J’irai au bout de mes rêveeees ! A pieds et à vélo au coeur du Haut Caucase.

Un mois entre deux articles pour raconter 3 semaines de vacances… pas mal ! Et en plus, vous ne savez pas encore que vous aussi il faudra 3 semaines pour lire cet article… Il faut dire que c’était beau. Très beau. Alors sélectionner les souvenirs et les photos s’est révélé bien difficile. Alors allons y, c’est parti !

Mots clés en souvenir de l’épisode précédent : retour ; cancer ; chien ; vercors ; remission ; georgie ; train ; chauffards ; traquenard ; chiens ; chauffards ; traquenard ; alcoolisation excessive ; chauffards ; montagnes russes ; Mestia.

Mestia, la belle touristique au coeur du haut-caucase.

On aurait préféré trouver une guesthouse aux environs de Mestia et pas au coeur même de la ville, très touristique, mais on a des courses à faire, des chaussures à réparer, et une rando à préparer. Donc au final, on trouve le bon compromis en dégotant une guesthouse pas au centre ville, vraiment tenue par une famille, loin des nouveaux hôtels un peu hype ou backpackers qui fleurissent partout.

La Svanétie est en pleine explosion touristique, ce qui se traduit par une adaptation assez sauvage et anarchique de la population pour tenter d’en récolter les fruits. Le gouvernement aussi s’est lancé dans la course en expropriant sans contrepartie des dizaines de paysans pour construire un aéroport aux pieds des montagnes par exemple.

En Géorgie, les familles vivent souvent à plusieurs générations sous le même toit. Parfois même les familles d’une fratrie cohabitent ensemble. C’est le cas ici. Il y a souvent une ou plusieurs vaches dans chaque maison qui permettent d’avoir du lait, de faire un fromage maison non affiné (qui permet de faire le fameux Katchapouri), de la crème et du yaourt appréciés au petit déjeuner. La guesthouse nous donne l’aperçu du quotidien des georgiens, qui après une journée de travail bien remplie doivent encore travailler pour produire leur nourriture.

Une journée de repos pour délasser nos jambes usées par ces trois jours d’ascension et pour préparer la randonnée des deux prochains jours.

On décide de faire la randonnée du Guli Pass, qui franchi un col à 3100m sous le Mont Ushba reconnaissable à sa « dent » rocheuse souvent sertie de nuages. Et le plan, c’est de rejoindre les lacs de Koruldi, un peu plus loin, avant de bivouaquer et de revenir sur Mestia le lendemain.

Vers le Gulli Pass et au delà…

Nous nous levons à l’aube. Problème, notre hôte n’a pas l’air d’en avoir fait de même et a oublié le petit déjeuner qu’elle s’était engagée à préparer. Et du coup nous n’avons pas de plan B et partons le ventre vide avec du Katchapuri froid dans un sopalin. Le frère de la famille nous dépose à Mazeri au départ de la randonnée. On est un peu inquiets car la météo annoncée est en demi-teinte. Le chauffeur nous rassure : mais non, il fera beau toute la journée. Au cas où j’ai révisé les techniques de survie sous l’orage une bonne partie de la nuit. Les 1600 mètres d’ascension jusqu’au sommet du Gulli Pass sont splendides. Il fait beau, le mont Ushba est dégagé en début de journée, on aperçoit son glacier, on croise des chevaux en liberté, les couleurs d’automnes sont flamboyantes et on profite de vues splendides sur la vallée. Je vous laisse regarder les photos. Parfois les mots manquent.

Arrivés peu après midi au col, l’air se rafraîchit soudainement, le vent se lève et le ciel se couvre. On est affamés alors on n’écoute pas ces signaux d’une dégradation annoncée. Comme le couple d’allemands qui marche à peu près au même rythme que nous, on se pose au sommet pour déjeuner.

