Myanmar : De Myawaddy à Yangon, sur les sentiers (de terre) battus

Nous y voilà ! Ce matin, on entre en Birmanie ou plutôt au Myanmar. C’est un rêve de longue date. Luc et Chloé, mon cousin Manu, nous avaient fait rêver avec leur photos et leurs récits de voyage il y a déjà plusieurs années. Et puis la culture n’y est, parait-il, pas encore totalement « déformée » par un tourisme massif et normatif. C’est presque uniquement dans l’objectif de venir en Birmanie qu’on a orienté notre fin de voyage vers l’Asie du Sud Est, mais les découvertes en route entre-temps ont déjà largement validé ce choix.

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La Birmanie reste néanmoins une destination qui soulevait beaucoup de questions éthiques, en raison de la répression que subissent les minorités, et en particulier de la situation actuelle du peuple Rohingyas au nord du pays. En venant en tant que touriste, en payant des droits d’entrée aux sites touristiques, des taxes spéciales en dormant dans les hôtels (et on a peu le choix) on donne de l’argent à un gouvernement en partie militaire qui assassine, donc quelque part on contribue au massacre. Cette question de l’ « éthique », je pense qu’il faudra y revenir en bilan, car elle est un peu transversale à l’ensemble de notre voyage… On a quand même enchainé la visite d’Etats corrompus, libertaires et assassins. Et à chaque fois, en payant les taxes, les visas, les droits d’entrée, on participe au système. Cette situation me pose beaucoup de questions, sans réponses, car en même temps, je ne regrette pas d’avoir pu rencontrer les peuples qui y vivent et qui ont  éclairé notre connaissance du monde au delà de l’approche uniquement médiatique, nous permettant ainsi de nous ouvrir chaque fois un peu plus culturellement et de mieux comprendre les différences, de sortir des approches simplistes… Et en même temps, l’actualité nous rappelle tristement qu’en matière d’Etat corrompu et de déni des droits de l’homme, nous venons nous aussi d’un pays qui n’est pas en reste. Bref. On est entré en Birmanie un 26 février.

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Et tout de suite, on comprend que la Thaïlande est loin. Mae Sot était déjà loin de l’ambiance proprette de Chiang Mai, mais là, on se retrouve plongés dans une douce folie olfactive et sonore, à slalomer entre les motos, les vélos, les camions et les voitures chargées comme des camions. Tout de suite, les sourires et les encouragements fusent ! Les premiers temps, nous sommes un peu gênés face aux larges sourires de nos hôtes, car ils arborent souvent des dents rouges et noires, rongées. C’est dû à la mixture de noix de Bétel, que les gens mâchent à longueur de journée et qu’ils recrachent au sol dans une grande trainée rouge liquide. Au début, je pensais que c’était le stigmate d’animaux écrasés sur la route. Puis j’ai rapidement compris après avoir assisté à deux ou trois crachats impressionnants. On dirait parfois que les gens vomissent, c’est assez surprenant et répugnant de prime abord. Les crachas de Bétel sont d’ailleurs interdits dans certaines villes.

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Autre différence flagrante : les gens, notamment les hommes, portent le Longyi. Un tissu en fourreau qu’ils enroulent autour de la taille et nouent, qui ressemble à une grande robe. Ils font preuve d’une grande dextérité pour réaliser toutes les tâches avec : travaux publics, conduite de scooter, de vélo… Les femmes arborent des vêtements proches du corps et très colorés, à partir de tissus tissés. Soit la tenue complète, soit une jupe fourreau en tissu et une chemise blanche glissée à l’intérieur ou un tee-shirt coloré. Je déteste faire ce genre de généralités, mais il faut dire ce qui est : les femmes birmanes sont magnifiques et sublimées par leurs tenues colorées. Hommes et femmes ont souvent les joues jaunes, à cause de la pâte de Thanaka dont ils s’enduisent le visage.

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Et puis, il y a l’état des routes, assez délabré malgré le fait que la route que nous suivons aujourd’hui ait été inaugurée il y a tout juste un an. Les bâtiments en dur sont délabrés et nous croisons beaucoup d’habitations en bois ou bambou. Beaucoup de chiens errants aussi. Tout semble plus désorganisé, plus cacophonique, plus vivant. Toutes ces différences notables avec la Thaïlande nous permettent de comprendre immédiatement que nous avons changé de monde.

