. Le soleil sort à peine et le ciel est encore tout ombragé de la nuit qui vient de s’écouler. Tout d’un coup, un bruit vient troubler cette quiétude. Un jeune homme marche rapidement le long de la plage en chantant et en criant. Il est couvert de sable. Il me regarde, je le regarde. Je souris, il me sourit. Il part. Je dis à Benoit « Je crois que j’ai vu Fisherman». Fisherman revient, un ananas sous le bras. Il s’assoit à côté de moi et me demande mon couteau. J’avoue que j’hésite un peu, puis je décide que la confiance est la meilleure des stratégies. Je lui tends le couteau, et un bout de la mangue que j’étais en train de manger. Il découpe l’ananas encore fumant, me le tend, en garde un morceau, sourit et s’éloigne en courant.

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Je m’en veux terriblement de m’être imaginée en brochette au dessus de son feu de joie, le mec était un peu dérangé mais pas méchant. On a eu raison de se déplacer à cause des fumées et du risque d’embrasement de la pinède dû aux feux qui nous encerclaient. Mais c’est fou de voir comme le contexte (il fait noir, pas de réseau, on doit se planquer, on a peur d’avoir été repéré, le garçon a un comportement étrange…) peut nous amener à une analyse de la situation complètement absurde, et comment ensuite chaque élément va venir confirmer virtuellement le scénario et lui donner de plus en plus de corps. La peur fait disparaitre l’esprit critique. C’est vrai pour tout. Nos peurs sont nos ennemis. C’est la première fois de ma vie que j’ai vraiment senti la peur profonde et ses effets. Benoit lui, était vraiment plus au clair que moi sur la situation. Mais il n’avait pas perçu que j’étais parti à milles lieues dans ma tête et donc il n’a pas tenté de me calmer ni de m’apaiser. Au contraire, avec le recul il a ajouté de l’eau à mon moulin en m’engueulant parce que je faisais de la lumière et en répétant en boucle « il est dingue, il est dingue ». Bref, une expérience qui fait à la fois rire et réfléchir. On s’est dit que c’était peut être une manoeuvre efficace des autorités pour enfin se débarrasser des touristes qui campent illégalement sur les plages. Ou alors la télé réalité du village d’à côté. Ils ont dû bien se marrer.

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Les restes du feu…

On passe la journée sur la plage, au lagon, à dormir, lire et se baigner. On est pas des amoureux du mode lézard, et le soleil est de toute façon bien trop brûlant pour ça, mais le repos à l’ombre des arbres, seul sur la plage, les yeux dans l’eau, est vraiment trop beau. Fisherman est quand même toujours dans le coin, tentant tout ce qu’il peut, en vain, pour redémarrer son scooter. Tant pis, n’y arrivant pas, il traverse le lagon, à la nage. Vous ne voyez pas le rapport ? Nous non plus. Quelques minutes plus tard, Benoit traverse aussi le lagon à la nage. Fisherman le rejoint en courant avec un nouveau cadeau à la main. Il s’agit d’une raie. Décidément, plus la journée passe, plus je me demande comment j’ai fait pour m’imaginer qu’il allait nous tuer…

Partie 3 : Où les transats quittent la Birmanie alors qu’ils n’en ont pas vraiment envie…

Chapitre 6 : Où on savoure la Birmanie comme une dernière part de gâteau au chocolat avant un régime

Dernière soirée à Dawei, on reprend la route pour nos 3 dernières journées de vélo en Birmanie. Si elles ne sont pas follement palpitantes du point de vue des paysages, elles nous enchantent par l’incroyable enthousiasme des gens croisés en route, qui ne manquent pas de nous saluer, de nous sourire, de nous encourager, de nous donner des fruits, un coin pour faire la sieste…

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A midi, j’ai commencé à dessiner en attendant que la chaleur passe. Le propriétaire du boui boui est venu m’apporter tous les crayons, la règle et les ciseaux qu’il avait à disposition et insistait pour que je les emmène avec moi. Notre voisin de table, qui venait d’enchainer les bières avant de faire sa sieste et repartir sur la route tenait quant à lui absolument à nous emmener à Myeik « car il fait trop chaud pour pédaler ». Même si on ne peut pas partager souvent le quotidien de nos hôtes birmans on se sent tous les jours accueillis dans ce pays.