A l’heure de replier, je me retourne pour faire la mille et unième photo du Mont Ushba et… horreur… sa pointe est sous la pluie. Nous entendons le premier grondement du tonnerre. Vous ai-je dis que dans l’ordre des choses qui me font vraiment peur dans la vie il y a :

  • en 3e position : Cristina Cordula qui s’extasie devant une jupe fourreau en cuir sertie de strass.  
  • en 2e position : Emmanuel Macron qui dit « nous retrouverons les jours heureux ».
  • en 1ere position : les orages.
  • Et en 1++ : les orages de Montagne

Mon cerveau vrille. Je m’engage dans la descente, aussi raide que la montée, à toute vitesse, prête à rouler jusqu’en bas s’il le faut. La veille au soir j’avais lu tout un tas de trucs sur les orages de montagne pour me préparer. Mais c’est comme consulter doctissimo quand on constate qu’on a un bouton sur le nez. Du coup, quand les bruits de tonnerre se font plus pressants, je panique. Je propose à Benoit qu’on s’arrête en position repliée sur les pieds le temps que l’orage passe. Là il prend conscience que j’ai disjoncté, il essaye de me raisonner, de me faire comprendre qu’en faisant ça on se met au mieux en danger d’hypothermie, qu’au contraire il faut sortir au plus vite de la zone. Mais le chemin qui permet de sortir de ce flanc de montagne encaissé est un tout petit chemin des mules à flanc de pente où nous serons des pare-à-tonnerre idéaux. Je suis convaincue que c’est du suicide. Qu’on se fera foudroyer ou qu’on mourra dans un glissement de terrain. Mais derrière nous, à quelques centaines de mètres, les allemands sont complètement détendus, rigolent, prennent des photos. Leur nonchalance donne du crédit aux propos de Benoit et j’oscille entre peur panique et honte profonde de mon état. Petit à petit, l’orage nous contourne et laisse derrière nous un manteau nuageux gris contrastant avec l’herbe jaunie de la montagne. Je ne suis pas totalement rassurée mais je trouve que c’est merveilleux d’être là.

Arrivés au croisement vers les lacs de Koruldi, on décide à maintenir nos plans initiaux et de les rejoindre. C’est un supplice : 350 mètres de dénivelé positif en seulement 2km. Les allemands ont le même plan. On souffrira ensemble pour atteindre ces fameux lacs juste avant la tombée de la nuit.  

Les lacs de Koruldi sont réputés en Georgie car les montagnes s’y reflètent, un vrai décor de carte postale. En arrivant enfin au sommet, exténués, toujours avec nos compères allemands, quelle surprise de découvrir que les lacs sont en fait tout petits et tourbés. Mais en effet, le reflet des montagnes sur l’eau est magique.

Magique aussi : ce couple de jeunes russes à 2400 m d’altitude, en vêtements casual, sneakers, pantalon de pyjama, et pas de manteaux qui courent entre les lacs pour faire des photos alors que la nuit tombe, qu’il pleut, qu’ils sont à pieds et ont 3h de marche pour descendre. Ils prennent nos adresses email pour nous envoyer les photos qu’ils ont pris de nous pendant l’ascension. On ne recevra jamais aucune photo. RIP.

Dernière preuve de vie…

Magique enfin, l’orage qui gronde alentour et fini par nous contourner, laissant derrière lui un ciel de feu et une Alice tétanisée sous la tente en train d’écrire un sms d’adieu à ses parents.

Le réveil est programmé à l’aube pour vivre le lever de soleil sur les lacs. Enfin pour Alice. Benoit ne se serait même pas lever pour voir une licorne survoler la tente.

La nuit a été glacée, tout est gelé. Quel beau premier bivouac géorgien. La nature sort petit à petit de sa torpeur, au fur à mesure des rayons de soleil qui viennent réchauffer les brins d’herbe. On profite de ces instants de communion avec la nature.

Deux heures plus tard les premiers pick-up débarquent pendant notre petit déjeuner et déversent des dizaines de touristes venus photographier les lacs, directement depuis Mestia, sur une piste raide et ultra pourrie. Un groupe vient nous prendre en photo avec un Reflex dans chaque main sans dire bonjour pendant qu’on mange. Les beaux gosses ! Dans la minute qui suit, ils prennent en photo avec la même frénésie un vieux et immonde chien galeux arrivé jusqu’ici on se sait comment.