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Jeunes femmes moines. Elles portent des vêtements rose pâle le plus souvent et dans tous les cas plus clairs que ceux des hommes. Leur cheveux sont rasés. 

Cette première journée est éprouvante car il y a un petit col à franchir et quand nous nous lançons en fin de matinée, il fait déjà très chaud. Les thaïlandais ayant contribué à la réalisation de cette route qui les sert, ils l’ont conçu à leur façon, avec de belles pentes entre 8 et 14%. A mi-parcours, un petit commerce de bord de route apparait comme une oasis au milieu du désert. Au bord de la crise cardiaque, je m’y arrête… Les propriétaires sont adorables, nous offrent eau, bananes et papaye. On y restera l’après midi. C’est ici qu’on rencontrera Andreas, un voyageur suisse, sur la route depuis quelques mois mais qui a commencé le vélo… aujourd’hui ! Dans l’objectif de rejoindre l’Inde. Il est aussi complètement cuit, mais c’est surtout parce que son vélo n’est ni adapté à sa taille gigantesque, ni au voyage. Il a ses affaires dans des paniers sur le porte bagage, un sac à dos au dessus, des roues de 28 pouces taillées pour la course, et un développement pas adapté pour les pentes. Sa roue arrière cassera deux jours plus tard…

En fin d’après midi, après une longue et belle descente, on rejoint Kawkareik, une ville étape inconnue des voyageurs autres qu’à vélo car elle ne présente rien de « particulier », si ce n’est la rareté d’un hôtel accueillant les voyageurs étrangers. Car c’est ça aussi qui fait toute la difficulté de rouler en Birmanie : nous ne sommes pas autorisés à camper, et si on est repéré, on a de fortes chances d’être délogés à toute heure de la nuit et d’être conduits dans des hôtels  bien trop chers. Même si la loi s’est semble-t-il adoucie ces derniers temps, il est encore difficile de loger chez les habitants. Le gouvernement interdisait aux gens de recevoir des étrangers. La loi aurait été assouplie, mais les gens ne sont pas encore au courant, et les policiers non plus. Donc ceux qui voudraient nous recevoir sont encore susceptibles d’avoir des ennuis, ce qu’on ne veut pas. Enfin tous les hôtels n’acceptent pas les étrangers, ils ne sont pas nombreux, et sont surtout réputés pour leur très mauvais rapport qualité/prix.

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Esprit pratique

A Kawkareik nous rencontrons Sui Sui, la membre de Warmshower la plus célèbre de Birmanie. Elle ne peut pas recevoir mais rencontre avec plaisir les voyageurs de passage, ce qui lui permet de travailler son anglais. Malheureusement pour elle, c’est plutôt nous qui améliorons notre anglais à son contact. Elle est professeure privée d’Anglais et a peu de temps à nous consacrer car c’est la période des examens. Mais elle se dégage très gentiment une heure pour venir nous voir. La rencontre prend des allures un peu étrange toutefois, car elle tient à nous transmettre en peu de temps un max d’info sur « où dormir », « quoi visiter » etc, alors que nous voulions juste la rencontrer pour échanger sur sa vie en Birmanie. Mais merci Sui Sui pour ce temps partagé !

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Kawkareik c’est notre première immersion dans l’ambiance et l’architecture d’une petite ville Birmane. On se laisse tout de suite charmer par les arbres géants qui bordent les allées, les maisons en bois sur pilotis, aux fenêtres mansardées, aux vieux véhicules toujours ingénieusement surchargés.

Le lendemain, on sait qu’une grosse étape nous attend car on décide de passer par la piste pour rejoindre la ville d’Hpa An à 100 km de là.

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On ne regrettera pas ce choix qui nous permet de traverser de petits villages, de prendre la mesure de la diversité ethnique de la Birmanie, au fil des changements de mots pour dire « bonjour », des changements de faciès et de tenues. L’Etat Kachin, que nous traversons, est réputé comme étant un carrefour culturel de plusieurs minorités. On croise beaucoup de champs d’hévéa où est récolté le caoutchouc, de rizières, avec de belles vues sur les montagnes karstiques. Par contre on reste le ventre vide, ayant déclinés une invitation à partager le riz à 10h et n’ayant plus rien trouvé ensuite… Il fait très très chaud, et au plus chaud de la journée, la piste nous amène dans une zone d’herbes rases, sans aucun point d’ombre salvateur. Mais l’humeur et la motivation restent au beau fixe, tant le sentiment de vivre des moments d’exception est fort.