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En fin de journée, on tombe face à un établissement chrétien, vu la croix au dessus du portail. Parmi nos nouveaux paris inutiles, il y avait celui ci « prouve moi que les églises ouvrent autant leurs portes que les monastères. » Benoit va donc demander l’hospitalité, on nous demande d’attendre le prêtre qui est parti faire un petit tour, et hop nous voici installé dans la salle de classe du centre communautaire. Pari gagné pour Benoit. Nous avons en fait frappé à la porte d’un orphelinat géré par des religieux. Les enfants, curieux, viennent nous voir installer la tente, touchent à tout et commentent tout. Curieux et timides à la fois. Même chose au moment de la préparation du repas qui connait un grand succès. L’un des jeunes m’aidera à la séance d’épluchage. Quand je sors l’appareil photo pour photographier la tente dans la salle de cours, tous les enfants se cachent et tournent la tête. Visiblement ils en ont marre de figurer sur les calendriers Unicef et les photos des généreux donateurs, je respecte ça. Par contre, je m’interroge sur cette forme de prosélytisme s’appuyant sur la misère humaine, méthode vieille comme les religions, quelles qu’elles soient, mais que je trouve pour autant difficilement acceptable.

On vivra quand même un moment bien pourri le deuxième jour, à base de pneu déchiré, de boulon perdu dans les fourrés et d’adolescent exhibitionniste. Tout l’inverse du lendemain où on aura l’impression que les gens se sont passés le mot pour nous donner envie de rester et d’aimer un peu plus leur pays. Ce qui n’est pas difficile.

Les plantations d’hévéas (pour le caoutchouc) et de palmiers (l’huile de palme) s’enchainent et nous font vraiment prendre conscience du désastre écologique, en matière de biodiversité, qu’elles représentent et de la nécessité d’en limiter les usages quand on sera de retour en France.

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Nous arrivons à Myeik en fin d’après-midi. Les 300 derniers km à vélo jusqu’à la pointe sont à priori interdits aux étrangers en individuel. On doit donc prendre le bus pour rejoindre Khawtong, la ville frontière. Ce sera bus de nuit confortable, avec soutes géantes pour Mamoutha et Mamouthou. Et un des arrêts pause-pipi les plus immonde du voyage, avec des toilettes sur une passerelle en bambou bringuebalante, sans porte, où tout le monde préfère déféquer à côté plutôt que dans le trou… Mince, on est de retour en Chine ?

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Vraiment, la Birmanie nous aura séduits. Tellement qu’on a d’ailleurs dépassé le temps de nos visas. Replongé dans les plaisirs de la rencontre, du partage, de la découverte au rythme lent du vélo qui permet de sortir des grandes routes et de s’arrêter quand bon nous semble. Impossible de ne pas y garder le sourire du soir au matin en réponse à ceux que nous recevons en chemin. On lisait parfois que la Birmanie n’était pas un pays à découvrir à vélo, à cause des restrictions sur le camping. Nous pensons le contraire. Le vélo nous a ouvert des portes et des chemins que nous n’aurions pas pu franchir sans lui et nous nous serions sans doute contenté d’une approche très partielle et confinée aux sites touristiques. Pour ce qui est des règles pour dormir, nous avons adopté une stratégie simple : essayer de camper ou de dormir dans des monastères lorsque nous sommes éloigné des villes avec guesthouse, privilégier les guesthouse quand il y en a. Et nous n’avons jamais été embêté. Et, en dehors du resort sur la plage, nous n’avons pas payé plus de 6 à 20$ pour des chambres correctes et jamais infestées de puces ou de blattes comme on avait pu le lire. Sachant que l’on peut manger un repas complet pour moins d’un euro par personne, le bilan financier de la Birmanie n’est pas beaucoup plus élevé que celui des autres pays que nous avons visité en Asie. Par contre, humainement, nous devons dire qu’il était bien plus fort.

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A très bientôt pour le dernier volet, malheureusement, de nos aventures asiatiques, avec une poisse tenace.

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4 réponses à “On dirait le Sud, pourvu que ce temps y dure longtemps… De Mawlamyine à Kawthong

  1. Magnifique et très intéressant. merci de nous faire partager ces moments de vie en commun superbes.Vous n êtes pas les premiers -beaucoup de nous sommes passés par lors de nuit de camping sauvage-à qui la solitude la nuit🐾 a pu Engendrer des craintes et des songes, face à un autre, un bruit, une vision qu on ne peut pas comprendre. peu d entre nous en ont ouvertement parle.Encore merci pour votre récit avec vos joies et vos déboires que Vous nous faites partager.

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  2. J’irai bientôt car comme vous le dites même s’il y a des changements « rapides » le pays recèle de nombreux trésors naturels peu touristiques car peu accessibles ou recommandés. Et surtout d’une richesse humaine immense. Merci pour ce beau récit. Fan de « la plage 2 » je me demande où acheter le dvd 😉

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