En redescendant, nous croiserons des dizaines de personnes en route vers les lacs. On regrette l’isolement de la veille. Les derniers kilomètres de descente nous font vraiment souffrir, d’autant que mes chaussures, faites surtout pour le vélo, sont trop rigides et me font très mal aux pieds. En arrivant sur « le chemin » principal, où circulent les voitures, on sait qu’il nous reste 500 m de descente sur cailloux. On craque, et on se décide à faire du stop. On est vite embarqué dans un Délica de tourisme, occupé par 5 jeunes filles parfumées habillées en Dora l’exploratrice. Notre puanteur met fin à leurs conversations. Arrivés à Mestia, on retrouve nos nouveaux amis Allemands pour un repas de la récompense et un bon apéro. Ils nous confirment que la fin du trajet était largement évitable. Nos scrupules se font la malle. Eux continueront à pieds, nous à vélo.

D’ailleurs, comme la météo s’annonce mauvaise dans les prochains jours, et que la route de 50 km jusqu’à Ushguli est pour partie une piste boueuse sur 1500m de dénivelé positif, on décide de se lancer dès le lendemain en faisant de toutes petites étapes pour passer entre les gouttes.

Y arrivera ou y arrivera pas à Ushguli ?

Il n’y a que 14 kilomètres à parcourir pour arriver au pied du 1er col vers Ushguli. On tourne en ville pendant 2h pour faire des courses « au cas où »… qui viendront nous alourdir un peu plus pour rien. A ce moment là du voyage, c’est un peu le brouillard dans nos têtes.. Il n’y a que 50 km à parcourir mais on a peur de ne pas y arriver. L’orage est prévu pour la nuit.

Donc on a prévu de dormir au chaud dans un village au pied du col et la chance nous mène dans la guesthouse d’Irina. Et on ne le regrettera pas : non seulement c’est la tempête dehors, mais en plus la nourriture est divine, la chambre super propre, l’eau bien chaude et on mange au coin du feu. On est arrivés ici au hasard, mais il fait bien les choses ! D’autant que le village dans lequel on prend le temps de se promener est vraiment calme, charmant et bien plus typique que la bouillonnante Mestia. Les hommes sont affairés à construire une digue en pierre pour encadrer les chutes d’eau venues des glaciers, pendant que les femmes coupent du boix, s’occupent des vaches, du repas, du ménage et des enfants, en même temps biensur. Il y a peu de temps de repos pour els familles rurales de Géorgie. Comble du bonheur pour nous : l’orage éclate toute la nuit pendant qu’on dort au chaud sous la couette.

A l’heure du départ, l’air est humide, les montagnes sont couvertes de neige, il n’y pas d’échauffement en douceur possible. On est dans la montée. Et d’abord sur une pente à plus de 15% sur cailloux pour sortir du village. Puis retour à la route bitumée et aux lacets. On est super heureux arrivés au sommet. Encore un goût de victoire !

Deuxième plaisir du jour, la route est bétonnée sur une bien plus grande portion que prévu, rendant notre lente ascension dans les gorges qui mènent à Ushguli bien plus facile que prévu. Le temps est très variable, les bords de route sont défoncés par les travaux de rénovation de la route rendant la première partie du trajet assez triste.

Puis le béton laisse place à la boue. Et évidemment, sur une route aussi empruntée, tout est défoncé. On ne sait jamais de quelle profondeur seront les flaques, alors on croise les doigts, et on se lance, en espérant ne pas réitérer l’expérience chinoise du bain de boue. Mais plus on avance, plus la route prend de la hauteur. Les gorges s’ouvrent, quelques lacets sur piste et nous arrivons dans une vallée qui s’ouvre un peu. Un dernier effort, des lacets qui semblent interminables…

Puis Ushguli.