En fin de journée, après plus de 110 km, on atteint enfin la ville.

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On rejoint l’hôtel conseillé par Sui Sui, qui est plein. De toute façon les chambres étaient à 25$, donc c’est plutôt une aubaine. On aura pas longtemps à tourner pour en trouver un nouveau, dans nos prix cette fois. 8$ la chambre double, parfait ! Bon, les murs ressemblaient à des parois d’Algeco et avaient la même insonorisation, mais c’était propre et on a bien dormi les deux soirs.

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Au restaurant. 15 sauces différentes, mais toutes à base de pâte noire et puante à l’écrevisse… Dommage, c’était appétissant. 

Hpa An est réputé pour ces superbes paysages et ces grottes alentours peuplées de représentations de Bouddha.  Si je vous dit « beaux paysages » « boucle » et « grottes » vous me répondez… « Scooter » !!! Bravo, vous avez bien suivi ce blog. Mais contrairement à ce qu’on lit dans les guides c’était parfaitement praticable en une journée à vélo (pas pour aller partout, mais en scooter non plus…). La perspective d’être étouffé par la chaleur durant notre journée de repos ne nous a pas transcendé.

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Et nous voilà à l’assaut des grottes, plus ou moins grandes, plus ou moins décorées, plus ou moins habitées par des représentations de Bouddha, assis ou allongé. La ferveur des croyants est impressionnante. Prière devant les principaux Bouddhas, signes respectueux en passant devant les autres. Parfois, les décorations autour de Bouddha peuvent nous sembler un peu déroutantes : guirlandes lumineuses, ampoules colorées, dorures et paillettes. Ça a un petit côté « fête foraine » qui atténue un peu, pour notre regard non habitué, le caractère sacré des lieux. L’environnement autour de Hpa An est tout aussi impressionnant et majestueux que les grottes elles mêmes. On se régale.

La grotte qui nous aura finalement vraiment fascinés, sera celle de la fin de journée. La paroi y est entièrement gravée et peinte, à des hauteurs impressionnantes. C’est juste beau.

Pour le coucher de soleil, après lecture du guide et sur les conseils d’Andreas, on va assister à la sortie des chauve-souris. Des millions de chauve-souris quittent en même temps une grotte une fois le soleil couché, au son de petits cris stridents, disparaissant au loin en masses noires dans le ciel, et ce, pendant plus d’un 1/4 d’heure. Le spectacle naturel est incroyable, mais par contre, elles dégagent une odeur de fiante tout juste supportable. En comparaison, on pourrait faire de l’essence de mes semelles de chaussures un parfum raffiné.

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C’est un spectacle impressionnant mais j’aurai tout autant apprécié un coucher de soleil tout ce qu’il y a de plus normal, observé sur l’une des montagnes alentour ou devant la rivière, vu la beauté du paysage qui se suffit à lui-même.

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On reprend la route assez tôt, et c’est un plaisir de démarrer en même temps que la vie s’éveille en ville.

En route, nous nous arrêtons pour visiter une nouvelle grotte, aux pieds d’un « pain de sucre » karstique. A cette heure-ci nous sommes les deux seuls touristes non asiatiques du coin, nous nous plions donc avec bonne volonté à toutes les séances de selfie, ce qui ralentit considérablement notre visite.

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En sortant, on voit des moines se baigner dans des bassins. Aubaine, il commence à faire chaud, ce serait bien de redémarrer humides ! Ni une, ni deux, je trouve le bassin réservé aux femmes et y plonge mes jambes. Grosse déconvenue, ce sont des sources chaudes. Une fois n’est pas coutume, on y renonce.

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A midi, on s’arrête à l’ombre dans un stand en bord de route pour manger et laisser un peu la chaleur passer. On compte quitter la route principale pour en suivre une plus petite sur une trentaine de kilomètres. Juste avant le départ, un jeune homme nous le déconseille : c’est dangereux pour les étrangers, il y a des hommes armés, tout peut arriver. Pour lui la route principale est mieux et en plus, il n’y a pas de traffic selon lui. C’est bon, j’ai peur maintenant. Benoit est serein, Elise et Nico sont passé il y a quelques semaines, et les gens ont souvent tendance à dramatiser. En plus la route principale est vraiment pleine de camions, c’est pas une partie de plaisir. On se demande ce qu’est une route avec du traffic en Birmanie car on nous dit toujours qu’il n’y en a pas… Bref, on se lance dans le coupe gorge et on rassemble durant ces 30 km l’une des collections de sourire la plus importante du voyage.