Ushguli. Le symbole. C’est en théorie le village habité à l’année le plus élevé du continent européen. Jusqu’à peu il était très difficile à atteindre depuis Mestia en raison de la mauvaise route. Après avoir tant lu sur Ushguli l’imprenable village géorgien, j’en avais fait un objectif ultime, la preuve que tout était encore possible pour moi. C’était mon sommet, mon graal, mon Everest depuis plusieurs mois. Et nous y sommes. Et je pleure de bonheur.

Nous sommes à 2100m. On aura grimpé de plus de 6000m en 200 km pour en arriver là, à force de monter et descendre. Les tours des 4 hameaux d’Ushguli se dressent devant nous. Derrière elles, la majestueuse ligne de crête des montagnes du Caucase et le Chkhara, le 3e plus haut sommet de cette chaine de montagne mythique. Difficile de faire plus émouvant.

C’était LA fenêtre météo pour arriver car les 3 prochains jours s’annoncent pluvieux. On restera donc à Ushguli au chaud. La piste qui doit nous mener à Lentekhi est réputée difficile et boueuse, on ne va pas s’y lancer sous la pluie.

Bon alors, comme j’écris déjà beaucoup trop, que seul 1% des lecteurs sont encore présents à ce paragraphe, je ne vais pas vous raconter nos 3 jours à Ushguli. Pas vous raconter qu’on s’est engueler à table avec un illuminati anglais. Pas vous raconter qu’une grand-mère m’a regardé avec des yeux de haine tellement puissants qu’on a changé de guesthouse, pas vous raconter qu’on a rejeté 10 chiens qui nous avaient adopté, pas vous raconter qu’un mec nous a fait payer pour écouter son papi chanter, pas vous raconter qu’on s’est trompé de musée et qu’on a jamais trouvé le bon, pas vous raconter que les rues sont couvertes de boue et de bouses car les vaches serpentent dans les allées en cailloux, au même titre que les tuyaux qui apportent l’eau supposée potable. Je me contenterai juste des photos de nos balades entre 3 gouttes pour vous imprégner un peu de ce village des hauteurs. (cliquez sur les photos et faites défiler pour mieux voir).

Mais je voudrais quand même vous raconter qu’on a passé deux jours et trois nuits fabuleuses chez Léna et sa famille qui nous ont ouvert la porte de leur vie familiale. Léna venait de Tbilissi et elle s’est installée ici avec son mari qui est gendarme (et qu’on n’a jamais vu) et ses beaux parents. Elle a déjà 4 enfants et est enceinte du 5e. Elle est hyper douce dans son regard. Le papi à la rudesse de la montagne et la dignité de l’ancien. La mamie est petite et pliée en deux, ces traits de visage marquent sa force de caractère et les dizaines d’années de labeur en haute montagne. Aujourd’hui encore, elle n’est jamais inactive. Et elle est absolument redoutable aux échecs.

Vous raconter aussi qu’on a regardé dans une cave transformée en cinéma au milieu du village le Film Dédé qui raconte la vie d’une jeune femme d’Ushguli, tiraillée entre amour, liberté, famille et tradition. C’est le premier film d’une jeune réalisatrice née au village. Il est encore « frais » et va parfois un peu vite en besogne, mais montre bien le poids des traditions dans la Haute-Svanétie Géorgienne des années 90 complètement coupée d’un monde qui change. Globalement, en Géorgie, la place des femmes n’est pas enviable. L’une d’elle nous confiera qu’il est impossible pour elle d’imaginer faire du vélo devant des hommes. Et nous les voyons toujours affairées et très souvent au foyer.

Poisseux…

Le soleil étant de retour, il est temps de partir, en regrettant de ne pas avoir pu randonner et rayonner à cause du temps. Surtout que je découvre au moment du départ qu’il est possible de réserver un cheval pour presque rien et de partir randonner seuls où bon nous semble… Frustration ! Mais bon, trois semaines de voyage nous laissent moins le temps de trainer. La piste vers Lentheki grimpe, elle est vraiment peu roulante mais en même temps on est tellement heureux d’être seuls au monde qu’on en profite.