Finalement on dépasse largement notre objectif du jour et on atterrit devant une guesthouse, avec une chambre tout à fait propre qu’on négocie à 6$. On cuisine devant la chambre, sous les yeux curieux d’un groupe de Birman, très intrigués par la recette des pâtes aux aubergines, et très intrigués aussi par le fait que je boive ma bière à la bouteille. Le Sue Helen style n’est pas très commun en Birmanie.

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Humour bouddhiste ? 

Au réveil, nous ne sommes qu’à 30 km du fameux Rocher d’Or, un lieu de pèlerinage incontournable pour les Birmans, mais super investi touristiquement avec plein de commerces, restaurants, trucs à payer autour… Comme nos jours dans le pays sont comptés, on décide au dernier moment d’y renoncer, de peur de revivre le scénario Doi Suthep à Chiang Mai. On continue donc sur la voie principale pendant 30 km, avant de rejoindre une piste traversant la campagne et de petits villages jusqu’à Bago. Avant de quitter la route principale, on prend la précaution de manger et de faire une « pause fraicheur ». Les gentils propriétaires du petit restaurant nous mettent des transats en bambou à disposition. Par la suite, presque tous les midis, les petits restaurants de bord de route où nous nous arrêterons mettrons tout en place pour nous permettre de nous reposer en laissant passer la chaleur. On réserve en avance, à ce moment là, nos hébergements pour les prochains jours à Yangon et par la suite à Bagan. C’est la première fois qu’on réserve avec autant d’avance, mais c’est à priori la condition pour trouver des chambres à « bon » prix dans ces villes blindées en haute saison.

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La piste que nous suivons est une vraie piste : petite, sableuse, alternant entre rizières et tout petits villages. Elle n’existe pas sur la carte du GPS, seul maps.me lui reconnait une existence. On se demande d’ailleurs qui a été le premier à avoir créée cette route sur OSM, à priori récemment ! Chapeau ! On se régale malgré les hésitations sur le parcours, les demi-tours, le sable et les ponts en bambou un peu défoncés à traverser. Dans les villages, l’accueil est chaleureux et surpris à la fois. Les gens se demandent vraiment ce qu’on fait là et ce que sont nos drôle d’engins. Au bout d’une 15aine de km on sait qu’il en reste tout autant pour rejoindre un monastère qu’on a vu sur la carte.

Le soleil décroit, il est 17h. On croise alors un autre monastère et on décide d’y demander l’hospitalité. Si on nous la refuse, on tentera de se cacher pour camper. Non seulement l’hospitalité nous est accordée, mais en plus nos hôtes organisent tout pour qu’on ne manque de rien. Ils nous installent des lits dans la petite pièce près de la grande salle de prière, des tapis dans la salle avec une table et… une nappe ! Important la nappe, le moine en chef a hésité entre plusieurs. Une jeune fille du village, Zar Chi Hinn, enseignante de 22 ans, vient pour s’assurer que tout va bien. Elle me montre l’endroit où une autre dame nous prépare un repas, puis elle m’invite à me doucher. Je suis un peu gênée car elle reste avec moi et me verse même le bol d’eau. Mais je ne suis pas nue, elle m’a fait enfiler à Longyi pour me laver ! Pas ce qu’il y a de plus pratique, mais quel bonheur de se détendre sous l’eau fraiche. C’est dans cette tenue que nous voyons les gens se doucher au dessus de bassines ou de bassin d’eau tous les jours, en bord de route.

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Zar Chi Hinn, les joues enduites de Tanakha 

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La voisine, intendante du monastère, qui prépare le repas 

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ON nous installe pour manger face à Bouddha et sa collerette de guirlandes fluorescentes 

On mange un repas délicieux, de nouilles sautées et de choux-fleur au curry, un peu gênés de manger seuls devant nos hôtes qui nous parlent mais ne mangent pas. Mais c’est ainsi. Des habitants du village viennent nous voir. Zar Chi Hinn nous conduit après le repas dans sa maison, rencontrer sa soeur et ses parents. Au fur et à mesure, de plus en plus de voisins se joignent à nous. Nous sommes accompagné par un Moine du monastère. La maison est grande en volume mais très simple à l’intérieur et organisée autour d’une pièce sombre, éclairée par quelques ampoules blanches. Aux murs, des portraits des enfants diplômés et des parents jeunes mariés. Un petit café, des petits gâteaux, du lait chaud mais frais de la vache, nous partageons avec eux un moment délicieux. Avant de nous reconduire, ils nous enduisent les joues de pâte de Thanaka et rigolent bien devant nos visages jaunis ! Quand on rentre au monastère, on rejoint les moines et des enfants du village devant une petite télé qui diffuse une série qui suit visiblement les mêmes ressorts psycho-dramatiques que toutes celles que nous apercevons dans les maisons et restaurants en bord de route à en croire l’expression à peine exagérée des personnages, presque du niveau de Plus Belle la Vie. Nous passons une nuit au Monastère moins tranquille que prévue. Les moines laissent le générateur allumé pour qu’on ait de la lumière. La gentille attention se transforme en calvaire : un bruit monstrueux de moteur et l’impossibilité d’éteindre les néons au dessus de nos têtes. Heureusement, on a des masques !

Au petit matin, alors qu’on vient de terminer le petit déjeuner, le moine en chef nous propose de manger… gênés et confus, nous lui expliquons qu’on doit partir avant que le soleil ne devienne trop chaud, ce qu’il comprend bien. On quitte toute l’équipe du monastère, le coeur remplit du bonheur qu’ils nous ont apporté. On laissera une petite offrande à Bouddha en remerciement.

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De gauche à droite : la dame qui nous a préparé le repas, la maman de Zar Chi Hinn, le Moine qui nous a accompagné dans le village, le Moine en Chef du monastère. 

Nous continuons à suivre la piste, qui, bien qu’étant de plus en plus sableuse, nous ravit toujours autant. Le pire, c’est quand on traverse des villages. Il y a alors plein de chemins qui partent partout et le notre n’est parfois qu’un lit de rivière asséché. Dur de s’y retrouver. On tourne en rond, on fait des détours. Les habitants toujours surpris de nous trouver là tentent de nous orienter mais nous indiquent tous des directions différentes ! Ici, les maisons sont en bois sur pilotis, en bambous, avec des toitures de feuilles ou de jonc. De grandes jarres contenant l’eau potable sont disposées à proximité des habitations. Souvent, il y a dans les cours  des boeufs et de grandes charrettes en bois utilisées aux champs.

En fin de matinée, on quitte la piste pour rejoindre une route goudronnée. Bago, notre destination, n’est plus qu’à une dizaine de kilomètres. En chemin, on s’arrête à une station essence pour laver nos vélos à grands jets. L’adorable gérant de la station nous offre deux bouteilles d’eau fraiches sorties du frigo. On nous offre souvent des bouteilles d’eau ou des boissons fraiches, parfois énergisantes ! En deux temps trois mouvements, nous voilà à la guesthouse et on part à la découverte des temples, palais royaux et pagodes dont la ville est remplie. Bago, ou Pegu, est l’une des anciennes capitales du royaume des Mons, un groupe ethniques de Birmanie et de Thaïlande. On tentera en vain d’éviter de payer le ticket d’entrée, mais on réussira avec brio à éviter de payer le supplément « appareil photo »…

Palais Royal

Plus grande pagode du Myanmar (on ne vérifiera pas si elle fait bien 4m de plus que celle de Yangon..).

Bouddha par ci, Bouddha par là…

Nous avons près de 100km de route pour rejoindre Yangon. Notre réservation nous obligeant à y arriver ce soir et le moyeu de Benoit étant de plus en plus bruyant, on se décide à rallier la capitale en suivant la route principale. Au final, si elle ne présente aucun intérêt, elle n’est pas dangereuse car elle forme une 4 voies et il est facile pour les camions, bus et véhicules en tous genres de nous doubler.

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C’est la version 1 du Silver Star d’Europa Park. Sans doute pas aussi rapide mais bien plus flippante. 

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L’entrée dans la ville est épique, au milieu des embouteillages de camion, nous avons du mal à nous faire une place. Mais petit à petit, à mesure que l’on se rapproche du centre, nous trouvons un espace sur le bas côté et arrivons assez facilement au magasin de vélo qui nous a été recommandé. 90 kilomètres en une matinée, ça faisait depuis Kashgar qu’on avait pas aussi vite roulé !