Arrivés au col de Zagar, à 2600m, on exulte, on se retourne, et alors qu’on était tous seuls depuis 3h, apparaissent 5 personnes, 2 à cheval et trois à pieds, sortis de nulle part, des touristes, à la recherche d’un glacier. C’est encore loupé pour le moment « seul-au-monde-au-sommet-après-2h-d-efforts ».

La descente nous plonge dans une nouvelle vallée, superbe. On déjeune au cœur de cette nature grandiose et on s’imagine déjà bivouaquer dans les mêmes conditions.

Mais le cauchemar commence rapidement avec des bruits de moteur, de branches, de pierres. D’énormes tractopelles creusent la montagne pour élargir de 10m la petite route en pierre de 2m de large qu’on était en train d’emprunter. Tout est ravagé sur le bas-côté. Le sol n’est plus que boue. Et ce sera comme ça pour les prochains 30km. Rapidement, nos vélos sont couverts, nos vêtements aussi. On colle au sol, on glisse. Et le jour tombe. On a fait que 5 km depuis la pause de midi peu après le sommet.

On raccroche nos espoirs à un spot de bivouac identifié sur la carte. Et fort heureusement c’est le seul coin de pelouse qui a subsisté. C’est notre premier bivouac avec les vélos, mais on a le moral dans les chaussettes. J’envisage même de demander aux camions de nous amener au bitume. On sait que la journée de demain sera affreuse. Benoit nettoie les vélos dans un ruisseau gelé avec une gourde. La nuit tombe. Et au milieu de la nuit, la toile de tente commence à  sonner : poc, poc , poc, poc poc poc poc. Le seul bruit au monde qui me réveille en mois de 27 minutes. Je me lève pour rentendre la toile de tente sous la nuit. Put… Quelle loose.

Go go Power ranger

Réveil. Aller, aller, on se donne de la motivation. A ce très très bon rythme de 5km/h en descente, on devrait être sortis du bourbier dans 4h. On alterne entre des zones très collantes, d’autres plus dures avec de grandes flaques qui permettent aux vélos de s’auto-nettoyer. Au final on avance mieux que la veille. Mais par contre, c’est super moche de voir toute cette nature défoncée. Après, on ne sait pas si cette route servira à exploiter les glaciers ou rallier Ushguli. On ne va pas faire les bourgeois en quête d’authenticité qui espèrent que les autres vont rester baigner dans leur pauvreté pour plus d’exotisme. Mais on aurait préféré passer avant ou après la construction de la route. Pas pendant. On croise en sens inverse un groupe de cyclistes en Gravel Bike, avec des leggings et maillots blancs. Surréaliste. On leur dit qu’on pense que ça va être compliqué. Ils nous prennent de haut. Fin de la rencontre.

Et alors, enfin, le béton. La route. C’est la dolce vita.Tout redevient merveilleux : belle descente, beaux paysages, belles maisons, peu de circulation, gens souriants. La magie du voyage a encore frappé.

On rejoint Lentheki et j’ai vraiment envie de bivouaquer. Mais l’orage s’annonce, on doit laver les vélos, donc on se replie dans une guesthouse. Et en effet, au cours de la nuit et jusque tard dans la matinée, la pluie s’abat à grosses gouttes. On décide donc d’accepter la proposition de nos hôtes de nous conduire en voiture (moyennant participation) à Kutaïsi. Ça nous fait zapper deux (mais après avoir vu la route plutôt 3) jours de vélo. Tout au long de la route on est un peu dégoutés d’avoir accepté et de s’être dégonflés, moi d’autant plus que le mec roule comme un con, qu’il ne pleut plus, que nos vélos sont accrochés sur le toit avec une pauvre petite ficelle à peine bonne à emballer un gigot (j’ai heureusement fait ch… pour qu’il rajoute nos tendeurs pour tenir le tout, ce qui lui a valu de manquer de se faire éborgner…). La conversation est soutenue à l’avant de la voiture. Ils sont en train de discuter déménagement en Espagne. Beaucoup de géorgiens rêvent de partir. Il faut dire qu’ici le niveau de vie reste assez faible, et que la Russie laisse planer une véritable insécurité sur le pays qui se retrouve régulièrement en guerre (pas plus tard que 2008 avec l’invasion de la Russie et les bombardements de la capitale).

Stop and go à Kutaisi

Passé la déception, on sait qu’on a bien fait de zapper cette étape. La route était dense de trafic, avec de belles et longues remontées pour rien, la boue a bouffé nos freins et on n’a pas de patins de rechange, mon portable avec la carte OSM est mort dans mon bol de soupe la veille au soir. Donc à Kutaïsi, en dehors de flâner, on achète des patins de frein, on fait des courses pour la suite, et on met le portable en réparation dans un petit bouiboui improbable, seul du coin à accepter. Le connecteur USB-C est mort. Après 5h d’opération minutieuse et 20€ d’investissement il fonctionne de nouveau. Suffisamment pour les 15 prochains jours en tout cas.

Notre hôte du jour est très chaleureuse, et amoureuse de vélo. Elle rêve de voyager en direction du Pamir. Mais elle nous dit aussi qu’une femme, en Géorgie, ne peut pas faire de vélo sereinement, car « ça ne se fait pas ». C’est insupportable. A bas le patriarcat, toutes à vélo, et en jupe svp !

Et nous voilà reparti. En direction du petit Caucase cette fois-ci, qui n’a de petit que le nom, on le comprendra bien vite.

Qui qui a tout lu jusqu’au bout ? Et qui saura reconnaitre cet homme qu’un habitant a pensé bon d’immortaliser humblement dans son jardin ?

5 réponses à “J’irai au bout de mes rêveeees ! A pieds et à vélo au coeur du Haut Caucase.

  1. Rhaaa, je peux pas agrandir la photo mais ça a l’air d’être ce bon vieux Jojo Stalinou. Dites, vous avez fait quoi à la mémé qui vous a fait le regard qui tue ? Benoît s’est lavé les pieds dans la bassine d’eau potable ? Vous avez dit « président diktator  » ? Vous avez écouté le best of de Laurie à fond dans votre chambre ? Ben a essayé de boire du lait directement au pie de la vache mais c’était pas une vache ?

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  2. Bonjour,
    Quel périple!, je suis toujours admiratif de vous voir voyager dans des conditions pas toujours glamour et vous remercie pour ce partage.
    Concernant la statue, si c’est Joseph, c’est peut-être pas la peine de demander l’hospitalité chez le proprio d’autant qu’avec Alice sur un vélo, c’est direct en camp de redressement!
    Même si je ne vous connais pas, j’ai beaucoup de plaisir à partager votre aventure, je vais avais suivi lors de vos précédents voyages et suis heureux de voir Alice en bonne santé mais avec cette volonté,cette gnaque,et Benoit bien sûr, pouvait-il en être autrement?
    Merci
    Pascal

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  3. Salut
    Heureux de vous retrouver avec cette énergie féroce que rien n’a entamé.
    Tous ces moments partagés, et de vos moments de force, et de vos moments de faiblesse font qu’on s’attache à vous et qu’on arrive au bout du récit fleuve d’Alice ! blagues à part, c’est très bien écrit. A bientôt
    Christian ( vu chez Elsa )

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  4. Le titre envoleee moi, c’est l’effet ressenti, c’est réussi,

    merci de ce travail fabuleux en temps et en intensité, qui nous met dans le siege du vélo couché,

    on se prend à comprendre les habitants de ce pays

    il fait penser aux estives du haut aragon,

    Nous n’en savions rien,

    et ton écriture votre réussite dans votre envie de communiquer, et leur ‘apprentissage de la langue la notre, est au rendez vous;

    merci Alice et Benoit de nous prendre avec vous dans le siege du vélo couché, sans qu’on aie eu à s’esquinter les coussinets a la manière des chiens curieux du bord des routes;

    eric et po francoise

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