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Benoit a trouvé son programme idéal pour cet été, du coup, il reste à Yangon 

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Le magasin de vélo est la propriété d’un Australien installé depuis 30 ans en Birmanie, Jeff, qui propose aussi des circuits vélo. C’est une équipe de Birmans qui gèrent le magasin, les réparations et les pièces, avec brio. Bon, par contre, le verdict est sans appel, il faut changer la roue libre. Mêmes causes, même conséquences qu’au Chili il y a un an et demi, on se retrouve coincés car il est impossible de sortir la roue libre sans un outil spécial pour l’extraire du moyeu… Les mecs tentent tout, elle reste bloquée. On en arrive à la conclusion qu’il faut changer le moyeu. Le magasin a des moyeux de qualité mais rien en 36 rayons… Alors qu’on commençait à désespérer, l’un des réparateurs revient de sa tournée des vendeurs avec un moyeu shimano d’occasion. Les mecs dérayonnent la roue originale, la roue contenant le moyeu de remplacement, mettent une nouvelle roue libre sur le moyeu de remplacement, installent le nouveau moyeu et rayonnent la roue originale…

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Pendant ce temps, nous passons un moment agréable à discuter avec Jeff, qui nous permet de mieux comprendre la Birmanie d’aujourd’hui et l’inaction apparente du gouvernement actuel sur certains sujets. La junte militaire détient encore 25% des sièges au parlement et la constitution prévoit qu’une décision ne peut être acceptée que si elle recueille plus de 75% des suffrages. L’armée a donc toujours une minorité de blocage et Aung San Suu Kyi doit dealer au quotidien avec ses anciens bourreaux, dans un statu quo qui peut paraitre incompréhensible et inconcevable de l’extérieur. Enfin, son parti, car malgré le fait qu’elle ait conduit la campagne de la Ligue pour la Démocratie, elle ne peut être élue présidente et ne fait « que » parti du gouvernement tout en tirant les ficelles.

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A 18h, nous quittons toute l’équipe pour nous diriger vers notre hôtel, encore à 7 km de là. Il nous faudra 1h pour parcourir ces 7 kilomètres, dans la nuit, au milieu des embouteillages. Le petit plus Birman, c’est que le sens de circulation est à droite, mais que les véhicules ont aussi le volant à droite ! On peut donc discuter facilement avec nos voisins chauffeurs pendant les interminables pauses « feu rouge ».

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On passe par hasard devant un concours d’acrobaties footballistiques avec un ballon en rotin, sport ultra pratiqué en Asie 

Voilà, enfin à l’hôtel, près à consacrer une petite semaine moins chargée en vélo aux découvertes touristiques de Yangon et de Bagan, avant de retourner dans le sud. Aller, on se met à la page, aussi accrocheur qu’un cliffhanger de Game of Thrones, un petit trailer de ce qui vous attend dans le prochain épisode de nos aventures en transat…

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5 réponses à “Myanmar : De Myawaddy à Yangon, sur les sentiers (de terre) battus

  1. Bonjour,
    Beaucoup de plaisir à vous lire, en particulier sur la Birmanie. Je voyage avec vous régulièrement et avec quelques autres voyageurs à vélo. Je crois que vous n’êtes plus très loin de rentrer, le décalage sera rude.
    Merci de m’avoir permis de suivre votre voyage et finalement de voyager aussi un peu.
    Avec toute mon amitié
    Pascal

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    • Merci beaucoup ! On va essayer de rendre le retour le plus vivant et intéressant possible avec de nouveaux projets pour ne pas sombrer dans la déprime. En capitalisant sur ce que ce voyage a changé chez nous. Mais on ne rêve déjà que de reprendre la route, c’est sûr… c’est déjà un bon point de rentrer en Avril quand la chaleur et le soleil reviennent en France !

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  2. votre traversée des montagnes si éprouvante à lire🐫 est remplacée par une traversée sympa avec tant d accueils extraordinaires . Cette arrivée en douceur en Birmanie, après cette longue approche en Asie nous la fait découvrir très différemment .bravo à vous, à vos hôtes, et à vos aides ! Françoise et Eric

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  3. C’est toujours avec autant de plaisir et d’intérêt que je vous lis et vous suis Des pays visités, la Birmanie reste un de mes préférés. J’en garde une grande émotion ressentie pour son accueil , par son « histoire » et les « combats » de son peuple
    Merci encore pour vos écrits très sensibles exprimant votre intérêt et votre enthousiasme à rencontrer t découvrir « l Autre »
    Bonne suite . Marie Agnès

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